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  • : Lettres de 3 frères poilus
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  • : frères première guerre mondiale poilus Vie perso / Journal intime
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
  • : 09/07/2008
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Jeudi 22 mai 4 22 /05 /Mai 22:04

Chers lecteurs de ce blog,

 

Je ne vous oublie pas, pas plus que vous n'oubliez nos poilus en cette année du centenaire. Je vous livre quelques cartes postales supplémentaires.

La première est patriotique (l'Alsace est une magnifique fiancée délivrée des griffes de l'ogre), la seconde montre Maurice entouré de deux autres poilus, la dernière est écrite par Joseph; écriture serrée; s'il en est !

N'oubliez pas de lire ou relire les lettres si riches de ces trois frères.

A bientot  

Thiaumont

En Alsace

 

Maurice-sur-pied.jpg

 

ecritures-serrees-bis0002.jpg 

 

 

Par thiaumont
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Vendredi 20 décembre 5 20 /12 /Déc 14:56

Chers lecteurs,

 

Alors que nous nous apprêtons à entrer dans l'année du centenaire,  merci de votre fidelité à ce blog, mais surtout à la mémoire de ces jeunes (et moins jeunes) dont la vie a été parfois sublimée, mais plus souvent laminée par le rouleau compresseur d'une Histoire sans états d'âme.

Comme promis voici, trois autres cartes postales originales qui illustrent trois facettes de la Grande Guerre :

 

-Une photo traditionnelle d'un poilu

 

-Le naufrage du navire "Le Portugal"

 

-orphelins de la marine

 

Trois autres suivront prochainement

 

Bonne année à tous

 

Thiaumont

 

cuirasse-d-escadre-Gaulois.jpg 

Cuirassé d 'escadre ¨Le Gaulois¨

 

 

 

Dans-une-eglise.jpg

 Soldats dans une église

 

 

 

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Effets de l'artillerie sur les lignes allemandes en Champagne

Par thiaumont
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Samedi 19 octobre 6 19 /10 /Oct 21:59

IMG_4215.JPG

Monument aux morts de Saint Martin du Vercors

 

99 ans ! Dans un an, un siécle aura passé depuis le déclenchement de la Grande Guerre. On évoquera alors une nouvelle fois la course folle pour la suprématie européenne et son corollaire, la course aux armements, le jeu des alliances...qui ont précédé des millions d'hommes dans l´enfer...

Je vous propose d'entrer dans   la Grande Histoire par le petit bout de la lorgnette, á travers le destin de ces trois jeunes hommes, bientôt  emportés par  un tourbillon dont il n´ont pas encore la moindre conscience.  Les deux lettres que voici, déjá publiées en 2008 au tout début de ce blog,  en témoignent : le militaire y apparait sous les traits de Paul, qui fait son service militaire, comme un ''drôle de zouave'',  acteur d´une comédie qui devriendra hélas tragédie, tandis que Maurice se passionne pour une autre course folle...celle de deux trains lancés á vive allure sur des voies paralléles. Une métaphore d´une Europe en surchauffe.

Bonne lecture

Thiaumont

 

 

 

Cher Joseph


Je suis vraiment négligent depuis quelque temps, je le reconnais ; il a déjà longtemps que je devais t'écrire, mais, peu encouragé par les lettres des uns et des autres, qui sont très rares, j'ai reculé ce moment, qui se restreint d'autant plus que mon examen approche plus vite. Une semaine me sépare de cette lutte décisive pour moi, mais j'espère et je le pense bien, ce sera un succès qui cloturera admirablement bien cette année 1912 si bien remplie. Je suis convoqué pour le lundi 28 octobre 2 heures du soir ; de 2 à 4 je passe, avec d'autres bien entendu et vers 6 h je saurai à quoi m'en tenir ; je t'enverrai un mot immédiatement. Tu sais maintenant la malchance que nous avons eue. Paul d'abord versé à Lille puis à Calais.

Hier pour la première fois je l'ai vu en soldat et je t'assure que j'ai ri, mais si, oh là! Là!! voilà ; je suis allé le chercher à la gare samedi soir ; je l'attendais sur le quai à la sortie. Vers 7h1/2 plusieurs soldats du 8eme s'avancèrent vers la sortie, Paul en était, mais je ne le vis ou plutot je ne le reconnus pas. A trois pas de moi se tenait une sorte de réserviste petit et trapu qui me semblait attendre quelqu'un ; ce réserviste!!!, il en avait l'air, n'était autre que Paul ; quand je le reconnu j'éclatai de rire et il y avait de quoi. Il s'était laissé pousser la barbe, et quelle barbe !!! d'un noir d'ébène, courte et par conséquent, quoique fournie, laissant voir la peau de ci et de là, non quelque chose de laid « d'horribile visu »!!! m'écriais je en riant. Tous ceux qui le voyaient se demandaient ce que c'était que ce « poilu » (terme de régiment) et les jeunes filles riaient en le voyant. Figure toi un visage, déjà brun, recouvert d'un « gazon de poils » excessivement noirs, assez courts ; ce sera à peu près l'impression que cela m'a faite, un vrai colonial quoi !!! Le portrait que j'en ai fait est encore loin en dessous de la réalité, c'était comique !; en civil il ferait reculer les gens d'effroi et à la guerre il terroriserait une armée entière d'ennemi ; c'est pas peu dire !?! A part cela il est potable sous la calote bleue et le pantalon rouge ; une allure décidée, des gestes secs, une marche étourdissante, grâce à ses « godillots » ; la France ne craint rien avec de pareils soldats. Il m'a apporté du linge sale, et comment ! Nous avons eu la pluie tout le jour aussi nous n'avons pas pu visiter Lille à notre fantaisie ; le temps reste pluvieux et devient par suite frais et humide.

Paul sera peut être bientôt le médecin de la place de Calais, car le médecin-auxiliaire en place partira vers le 20 Novembre. De ce fait il sera bien logé et pourra avoir plus de liberté.

Je t'embrasse de tout coeur en attendant de tes nouvelles. 

Maurice

Note de Thiaumont : remarquez que le terme "poilu" existait déjà avant la Grande Guerre

 

pantalons-rouges.jpg

 

Le Samedi 6 septembre (commentaire de Thiaumont :  1913)

                      

Cher Paul

J'avais déjà commencé la lettre que je devais t 'envoyer, lorsque Joseph est arrivé ; le lendemain de son arrivée nous sommes allés à U., aussi n'ai je pu continuer la lettre. Mais nous voici de retour et je remets la plume à la main pour te narrer tous les détails de notre voyage et de notre séjour à Moras et autres lieux. De Sous-le Bois à Valence nous avons fait bon voyage et nous avons été assez heureux pour assister à une course de trains entre 2 rapides le nôtre et celui qui filait vers Nevers, sur une voie parallèle pendant près de 40 kilomètres. C'était une course vraiment magnifique ; tous les voyageurs étaient aux portières se mesurant, riant, criant comme sur un champ de courses. Les 2 trains pendant 10 minutes allèrent de pair, puis l'autre sembla prendre de l'avance ; Le mécanicien de notre machine, ne voulant sans doute pas se laisser devancer chauffa fortement, si bien que notre convoi rattrapa l'autre  et lui passa devant, notre train avait gagné ; mais ce fut superbe encore une fois et cela dura environ 20 minutes. Le train étant un rapide ne s'arrêta qu'à Laroche, Dijon, Macon, Chalon Lyon et Valence où nous arrivions à 4h1/2

Maurice

 

Par thiaumont
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Samedi 27 avril 6 27 /04 /Avr 19:43

Voici deux photos et deux cartes postales illustrant  la période de 1913 á 1918 :

 -Sur l´aérodrome de Reims en 1913

-Le cuirassé Jean-Bart, un des fleurons de la marine française, mis á l´eau en 1911

-Le  naufrage du navire hopital '' Le Portugal''

-Aprés un  Te Deum  en 1918

 

D´autres, toutes aussi originales, suivront dans les prochains mois

 

Thiaumont

 

1913--aerodrome-de-Reims.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Bart.jpg

 

 

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Par thiaumont
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Mercredi 27 février 3 27 /02 /Fév 23:33

 

la-boue.jpg

 

Roland-Dorgeles.JPG

 

 

Une fois la guerre finie, une fois l´assurance d´avoir sauvé sa peau aprés parfois des années d´angoisse,  pour les poilus les petits riens d´une  vie ordinaire prenaient une saveur inouie, avant parfois hélas  certaines  désillusions du retour á la vie civile.

Mais dans les tranchées aussi d´autres plaisirs jugés insignifiants en d´autre temps illuminaient leur journée.

Ainsi l´écrivait déjá Roland Dorgelés dans ''Les croix de bois'' :

 

Maintenant nous savourons la moindre joie, ainsi qu´un dessert dont on est privé. Le bonheur est partout : c´est le gourbi oú il ne pleut pas, une soupe bien chaude, la litiére de paille sale oú l´on se couche, l´histoire drôle qu´un copain raconte, une nuit sans corvée. ..Le bonheur ? mais cela tient dans les deux pages d´une lettre de chez soi, dans un fond de quart de rhum. Pareil aux enfants pauvres, qui se construisent des palais avec des bouts de planche, le soldat fait du bonheur avec tout ce qui traîne.

Un pavé, rien qu´un pavé, oú se poser dans un ruisseau de boue, c´est encore du bonheur. Mais il faut avoir traversé la boue, pour le savoir.

 

 

Thiaumont

Par thiaumont
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Jeudi 8 novembre 4 08 /11 /Nov 17:50

1er-mars-1915.jpg

 

 

 

 

 

Dans 3 jours sera commémoré l'armistice de 1918. Quatre-vingt quatorze ans après la fin de la Grande guerre et deux ans la publication des dernières lettres des 3 frères poilus, la souffrance et l'héroïsme de ces soldats continue de susciter de l'intêrêt et à soulever bien des questions comme en témoignent les  presque 10000 visiteurs de ce modeste blog. Merci à eux, tant me serait insupportable l'oubli de ces jeunes (parfois trés jeunes) gens.

 Moi-même, qui me suit contenté de retranscrire ces quelques 200 lettres en y insérant quelques illustrations, je suis écartelé entre l'admiration que je voue à tous ces héros ordinaires, l'intime conviction que leur sacrifice n'a pas été inutile, et ma conception plutôt pacifique de la marche du monde ; Ne suis-je pas  tenté, en 2012, de reprendre à mon compte les quelques lignes de mon cher Brassens :

" Jugeant qu'il n'y pas péril en la demeure, allons dans l'autre monde en flanant en chemin

Car à forcer l'allure, il arrive qu'on meure pour des idées n'ayant plus cours le lendemain

Et s'il est une chose amère, désolante, en rendant l'âme à Dieu, c'est bien de constater

Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idées

Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente..."

 

Les jeunes soldats, en rendant l'âme, ont-ils eu le sentiment de se tromper d'idées ?  Le plus jeune des 3 frères, qui s'est vu mourir à petit feu sur le  champ de bataille de Verdun dans la fleur de l'âge, aurait certes eu le temps de  nous le dire, Mais aurait-il eu seulement le même avis quarante ans plus tard, s'il avait survécu, en observant la naissance du couple franco-allemand ? Nuance, tout est dans la nuance... Y a t'il en vérité...une Vérité ?

 

Thiaumont

Par thiaumont
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Vendredi 11 novembre 5 11 /11 /Nov 09:54

 

 

 

Aujourd'hui, 11 novembre 2011, jour de mémoire.

Et il est bon en effet de se souvenir. A l'heure où la crise financière commence à affecter le quotidien de chaque européen, où une forme de  guerre économique est à son paroxysme,  comme il serait  tentant de voir dans la guerre une forme de purification des âmes ... ou de relance économique !  les 3 frères, dans leur correspondance pensaient d'ailleurs à une  punition divine liée à un relachement de la pratique religieuse des français .

Alors que les va-t'en guerre, les agités ou  les manipulateurs n'oublient pas que nous, les "99%" qui voulont rester en paix n'avons rien oublié du sacrifice de ces jeunes, victimes de la Grande guerre  et des horreurs qu'ils ont vécues.  Que ceux qui ne l'ont pas fait depuis longtemps relisent Genevoix, Giono et tant d'autres ou plus simplement les lettres de Maurice de juin et juillet 1916 à Verdun, dans ce blog . Les corps à corps aveugles, les bombardements qui rendaient fous, les chairs mutilées.

Cela jamais, plus jamais ne doit se reproduire...sinon leur souffrance n'aura alors vraiment servi à rien !


  Thiaumont

 

 

                    

 

                                         Hooreleke. Armistice. 9 h 30, 11 novembre 1918

                                         (cliché et légende d'Yves Troadec -   http//:www.rue-foch.net)

 

                      Armistice.jpg

 

                                Wagon du Maréchal Foch où a été signé l'armistice le 11 novembre 1918

 

 

                                                monument-aux-morts-St-P-d-entremont.jpg

 

                                           Monument aux mort de St Pierre d'Entremont (Chartreuse-Isère)

 

 

PS : merci aux milliers de lecteurs de ce blog (plus de 8000 connexions à ce jour) qui prouvent que le "devoir de mémoire" ne faiblit pas.

Par thiaumont
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Mercredi 20 avril 3 20 /04 /Avr 17:43

La-Piave.png

 

 

Voici venu la fin de cette correspondance de guerre et donc de ce blog. Paul exposa sa vie  et soigna les blessés jusqu'aux derniers jours du conflit puiqu'il participa à la bataille victorieuse de Vittorio Veneto (parfois appelée 3e bataille du Piave contre les Autrichiens http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Piave , au sein de 2 divisions françaises, épaulant 51 divisions italiennes. Les Autrichiens capitulèrent peu après. Joseph retrouve ses parents et sa soeur Yvonne à Maubeuge : il ne les avait pas vu depuis 4 ans ! Paul resta mobilisé un an de plus. Après la guerre, malgré son expérience acquise durement dans les tranchées, il dut renoncer à son rêve d'être chirurgien (n'étant pas en mesure de passer le concours de l'Internat) et s'installa comme médecin généraliste dans la Drôme. Il mourut à 86 ans, et raconta  "Sa guerre" uniquement à la fin de sa vie. Ses carnets de guerre n'ont pas été retrouvés. Quand à Joseph, il vécut jusqu'à 81 ans. Il fût un prêtre trés apprécié de plusieurs paroisses de la Drôme.

La mémoire de Maurice reste vive dans sa famille. La médaille de la ville de Verdun lui a été attribuée il y a 2 ans grâce aux démarches de sa petite nièce et de son mari.

Je termine ce blog, juste après avoir relu "Ceux de 14" de Maurice Genevoix.  La souffrance et le dévouement de tous ces jeunes hommes fût réellement surhumains. J'espère avoir, à ma modeste mesure, contribué à maintenir l'indispensable souvenir de leur sacrifice et de leur courage. Merci pour vos encouragements et d'avoir "fait vivre" ce blog en lisant ces lettres.

Thiaumont

 

 

  Le 12 novembre 1918

Ma chère Maman, voici finalement la guerre arrêtée. Quel soulagement, et pourtant la nouvelle nous a laissés calmes étonnamment. Nous sentions tous depuis quelque temps que c’était la fin et nous nous y préparions. La Bulgarie avait lâchée, la Turquie a suivi ; nous avons décidé l’Autriche en 5 jours de bataille à suivre le mouvement. L’Allemagne, seule, était condamnée à une fin prochaine. Elle cède, elle est battue, ouf !!! quelle joie. Nous désirons tous fouler le sol boche quelque temps au moins. Cela viendra sans doute et bientôt. Pour le moment nous sommes au repos dans la plaine vénitienne, après les exploits du 107è et de la 23è division.

C’est dans la nuit du 26 au 27 octobre que le régiment est parti pour l’attaque. L’opération que nous avions à faire a été peut-être unique dans cette guerre. Il fallait franchir de vive force face à l’ennemi, un torrent rapide dont le lit a plus de 1500 mètres de large et cela au pied de montagnes qui ont 600, 1200, et 2000 mètres d’altitude, montagnes d’où l’ennemi nous surveillait. Ce torrent était le Piave. Le pont construit par le génie sur le bras principal du fleuve, sous le feu de l’ennemi ne put être achevé qu’à 2 heures du matin au lieu de minuit heure prévue. A 2H le 107è commence à passer montré du doigt par les projecteurs ennemis.

Aussitôt commence le bombardement, le feu des mitrailleuses. On continue à passer. C’est d’un tragique impressionnant. Tout est noir sauf la passerelle éclairée par les projecteurs : les obus tombent, éclatent, projettent des gerbes d’eau, de pierres, de fumée ; les balles sifflent.

On continue à passer : plusieurs tombent et se noient ; des blessés crient, des soldats hurlent à moitié fou. Chacun se dit : pourvu que le pont ne soit pas coupé par les obus ! quand je passe

J’ai 6 brancardiers blessés par un gros obus ;  je continue mon chemin le reste suit. 

Je me rappellerai longtemps ce passage du pont, sous l’œil puissant de 2 projecteurs. Après le pont, il faut passer à gué 2 gros bras du Piave avec de l’eau jusqu’au ventre. Enfin on arrive de l’autre coté : alors autre sérénade : c’est l’inconnu, c’est la grève parsemée de taillis dominée de toutes parts par les montagnes où se terrent les mitrailleuses, les mortiers,  les canons. Il faut aller de l’avant, à la boussole sous un déluge de balles, parmi des éclatements d’obus. On avance quand même. Il est près de 4H du matin quand tout à coup résonne le clairon. C’est le 2ème bataillon, le mien qui à 300 mètres de moi monte à l’assaut de la falaise au son de la charge. Une falaise de 80 mètres presque à pic. Quelle minute ! La falaise est prise aussitôt. L’ennemi recule.

J’arrive au pied de la falaise, j’apprends que le médecin chef vient d’être écrasé par un obus ; le commandant du bataillon est blessé ainsi que plusieurs officiers de mon bataillon. Les blessés commencent à défiler. Je commence à travailler mais le jour s’approche et il faut que je trouve un abri au moins contre les vues car dans cette étroite vallée tout à l’heure l’Autrichien verra tout et pourra tuer à son aise. Et avec le jour commence une situation étonnante. De l’autre côté du Piave, du côté autrichien seul avait pu passer un régiment français et quelques compagnies italiennes. Au petit jour le pont était coupé par le bombardement, et alors il en est résulté que le 107éme devait tenir envers et contre tout pendant un jour et une nuit. Et presque plus de munitions, et pas moyen de bouger car l’ennemi de ses montagnes nous voyait comme à bout de bras.

La journée du 27 et la nuit du 27 au 28 resteront historiques pour le 107ème. Pendant ces 24H ce régiment est resté cramponné à sa falaise ou tapi dans la vallée, avec le Piave dans le dos à 800 mètres, sans broncher sous le bombardement, la mitraillade, les contre attaques.

On nous considérait comme perdus en haut lieu, parait-il. La nuit suivant le 28 ; le pont était refait, d’autres troupes pouvaient passer. La brèche était faite, le front ennemi était crevé.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur les journées du 28 et 29 mais il faudrait un volume à 3 francs 50.

Je raconterai le reste en permission. Je vous embrasse, chère maman, votre fils Paul.

 

 

 fin-de-la-guerre.jpg

 

La Grande guerre est finie !

 

VictoireArcTriomphe

 


Le 23 nov 1918

 

Bien chère Maman

 

J'arrive de Maubeuge; Je suis parti le 14 dans l'après midi et par St Quentin j'ai pu gagner avec des trains de ravitaillement la gare de Bohain. De là j'avais encore 60 kilomètres que j'ai parcouru soit à pied soit en auto. Bref le 15 au soir je surprenais Papa et Yvonne qui étaient couchés. Vous jugez de leur surprise et de leur joie. Ils vont bien l'un et l'autre. Yvonne était quelque peu grippée mais ça allait mieux. Vous devinez que je leur ai donné des détails sur notre vie depuis 4 ans, sur la mort de Maurice etc, etc. De leur côté ils m'ont raconté leur vie durant l'occupation allemande. Ils n'ont heureusement pas trop souffert, à ce point de vue ils ont été privilégiés car les Boches ont été ignobles dans le traitement infligé aux populations. Ils ont conservé leur mobilier au moins en partie car il a fallu livrer lits, matelas, linges (?) etc. Ils n'ont pas trop souffert de la faim. Maubeuge et ses environs n'ont pas été trop abimés par les obus. C'est heureux. J'ai revu les Y., F. (?), D., T., M. (?), ?, les Y.etc. Tout le monde m'a reçu fort bien. Comme j'étais dans la région le 1er soldat français qu'on voyait depuis 4 ans, on m'a fait fête partout où je passais. Je n'ai rien de Paul depuis le 2 nov. Le service postal marche mal depuis que nous nous déplaçons. A bientôt. Je vous embrasse

Joseph

 

 

 

 

 Paul fut démobilisé le 31 décembre 1919

 

Lyon le 1 juillet 1919

 

Mon cher Joseph, Le Colonel du 48e RI me fait savoir que le maréchal de France commandant en chef a conféré à la date du 12 juin 1919, la médaille militaire à Maurice, avec le motif suivant :

« Sous un violent tir de mitrailleuses, a enlevé brillamment sa section à l'attaque ; atteint de multiples blessures dont plusieurs mortelles, a fait preuve d'un grand courage. S'était déjà distingué au cours d'une attaque précédente. »

Le Colonel me dit de m'adresser au Dépôt du 48e. C'est ce que je fais aussitôt.

 à la Faculté de médecine, est posée une affiche indiquant qu'un bon poste médical est libre à St Jean. Il y a des amateurs, paraît-il.

Je t'embrasse bien fort

Paul B.

 

 


Ainsi finit cette correspondance des 3 frères poilus

 

Par thiaumont
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Dimanche 20 mars 7 20 /03 /Mars 22:21

aumonier militaire 

Un aumonier militaire de la Grande guerre

(photo issu du site http://pages14-18.mesdiscussions.net )

 

Déjà presque 4 ans de guerre sans répit (à part quelques courtes permissions) pour Joseph, l'aumonier-infirmier et surtout Paul, médecin-major qui a échappé plusieurs fois miraculeusement à la mort et à la capture contrairement à son jeune frère Maurice, mort à Verdun.

Dans cette série de lettres, qui précèdent "l'épilogue", les références religieuses sont omniprésentes. En filigrane transparait l'idée que l'affaiblissement (déjà !) des valeurs chrétiennes  en France est responsable de l'absence de victoire de notre camp et qu'une intervention divine est indispensable.

Thiaumont

 

Ce 27 Décembre 1917

 

reçois par la présente, mon cher Joseph, mes meilleurs voeux de bonne année. Il était difficile de prévoir au début de 1917, que l'année se terminerait sans la guerre. Et même 1917 finit dans des circonstances pénibles pour nous. Espérons, car il faut toujours espérer que l'an nouveau verra finalement notre victoire et la paix. Ce n'est pas sûr, mais quoi, toute a une fin même la guerre et la guerre est toujours la boîte à surprises. Souhaitons que ses surprises soient désormais heureuses. Avec quel plaisir, quel soulagement, chacun reprendra sa tâche d'avant la guerre et comme on sentira alors tout le prix de la vie. En attendant que ce rêve se réalise, je te souhaite bon courage et grande patience ; bonne santé et bonne humeur. J'espère que ta grippe est terminée ; moi-même j'ai été grippé une douzaine de jours mais maintenant c'est fini ; Le froid est assez vif, mais c'est un froid sec et supportable. Dans la journée, je puis profiter assez souvent d'un bon soleil qui chauffe un peu. Tu ne me parles pas de tes négociations avec Mr F.. Pour l'arrangement de la maison il faudra y venir toujours et je crois que  le plus tôt sera le mieux. Je reçois bien le journal « La Croix » mais les numéros sont déjà vieux quand ils arrivent. C'est toujours une distraction. Bonne année 1918.

Je t'embrasse     Paul

 

 

 

Le 27 dec 1917

 

Mon cher Paul, Ta lettre du 18 m'arrive aujourd'hui. Elle me trouve toujours dans le même coin assez bien installé puisque j'ai une bonne chambre à l'hopital où je dis ma messe, où je vais passer mes soirées, où les soeurs sont aussi petits soins pour moi. Je t'ai dit en effet que nos batteries sont en position dans la montagne et très éloignées les unes des autres. Je reste donc dans la vallée à l'échelon, je vis en popote. Je ne suis donc pas trop mal pour le moment ; nous avons de la neige et du froid mais je parviens encore à me préserver. J'ai cependant quantité d'engelures. Avec l'aumônier  du parc (?)  d'artillerie qui loge aussi à l'Hopital nous organisons chaque dimanche nos offices. Pour Noël nous avons eu une messe de minuit dans une salle de l'usine où nous sommes cantonnés. Le directeur, les employés, tout le monde s'est prêté à la décoration de la salle qui était magnifique. C'est moi qui ai dit la messe, mon confrère a prêché et tenu l'harmonium. Nous avons eu aussi de très beaux offices à l'hopital. Reçois-tu les journaux que je t'adresse. Maman a du te dire que ma demande à Mr F. avait abouti cette fois-ci. J'écrirai prochainement à G... Avant de clore ma lettre, je t'adresse mes voeux les plus affectueux et je t'embrasse bien

Joseph

 

Ce 31 déc 1917

 

Mon cher Paul

 

Je viens de recevoir tes voeux et je t'adresse aussitôt les miens. Il est vraiment triste d'être encore en guerre en 1918 mais  ce qu'il y a de plus triste c'est qu'on ne se soit pas tourné franchement vers celui qui peut seul arrêter ce cataclysme. Je demande pour la France la paix, et pour Dieu la victoire. Je crois rester ainsi dans la note vraie. A toi, dont les sentiments sont profondément chrétiens, je souhaite  la santé afin que tu puisses dès maintenant par tes sacrifices et plus tard par ta mission contribuer à ramener  en notre pays le règne de Dieu, seul gage de victoire. Notre fête de Noël s'est très bien passée. J'ai dit la messe à minuit dans une salle de l'usine où nous nous cantonnons. Les patrons l'avaient magnifiquement décorée. A l'Hopital nous avons eu aussi de beaux offices. Hier je suis allé visiter l'état major et la 27e Batt en position. Aujourd'hui j'ai dit la messe de 9h et prêche à l'Hopital Belle assistance. Je réside toujours à l'échelon. Grâce aux soeurs de l'Hopital je suis fort bien. Bonne année, sainte année et à bientôt la fin de nos calamités et le retour chez soi. Je t'embrasse bientôt.

Joseph

 

Ce 11 janv. 1918

 

Mon cher Paul

 

Je viens de recevoir ta lettre du 4. En ce moment il y a du retard dans les correspondances. Après le froid très vif que nous avons eu dernièrement la neige est tombée en abondance, les trains et les voitures sont bloqués en beaucoup d'endroits. On dit que le tunnel de Brissang (?) est obstrué ; la poste n'a pas pu encore arriver aujourd'hui. Les ravitaillements dans la montagne se font très difficilement. On se sert de traîneaux. C'est en traîneau que je suis allé visiter une batterie. J'arrive de cette course et t'écris avant de rejoindre mon lit à l'Hopital. Je suis toujours aux petits soins chez les soeurs. Le soir en arrivant on m'offre des pantoufles, on bassine mon lit, on cire mes souliers tous les jours. Hier on m'a proposé de prendre un bain complet, je m'en suis très bien trouvé. Le matin après ma messe un bon déjeuner  et très souvent de petites douceurs dans la journée. Vraiment je suis bien ici et je ne demande pas à quitter le secteur. Je ne crois pas que les villes dont tu parles aient été évacuées. On dit bien qu'il faut se tenir prêt à parer une grosse offensive mais on a pas encore pris de pareilles mesures. Je crois que Mr F. a remis 200 francs à Maman. J'ai écrit à Guingamps, j'attends la réponse.  À l'HOE de Bruyères, il a passé paraît-il un soldat qui t'a connu. J'ai dit hier aux soeurs que j'avais la croix de guerre. Aussitôt on a sorti vin, gateau et bonbons pour fêter la décoration. A bientôt de tes nouvelles ; je t'embrasse de tout coeur.

Joseph

 

 

Ce 4 février 1918

 

J'ai reçu tes 2 cartes-lettres, mon cher Joseph, dans lesquelles tu me parles de ta prochaine permission. Je ne sais si nous pourrons nous rencontrer à Moras. Depuis une huitaine de jours, nous sommes en ligne et par suite le taux de permissions a été abaissé. De plus la longueur du voyage augmente la durée d'absence de chaque permissionnaire, ce qui augmente l'attente du suivant de tour. Un médecin est en ce moment en permission et rentrera dans une douzaine de jours ; un autre soit partir avant moi encore, ce qui me retarde de vingt autres jours environ. Ainsi je ne compte guère pouvoir partir que au début de mars.

Tous ces contre-temps sont fort regrettables mais qu'y faire ? Le tour de permission est une chose intangible, comme tu le comprends. La permission et le pinard, c'est sacré.

Si tu pars bientôt, je te souhaite un bon repos surtout moral, car au physique tu as l'air d'être content de ta vie actuelle. Bon accueil, bon gîte, bonne table là où tu es, c'est parfait. Pour nous, notre repos est terminé depuis plusieurs jours. J'ai un poste de secours dans une maison abandonnée, assez confortable, mais malheureusement pas à l'abri des obus. Et ceux-ci commencent à tomber dans mon rayon. Le temps est toujours merveilleux ; il fait très chaud dans le milieu du jour. Nous commençons à faire la sieste. Je t'embrasse bien fort.

Dr Paul B.

 

Dernières lettres et épilogue vers le 20 avril...Paul se battra jusqu'aux derniers jours.

 

 

Par thiaumont
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Vendredi 18 février 5 18 /02 /Fév 22:01

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Sur le front italien, la fameuse guerre des sommets, trés dure pour les combattants soumis à des conditions extrême  a paradoxalement été à l'origine d'un loisir trés populaire actuellement : la via ferrata, utilisées à l'époque pour acheminer les soldats dans les coins les plus reculés...

  

 

En cette fin d'année 1917, les événements se précipitent, notamment pour Paul, toujours médecin major malgré ses 3 ans de guerre et qui évoque son retour "en ligne". Son allusion à l'utilité du latin permet de deviner, malgré la censure, qu'il fait route vers l'Italie, bousculée en cette 3e année de guerre par les Autrichiens. En France l'offensive (ou plutôt la boucherie) du Chemin des Dames a pris fin en juin, ce qui laisse un bref répit aux combattants. Joseph, le vicaire,  a intégré un régiment d'artillerie, et quitte ce secteur du Chemin des Dames pour l'Alsace, considérée comme beaucoup plus calme. Plus d'un an s'est écoulée depuis la fin tragique  de leur jeune frère Maurice à Verdun.

Thiaumont

 

Le 28 septembre 1917

 

te voici de nouveau en secteur, mon cher Joseph, après un bon repos, il est vrai. La transition a dû être dure, je n'en doute pas mais enfin on se fait à tout. J'ai appris avec plaisir que tu avais été bien reçu chez les châtelains de Fontaine les Corps. Il est heureux qu'à l'arrière il y ait des gens aimables pour faire oublier très vite les mauvais moments de cette guerre. Pour moi, je suis aussi en ligne avec mon bataillon, depuis le 20 septembre et nous y resterons au moins jusqu'au 2 octobre, date à laquelle nous aurons un petit repos de six jours. Ce repos nous le prendrons dans des baraquements en plein bled, situés pas très loin des lignes et à bonne portée des canons Boches. Voilà le sort qui nous est réservé pour de longs mois, selon toute vraisemblance. Je suis tombé dans un corps d'armée d'occupation et d'organisation de secteur et non d'attaque comme le VI e corps, ce qui fait que nous restons des semaines et parfois des mois entiers en tranchées sans aller à l'arrière. Chaque situation a toujours ses bons et mauvais côtés. Le P.S. D'où je t'écris, est pourvu par exemple de l'éclairage électrique. Au poste de colonel, il y a une coopérative qui est assez bien pourvue; Ce sont les petits avantages de notre séjour en ligne. A côté de la coopérative se trouve un établissement de douches qui fonctionne tous les jours.

Le secteur est un peu agité depuis quelques jours, par suite des coups de main que nous avons fait chez les boches. Ils veulent sans doute prendre leur revanche. Ils déclenchent par moments des tirs effroyables d'obus, et d'énormes torpilles qui bouleversent tout. De notre côté tirs de barrages de 75 et de mitrailleuses. Peu de blessés pour le moment et pas de morts. Nos poilus savent s'enterrer. Ce qui nous tient le plus en éveil c'est une attaque par le gaz qu'on pressent depuis longtemps. Nous avons déjà détruit plusieurs fois les installations à gaz d'en face, mais les boches ont l'air  d'y tenir. Et d'après des renseignements de prisonniers et de déserteurs, ce serait de nouveaux gaz très toxiques et filtrant plus ou moins à travers nos masques. Aussi se tient t'on sur les gardes.

Je pense prendre ma permission fin octobre, dans un mois sans doute. Si tu peux faire coller ta permission avec la mienne, ça ira bien. A bientôt de tes nouvelles.

Je t'embrasse bien fort.

Dr Paul B.

 

Ce 17 novembre 1917,

Mon cher Joseph, j'attends une lettre racontant ta permission par le menu, tes voyages, tes visites. Tu es certainement de retour à ton groupe ; j'espère que l'as trouvé au repos. La transition en sera moins dure. Tu ne m'as jamais parlé de ta situation: j'aimerais à en connaître le texte. Il ne faut pas exagérer la modestie. Pour nous la situation a changé du tout au tout. Nous avons quitté notre lieu de repos depuis plusieurs jours et bientôt sans doute nous serons engagés dans une affaire plutôt chaude. Je t'écris dans l'auberge d'un petit village où certes je ne pensais jamais venir de ma vie. Le temps est d'été ; dans notre déplacement on nous a donné des roses, des oeillets, des héliotropes, des chrysanthèmes. On ne se croirait jamais au mois de Novembre. Si nous pouvions avoir ce temps là pendant tout l'hiver, ce serait merveilleux. Le commandant de ton groupe est-il gentil ? Je crois qu'il est protestant. Comment s'appellent les médecins de ton groupe ? Je les connais peut-être. Fais-tu toujours partie de la Division Brissaud Desmaillet ?

Je t'embrasse bien fort

Dr Paul B.

 

Ce 10 Décembre 1917

 

Mon cher Joseph, tes cartes-lettres et les semaines religieuses m'arrivent rapidement malgré la distance. Tu me demandes où je suis, alors que tu sais fort bien que je ne puis le dire. Du reste tu as du le deviner. La censure fonctionne toujours et de temps à autre il y a une exécution. Le pays où nous sommes est très beau. Nous nous sommes rapprochés des montagnes, ce qui nous vaut un refroidissement marqué de l'atmosphère surtout la nuit. Aussi j'ai attrapé un bon rhume depuis plusieurs jours. Je puis un peu me soigner car nous sommes au repos, prêts pourtant à une alerte soudaine. Nous roulons depuis une douzaine de jours de village en village ; c'est une vie de bohémiens qui a plus d'inconvénients que d'avantages. Mais je ne me plains pas ; nous voyons un tas de choses nouvelles fort intéressantes. Beaucoup de vin partout et du bon, aussi le poilu est content ! Les gens n'ont pas l'air malheureux du tout et sont aimables. Mais il faut arriver à se comprendre. Pour une fois le latin me sert à quelque chose. Si tu achètes chaque jour un journal, tu devrais bien me l'envoyer. Je ne sais plus ce qui se passe. Je t'embrasse bien fort

Dr Paul

 

Ce 18 décembre 1917

 

Mon cher Joseph, j'ai reçu ta carte lettre où tu me dis que tu es en route pour l'Alsace. C'est je crois une chance pour toi car l'Alsace est coté comme secteur tranquille et il fait bon vivre. Du reste tu as gardé un bon souvenir des quelques jours que y as passés au début de l'année. Pour moi, je suis dans une petite ville placée auprès de hautes montagnes couvertes de neige. Cette ville a l'air vieillot : Rigoles se trouvant dans le milieu des rues qui sont étroites, tortueuses ; maisons d'assez bon aspect avec quelques arcades, mais peu confortables l'hiver. Les églises sont immenses ici, neuves pour la plupart mais sans caractère artistique. Elles ne valent pas nos églises de France qui ont beaucoup de cachet. Le froid est venu ; avant-hier il est tombé un peu de neige ; mais c'est supportable. Les journaux commencent à nous arriver, bien qu'avec du retard. Si tu achètes l'Echo de Paris, envoie le moi après l'avoir lu. Qu'as tu décidé avec Mr F. ? As-tu écrit pour avoir la croix de guerre de Maurice et le diplôme des enfants morts pour la Patrie ? Il faudrait qu'on nous envoie cela : ce sont des souvenirs. Je t'embrasse très fort.

Dr Paul B.

 

Le 18 décembre 1917

 

Mon cher Paul

 

J'ai reçu ta lettre du 10 déc et je te réponds aussitôt. Nous avons quitté la Hte saône et par les Vosges nous avons gagné la province patrie de maman. Il n'y fait pas très chaud mais tout le monde préfère ce secteur à celui de l'Aisne. Les gens sont très sympathiques et très accueillants. Je me plais bien dans ce pays où l'on trouve encore beaucoup de foi. Il a fallu quitter l'excellente dame E. qui m'a si bien soigné. Tout le long de nos étapes j'ai trouvé un asile dans les cures et je ne puis que me féliciter de l'accueil  qui m'a été fait. Ici on nous a cantonnés dans une usine, je loge moi-même dans un hopital où les soeurs ne savent que faire pour m'être agréables. J'ai un bon lit et après ma messe chaque matin. On m'offre un excellent déjeuner. Nos batteries  sont déjà en possession mais comme elles sont très distantes les unes des autres je resterai probablement ici où je me trouve mieux placé pour aller les voir. Je suis heureux d'apprendre que tu es content ; j'espère que tu échapperas à tout accident. Je t'enverrai régulièrement mon journal La Croix, il est fort intéressant et il y a de beaux articles. Tu sauras au moins ce qui se passe. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur. Joseph

 

aumonier au 240 d'Art 3e Groupe Sp 190

 

 

Prochaines lettres vers le 20 mars...

Par thiaumont
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