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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 23:11

Il y a 100 ans débutait la bataille de Verdun ; un million d´obus sont tombés en une seule journée sur les premiéres lignes françaises. Ne pas l´oublier, ne pas oublier la souffrance de ces jeunes gens , devenus véritablement ''chair á canon''.

Certes ne n´était pas la premiére fois (l´expression a été forgée par Chateaubriand aprés la bataille d´Eylau le 8 février 1807), ni la dermiére hélas,, mais le début d´une impitoyable stratégie d´anéantissement oú l´homme s´efface totalement devant une guerre devenue véritablement industrielle.

Alors pour comprendre la souffrance de ses hommes, lisez, relisez les lettres de poilus, notamment celles de trois fréres de la Drôme publiées dans ce blog. Leur ton change nettement á partir du début de cette bataille terrible. La vie devient réellement une partie de dés. Les lettres de Maurice de juin, juillet et août 1916 sont les plus poignantes.

Je vous invite á les ouvrir.

Thiaumont

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 21:32

A l´approche des commémorations du 11 novembre, la visite des tranchées reconstituées prés du village de Pressins dans l´Isére (bravo pour ce formidable travail) m´a amené á relire le livre d´Henri Barbusse, écrit dés 1916 : Le Feu.

Rappelons qu´Henri Barbusse, militant pacifiste depuis 1908, a sollicité á l´âge de 41 ans sont engagement dans l´infanterie alors qu´il aurait pu être dispensé de tout service. Pourquoi cette volte-face ? pour témoigner ? partager les souffrances des plus faibles ? ou ''tuer la guerre dans le ventre de l´Allemagne'' ?

Nous lui devons en tout cas quelques pages magnifiques sur les poilus, dont celle-ci, qui les décrivent avant l´assaut dans un état de lucidité absolue, prêts á mourir mais imperméables á la propagande :

''Chacun sait qu´il va apporter sa tête, sa poitrine, son ventre, son coprs tout entier, tout nu aux fusils braqués d´avance, aux obus, aux grenades accumulées et prêtes, et surtout á la méthodique et presque infaillible mitrailleuse -á tout ce qui attend et se tait effroyablement lá-bas- avant de trouver les autres soldats qu´il faudra tuer. Ils ne sont pas insouciants de leur vie comme des bandits, aveuglés de colére comme des sauvages. Malgré la propagande dont on les travaille, ils ne sont pas excités. Ils sont au-dessus de tout emportement instinctif. Ils ne sont pas ivres, ni matériellement ni moralement. C´est en pleine conscience, comme en pleine force et en pleine santé, qu´ils se massent lá, pour se jeter une fois de plus dans cette espéce de rôle de fou imposé á tout homme par la folie du genre humain. On voit ce qu´il y a de songe et d´adieu dans leur silence, leur immobilité, le masque de calme qui leur étreint surhumainement le visage. Ce ne sont pas le genre de héros qu´on croit, mais leur sacrifice a plus de valeur que ceux qui ne les ont pas vu ne seront jamais capables de le comprendre.''

 

 

''ce sont des civils déracinés. Ils sont prêts. Ils attendent le signal de la mort et du meurtre; mais on voit, en contemplant leur figure entre les rayons verticaux des baionnettes, que ce sont simplement des hommes''

 

Et quelques pages plus loins, les soldats perdus dans un océan de boue, doutent qu´on les croit lorsqu´il raconteront leur calvaire de retour á la vie civile, doutent même de leur propre capacité á ne pas oublier car ''les hommes c´est des choses qui pensent un peu mais qui surtout oublient. Voilá ce qu´on est , des machines á oublier''

Et pourtant '' si on se rappelait, dit l´autre, y aurait plus de guerre''

''un troisiéme ajouta magnifiquement : -oui, si on se rappelait, la guerre serait moins inutile qu´elle ne l´est''.

 

Alors faisons mentir cette prophétie, presque centenaire : ne soyons pas des ''machines á oublier'', á les oublier.

 

Bonne lecture du blog, et comme on dit au Québec : JE ME SOUVIENS

 

Thiaumont

 

 

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 22:04

Chers lecteurs de ce blog,

 

Je ne vous oublie pas, pas plus que vous n'oubliez nos poilus en cette année du centenaire. Je vous livre quelques cartes postales supplémentaires.

La première est patriotique (l'Alsace est une magnifique fiancée délivrée des griffes de l'ogre), la seconde montre Maurice entouré de deux autres poilus, la dernière est écrite par Joseph; écriture serrée; s'il en est !

N'oubliez pas de lire ou relire les lettres si riches de ces trois frères.

A bientot  

Thiaumont

En Alsace

 

Maurice-sur-pied.jpg

 

ecritures-serrees-bis0002.jpg 

 

 

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 14:56

Chers lecteurs,

 

Alors que nous nous apprêtons à entrer dans l'année du centenaire,  merci de votre fidelité à ce blog, mais surtout à la mémoire de ces jeunes (et moins jeunes) dont la vie a été parfois sublimée, mais plus souvent laminée par le rouleau compresseur d'une Histoire sans états d'âme.

Comme promis voici, trois autres cartes postales originales qui illustrent trois facettes de la Grande Guerre :

 

-Une photo traditionnelle d'un poilu

 

-Le naufrage du navire "Le Portugal"

 

-orphelins de la marine

 

Trois autres suivront prochainement

 

Bonne année à tous

 

Thiaumont

 

cuirasse-d-escadre-Gaulois.jpg 

Cuirassé d 'escadre ¨Le Gaulois¨

 

 

 

Dans-une-eglise.jpg

 Soldats dans une église

 

 

 

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Effets de l'artillerie sur les lignes allemandes en Champagne

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 21:59

IMG_4215.JPG

Monument aux morts de Saint Martin du Vercors

 

99 ans ! Dans un an, un siécle aura passé depuis le déclenchement de la Grande Guerre. On évoquera alors une nouvelle fois la course folle pour la suprématie européenne et son corollaire, la course aux armements, le jeu des alliances...qui ont précédé des millions d'hommes dans l´enfer...

Je vous propose d'entrer dans   la Grande Histoire par le petit bout de la lorgnette, á travers le destin de ces trois jeunes hommes, bientôt  emportés par  un tourbillon dont il n´ont pas encore la moindre conscience.  Les deux lettres que voici, déjá publiées en 2008 au tout début de ce blog,  en témoignent : le militaire y apparait sous les traits de Paul, qui fait son service militaire, comme un ''drôle de zouave'',  acteur d´une comédie qui devriendra hélas tragédie, tandis que Maurice se passionne pour une autre course folle...celle de deux trains lancés á vive allure sur des voies paralléles. Une métaphore d´une Europe en surchauffe.

Bonne lecture

Thiaumont

 

 

 

Cher Joseph


Je suis vraiment négligent depuis quelque temps, je le reconnais ; il a déjà longtemps que je devais t'écrire, mais, peu encouragé par les lettres des uns et des autres, qui sont très rares, j'ai reculé ce moment, qui se restreint d'autant plus que mon examen approche plus vite. Une semaine me sépare de cette lutte décisive pour moi, mais j'espère et je le pense bien, ce sera un succès qui cloturera admirablement bien cette année 1912 si bien remplie. Je suis convoqué pour le lundi 28 octobre 2 heures du soir ; de 2 à 4 je passe, avec d'autres bien entendu et vers 6 h je saurai à quoi m'en tenir ; je t'enverrai un mot immédiatement. Tu sais maintenant la malchance que nous avons eue. Paul d'abord versé à Lille puis à Calais.

Hier pour la première fois je l'ai vu en soldat et je t'assure que j'ai ri, mais si, oh là! Là!! voilà ; je suis allé le chercher à la gare samedi soir ; je l'attendais sur le quai à la sortie. Vers 7h1/2 plusieurs soldats du 8eme s'avancèrent vers la sortie, Paul en était, mais je ne le vis ou plutot je ne le reconnus pas. A trois pas de moi se tenait une sorte de réserviste petit et trapu qui me semblait attendre quelqu'un ; ce réserviste!!!, il en avait l'air, n'était autre que Paul ; quand je le reconnu j'éclatai de rire et il y avait de quoi. Il s'était laissé pousser la barbe, et quelle barbe !!! d'un noir d'ébène, courte et par conséquent, quoique fournie, laissant voir la peau de ci et de là, non quelque chose de laid « d'horribile visu »!!! m'écriais je en riant. Tous ceux qui le voyaient se demandaient ce que c'était que ce « poilu » (terme de régiment) et les jeunes filles riaient en le voyant. Figure toi un visage, déjà brun, recouvert d'un « gazon de poils » excessivement noirs, assez courts ; ce sera à peu près l'impression que cela m'a faite, un vrai colonial quoi !!! Le portrait que j'en ai fait est encore loin en dessous de la réalité, c'était comique !; en civil il ferait reculer les gens d'effroi et à la guerre il terroriserait une armée entière d'ennemi ; c'est pas peu dire !?! A part cela il est potable sous la calote bleue et le pantalon rouge ; une allure décidée, des gestes secs, une marche étourdissante, grâce à ses « godillots » ; la France ne craint rien avec de pareils soldats. Il m'a apporté du linge sale, et comment ! Nous avons eu la pluie tout le jour aussi nous n'avons pas pu visiter Lille à notre fantaisie ; le temps reste pluvieux et devient par suite frais et humide.

Paul sera peut être bientôt le médecin de la place de Calais, car le médecin-auxiliaire en place partira vers le 20 Novembre. De ce fait il sera bien logé et pourra avoir plus de liberté.

Je t'embrasse de tout coeur en attendant de tes nouvelles. 

Maurice

Note de Thiaumont : remarquez que le terme "poilu" existait déjà avant la Grande Guerre

 

pantalons-rouges.jpg

 

Le Samedi 6 septembre (commentaire de Thiaumont :  1913)

                      

Cher Paul

J'avais déjà commencé la lettre que je devais t 'envoyer, lorsque Joseph est arrivé ; le lendemain de son arrivée nous sommes allés à U., aussi n'ai je pu continuer la lettre. Mais nous voici de retour et je remets la plume à la main pour te narrer tous les détails de notre voyage et de notre séjour à Moras et autres lieux. De Sous-le Bois à Valence nous avons fait bon voyage et nous avons été assez heureux pour assister à une course de trains entre 2 rapides le nôtre et celui qui filait vers Nevers, sur une voie parallèle pendant près de 40 kilomètres. C'était une course vraiment magnifique ; tous les voyageurs étaient aux portières se mesurant, riant, criant comme sur un champ de courses. Les 2 trains pendant 10 minutes allèrent de pair, puis l'autre sembla prendre de l'avance ; Le mécanicien de notre machine, ne voulant sans doute pas se laisser devancer chauffa fortement, si bien que notre convoi rattrapa l'autre  et lui passa devant, notre train avait gagné ; mais ce fut superbe encore une fois et cela dura environ 20 minutes. Le train étant un rapide ne s'arrêta qu'à Laroche, Dijon, Macon, Chalon Lyon et Valence où nous arrivions à 4h1/2

Maurice

 

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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 19:43

Voici deux photos et deux cartes postales illustrant  la période de 1913 á 1918 :

 -Sur l´aérodrome de Reims en 1913

-Le cuirassé Jean-Bart, un des fleurons de la marine française, mis á l´eau en 1911

-Le  naufrage du navire hopital '' Le Portugal''

-Aprés un  Te Deum  en 1918

 

D´autres, toutes aussi originales, suivront dans les prochains mois

 

Thiaumont

 

1913--aerodrome-de-Reims.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Bart.jpg

 

 

le-Portugal.jpg

 

 

 

 

 

 

 

1918-apres-un-TE-DEUM.jpg 

 

 

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 23:33

 

la-boue.jpg

 

Roland-Dorgeles.JPG

 

 

Une fois la guerre finie, une fois l´assurance d´avoir sauvé sa peau aprés parfois des années d´angoisse,  pour les poilus les petits riens d´une  vie ordinaire prenaient une saveur inouie, avant parfois hélas  certaines  désillusions du retour á la vie civile.

Mais dans les tranchées aussi d´autres plaisirs jugés insignifiants en d´autre temps illuminaient leur journée.

Ainsi l´écrivait déjá Roland Dorgelés dans ''Les croix de bois'' :

 

Maintenant nous savourons la moindre joie, ainsi qu´un dessert dont on est privé. Le bonheur est partout : c´est le gourbi oú il ne pleut pas, une soupe bien chaude, la litiére de paille sale oú l´on se couche, l´histoire drôle qu´un copain raconte, une nuit sans corvée... Le bonheur ? mais cela tient dans les deux pages d´une lettre de chez soi, dans un fond de quart de rhum. Pareil aux enfants pauvres, qui se construisent des palais avec des bouts de planches, le soldat fait du bonheur avec tout ce qui traîne.

Un pavé, rien qu´un pavé, oú se poser dans un ruisseau de boue, c´est encore du bonheur. Mais il faut avoir traversé la boue, pour le savoir.

 

 

Thiaumont

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 17:50

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Dans 3 jours sera commémoré l'armistice de 1918. Quatre-vingt quatorze ans après la fin de la Grande guerre et deux ans la publication des dernières lettres des 3 frères poilus, la souffrance et l'héroïsme de ces soldats continue de susciter de l'intêrêt et à soulever bien des questions comme en témoignent les  presque 10000 visiteurs de ce modeste blog. Merci à eux, tant me serait insupportable l'oubli de ces jeunes (parfois trés jeunes) gens.

 Moi-même, qui me suit contenté de retranscrire ces quelques 200 lettres en y insérant quelques illustrations, je suis écartelé entre l'admiration que je voue à tous ces héros ordinaires, l'intime conviction que leur sacrifice n'a pas été inutile, et ma conception plutôt pacifique de la marche du monde ; Ne suis-je pas  tenté, en 2012, de reprendre à mon compte les quelques lignes de mon cher Brassens :

" Jugeant qu'il n'y pas péril en la demeure, allons dans l'autre monde en flanant en chemin

Car à forcer l'allure, il arrive qu'on meure pour des idées n'ayant plus cours le lendemain

Et s'il est une chose amère, désolante, en rendant l'âme à Dieu, c'est bien de constater

Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idées

Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente..."

 

Les jeunes soldats, en rendant l'âme, ont-ils eu le sentiment de se tromper d'idées ?  Le plus jeune des 3 frères, qui s'est vu mourir à petit feu sur le  champ de bataille de Verdun dans la fleur de l'âge, aurait certes eu le temps de  nous le dire, Mais aurait-il eu seulement le même avis quarante ans plus tard, s'il avait survécu, en observant la naissance du couple franco-allemand ? Nuance, tout est dans la nuance... Y a t'il en vérité...une Vérité ?

 

Thiaumont

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 09:54

 

 

 

Aujourd'hui, 11 novembre 2011, jour de mémoire.

Et il est bon en effet de se souvenir. A l'heure où la crise financière commence à affecter le quotidien de chaque européen, où une forme de  guerre économique est à son paroxysme,  comme il serait  tentant de voir dans la guerre une forme de purification des âmes ... ou de relance économique !  les 3 frères, dans leur correspondance pensaient d'ailleurs à une  punition divine liée à un relachement de la pratique religieuse des français .

Alors que les va-t'en guerre, les agités ou  les manipulateurs n'oublient pas que nous, les "99%" qui voulont rester en paix n'avons rien oublié du sacrifice de ces jeunes, victimes de la Grande guerre  et des horreurs qu'ils ont vécues.  Que ceux qui ne l'ont pas fait depuis longtemps relisent Genevoix, Giono et tant d'autres ou plus simplement les lettres de Maurice de juin et juillet 1916 à Verdun, dans ce blog . Les corps à corps aveugles, les bombardements qui rendaient fous, les chairs mutilées.

Cela jamais, plus jamais ne doit se reproduire...sinon leur souffrance n'aura alors vraiment servi à rien !


  Thiaumont

 

 

                    

 

                                         Hooreleke. Armistice. 9 h 30, 11 novembre 1918

                                         (cliché et légende d'Yves Troadec -   http//:www.rue-foch.net)

 

                      Armistice.jpg

 

                                Wagon du Maréchal Foch où a été signé l'armistice le 11 novembre 1918

 

 

                                                monument-aux-morts-St-P-d-entremont.jpg

 

                                           Monument aux mort de St Pierre d'Entremont (Chartreuse-Isère)

 

 

PS : merci aux milliers de lecteurs de ce blog (plus de 8000 connexions à ce jour) qui prouvent que le "devoir de mémoire" ne faiblit pas.

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 17:43

La-Piave.png

 

 

Voici venu la fin de cette correspondance de guerre et donc de ce blog. Paul exposa sa vie  et soigna les blessés jusqu'aux derniers jours du conflit puiqu'il participa à la bataille victorieuse de Vittorio Veneto (parfois appelée 3e bataille du Piave contre les Autrichiens http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Piave , au sein de 2 divisions françaises, épaulant 51 divisions italiennes. Les Autrichiens capitulèrent peu après. Joseph retrouve ses parents et sa soeur Yvonne à Maubeuge : il ne les avait pas vu depuis 4 ans ! Paul resta mobilisé un an de plus. Après la guerre, malgré son expérience acquise durement dans les tranchées, il dut renoncer à son rêve d'être chirurgien (n'étant pas en mesure de passer le concours de l'Internat) et s'installa comme médecin généraliste dans la Drôme. Il mourut à 86 ans, et raconta  "Sa guerre" uniquement à la fin de sa vie. Ses carnets de guerre n'ont pas été retrouvés. Quand à Joseph, il vécut jusqu'à 81 ans. Il fût un prêtre trés apprécié de plusieurs paroisses de la Drôme.

La mémoire de Maurice reste vive dans sa famille. La médaille de la ville de Verdun lui a été attribuée il y a 2 ans grâce aux démarches de sa petite nièce et de son mari.

Je termine ce blog, juste après avoir relu "Ceux de 14" de Maurice Genevoix.  La souffrance et le dévouement de tous ces jeunes hommes fût réellement surhumains. J'espère avoir, à ma modeste mesure, contribué à maintenir l'indispensable souvenir de leur sacrifice et de leur courage. Merci pour vos encouragements et d'avoir "fait vivre" ce blog en lisant ces lettres.

Thiaumont

 

 

  Le 12 novembre 1918

Ma chère Maman, voici finalement la guerre arrêtée. Quel soulagement, et pourtant la nouvelle nous a laissés calmes étonnamment. Nous sentions tous depuis quelque temps que c’était la fin et nous nous y préparions. La Bulgarie avait lâchée, la Turquie a suivi ; nous avons décidé l’Autriche en 5 jours de bataille à suivre le mouvement. L’Allemagne, seule, était condamnée à une fin prochaine. Elle cède, elle est battue, ouf !!! quelle joie. Nous désirons tous fouler le sol boche quelque temps au moins. Cela viendra sans doute et bientôt. Pour le moment nous sommes au repos dans la plaine vénitienne, après les exploits du 107è et de la 23è division.

C’est dans la nuit du 26 au 27 octobre que le régiment est parti pour l’attaque. L’opération que nous avions à faire a été peut-être unique dans cette guerre. Il fallait franchir de vive force face à l’ennemi, un torrent rapide dont le lit a plus de 1500 mètres de large et cela au pied de montagnes qui ont 600, 1200, et 2000 mètres d’altitude, montagnes d’où l’ennemi nous surveillait. Ce torrent était le Piave. Le pont construit par le génie sur le bras principal du fleuve, sous le feu de l’ennemi ne put être achevé qu’à 2 heures du matin au lieu de minuit heure prévue. A 2H le 107è commence à passer montré du doigt par les projecteurs ennemis.

Aussitôt commence le bombardement, le feu des mitrailleuses. On continue à passer. C’est d’un tragique impressionnant. Tout est noir sauf la passerelle éclairée par les projecteurs : les obus tombent, éclatent, projettent des gerbes d’eau, de pierres, de fumée ; les balles sifflent.

On continue à passer : plusieurs tombent et se noient ; des blessés crient, des soldats hurlent à moitié fou. Chacun se dit : pourvu que le pont ne soit pas coupé par les obus ! quand je passe

J’ai 6 brancardiers blessés par un gros obus ;  je continue mon chemin le reste suit. 

Je me rappellerai longtemps ce passage du pont, sous l’œil puissant de 2 projecteurs. Après le pont, il faut passer à gué 2 gros bras du Piave avec de l’eau jusqu’au ventre. Enfin on arrive de l’autre coté : alors autre sérénade : c’est l’inconnu, c’est la grève parsemée de taillis dominée de toutes parts par les montagnes où se terrent les mitrailleuses, les mortiers,  les canons. Il faut aller de l’avant, à la boussole sous un déluge de balles, parmi des éclatements d’obus. On avance quand même. Il est près de 4H du matin quand tout à coup résonne le clairon. C’est le 2ème bataillon, le mien qui à 300 mètres de moi monte à l’assaut de la falaise au son de la charge. Une falaise de 80 mètres presque à pic. Quelle minute ! La falaise est prise aussitôt. L’ennemi recule.

J’arrive au pied de la falaise, j’apprends que le médecin chef vient d’être écrasé par un obus ; le commandant du bataillon est blessé ainsi que plusieurs officiers de mon bataillon. Les blessés commencent à défiler. Je commence à travailler mais le jour s’approche et il faut que je trouve un abri au moins contre les vues car dans cette étroite vallée tout à l’heure l’Autrichien verra tout et pourra tuer à son aise. Et avec le jour commence une situation étonnante. De l’autre côté du Piave, du côté autrichien seul avait pu passer un régiment français et quelques compagnies italiennes. Au petit jour le pont était coupé par le bombardement, et alors il en est résulté que le 107éme devait tenir envers et contre tout pendant un jour et une nuit. Et presque plus de munitions, et pas moyen de bouger car l’ennemi de ses montagnes nous voyait comme à bout de bras.

La journée du 27 et la nuit du 27 au 28 resteront historiques pour le 107ème. Pendant ces 24H ce régiment est resté cramponné à sa falaise ou tapi dans la vallée, avec le Piave dans le dos à 800 mètres, sans broncher sous le bombardement, la mitraillade, les contre attaques.

On nous considérait comme perdus en haut lieu, parait-il. La nuit suivant le 28 ; le pont était refait, d’autres troupes pouvaient passer. La brèche était faite, le front ennemi était crevé.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur les journées du 28 et 29 mais il faudrait un volume à 3 francs 50.

Je raconterai le reste en permission. Je vous embrasse, chère maman, votre fils Paul.

 

 

 fin-de-la-guerre.jpg

 

La Grande guerre est finie !

 

VictoireArcTriomphe

 


Le 23 nov 1918

 

Bien chère Maman

 

J'arrive de Maubeuge; Je suis parti le 14 dans l'après midi et par St Quentin j'ai pu gagner avec des trains de ravitaillement la gare de Bohain. De là j'avais encore 60 kilomètres que j'ai parcouru soit à pied soit en auto. Bref le 15 au soir je surprenais Papa et Yvonne qui étaient couchés. Vous jugez de leur surprise et de leur joie. Ils vont bien l'un et l'autre. Yvonne était quelque peu grippée mais ça allait mieux. Vous devinez que je leur ai donné des détails sur notre vie depuis 4 ans, sur la mort de Maurice etc, etc. De leur côté ils m'ont raconté leur vie durant l'occupation allemande. Ils n'ont heureusement pas trop souffert, à ce point de vue ils ont été privilégiés car les Boches ont été ignobles dans le traitement infligé aux populations. Ils ont conservé leur mobilier au moins en partie car il a fallu livrer lits, matelas, linges (?) etc. Ils n'ont pas trop souffert de la faim. Maubeuge et ses environs n'ont pas été trop abimés par les obus. C'est heureux. J'ai revu les Y., F. (?), D., T., M. (?), ?, les Y.etc. Tout le monde m'a reçu fort bien. Comme j'étais dans la région le 1er soldat français qu'on voyait depuis 4 ans, on m'a fait fête partout où je passais. Je n'ai rien de Paul depuis le 2 nov. Le service postal marche mal depuis que nous nous déplaçons. A bientôt. Je vous embrasse

Joseph

 

 

 

 

 Paul fut démobilisé le 31 décembre 1919

 

Lyon le 1 juillet 1919

 

Mon cher Joseph, Le Colonel du 48e RI me fait savoir que le maréchal de France commandant en chef a conféré à la date du 12 juin 1919, la médaille militaire à Maurice, avec le motif suivant :

« Sous un violent tir de mitrailleuses, a enlevé brillamment sa section à l'attaque ; atteint de multiples blessures dont plusieurs mortelles, a fait preuve d'un grand courage. S'était déjà distingué au cours d'une attaque précédente. »

Le Colonel me dit de m'adresser au Dépôt du 48e. C'est ce que je fais aussitôt.

 à la Faculté de médecine, est posée une affiche indiquant qu'un bon poste médical est libre à St Jean. Il y a des amateurs, paraît-il.

Je t'embrasse bien fort

Paul B.

 

 


Ainsi finit cette correspondance des 3 frères poilus

 

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