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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 11:27

 Le Samedi 6 septembre (commentaire de Thiaumont :  1913)

                      

Cher Paul

J'avais déjà commencé la lettre que je devais t 'envoyer, lorsque Joseph est arrivé ; le lendemain de son arrivée nous sommes allés à U., aussi n'ai je pu continuer la lettre. Mais nous voici de retour et je remets la plume à la main pour te narrer tous les détails de notre voyage et de notre séjour à Moras et autres lieux. De Sous-le Bois à Valence nous avons fait bon voyage et nous avons été assez heureux pour assister à une course de trains entre 2 rapides le nôtre et celui qui filait vers Nevers, sur une voie parallèle pendant près de 40 kilomètres. C'était une course vraiment magnifique ; tous les voyageurs étaient aux portières se mesurant, riant, criant comme sur un champ de courses. Les 2 trains pendant 10 minutes allèrent de pair, puis l'autre sembla prendre de l'avance ; Le mécanicien de notre machine, ne voulant sans doute pas se laisser devancer chauffa fortement, si bien que notre convoi rattrapa l'autre  et lui passa devant, notre train avait gagné ; mais ce fut superbe encore une fois et cela dura environ 20 minutes. Le train étant un rapide ne s'arrêta qu'à Laroche, Dijon, Macon, Chalon Lyon et Valence où nous arrivions à 4h1/2

Maurice

 

Reims, le 9 mars 1914

Bien chers,

Vite un mot pour vous renseigner. Je suis affecté  à l'école d'aviation civile où se trouvent également des élèves militaires ; c'est l'aérodrome de la champagne, l'ancien aérodrome de Perdussin. Je serai à 9 km de Reims. Heureusement qu'il y a un service de tracteurs automobiles militaires assez bien organisé. Par exemple cette école est en pleine organisation : on a édifié quelques baraques en bois pour loger les élèves sous-officiers. Mais elles sont d'une étroitesse incroyable. Ma chambre qui est une des mieux a exactement 2m50 de coté . Comme meubles juste un lit , une table, une chaise et un lavabo ; pas même une commode. Aussi je vais être forcé de louer une chambre en ville, ce qu'a du faire le médecin auxiliaire de l'école d'aviation militaire. Le mess est à la cantine. Tout cela est bien rudimentaire. Il a commencé à fonctionner aujourd'hui. Mon service ne sera pas dur du tout. Je devrai être présent à l'aérodrome aux heures de vol ç-à-d- le matin jusqu'à 8h et le soir à partir de 5h jusqu'à la nuit et voilà tout.

Pour ce soir j'ai du  me loger à l'hotel car ma chambre n'était pas prête. Je suis juste en face de la fameuse cathédrale que j'ai inspecté à la lueur d'un vague clair de lune. Je vous en parlerai une autre fois. Le temps est très doux ce soir. Beaucoup de gens se promènent sans pardessus. Reims à l'air d'une ville très agréable. Je la visiterai en détail.

Demain je me présenterai au Capitaine, chef de l'école d'aviation civile et au Médecin chef de service de l'aviation militaire. Je serai seul médecin à l'aérodrome civil.

Je vous embrasse

Dr Paul B.

Médecin auxiliaire

aérodrome de la Champagne

Reims

 

Commentaire de Thiaumont : le premier meeting aérien au monde avait  eu lieu à l'aérodrome de Reims-Betheny, en août 1909 

 

Epernay le 11 avril 1914

Mes biens chers,

Impossible d'avoir une permission pour Pâques. Aussi est-ce par lettres que j'envoie à Papa mes voeux de bonne fête. Je souhaite de tout coeur que sa santé reste excellente et que le bonheur devienne son compagnon habituel. Peut-être est-ce cette année que le gros lot arrivera. Esperons-le. Que de vicissitudes dans ma carrière militaire. Je suis un véritable oiseau voyageur. A Reims je n'ai guère fait qu'un mois de séjour. Ca a été un bon mois du reste. A l'école l'aviation, je n'avais pour ainsi dire rien à faire qu'à attendre les accidents. Comme chambre : 5 mètres carré meublés sommairement. Comme salle à manger un hangar d'aéroplanes où il faisait un froid terrible les premiers jours. Un bois à proximité pour faire la sieste et assez souvent un tour sur la piste pour voir voler les avions. Je suis allé 3 fois à Reims-à 8h de l'Ecole- et j'ai pu admirer la cathédrale qui est merveilleuse. Je vous engage à venir la voir quand vous disposerez de 48 heures. Du reste je retournerai de temps à autre à Reims qui n'est qu'à 30 K. d'Epernay.

A l'Ecole je suis monté en aéroplane une fois : le temps n'était pas souvent favorable. L'impression est bonne : néanmoins la première fois on est un peu nerveux. 4 jours après mon appareil se brisait à l'atterrissage d'un élève-pilote. Celui-ci s'en tirait indemne quoique plus mort que vif. Je vous envoie un souvenir de cet aéroplane.

Le 1er avril à 3h et demie a eu lieu l'accident de Vedrines. Aussitôt j'étais averti et j'étais transporté en auto sur le lieu de la catastrophe. Au premier coup d'oeil je vis qu'il n'y avait plus grand chose à espérer. Vedrines avait le crâne à moitié défoncé, les machoires et les membres brisés. Je lui ai fait plusieurs injections d'ether et de caféine par acquit de conscience. Comme je lui nettoyai la figure à l'ether, je donnai le flacon à un monsieur placé derrière moi qui me fit un signe de tête. Mais je ne prêtai pas attention. Plusieurs fois le manège continua. Enfin ayant fait transporter Vedrines à l'hôpital, je vis ce monsieur s'approcher et me dire qu'il venait de Maubeuge. Je reconnus aussitôt Mr D.. La rencontre n'était pas banale. Le lendemain matin il revint me voir et je lui fis visiter l'Ecole. 

Ce même 1er avril où je m'attendais à être nommé aide-major, je ne voyais rien venir ; le 2 rien non plus plus. Aussitôt j'écrivais à Chalons pour savoir ce qu'il en était : je pensais être black boulé. Enfin le 3 avril j'ai reçu ma nomination d'aide major de 2e classe de réserve pour prendre rang à partir du 1er. Le 4 avril je vais à Reims faire un tour lorsque j'aperçois un médecin auxiliaire qui se promenait. Je l'aborde et lui demande à quel corps il est attaché. « Je viens à l'Ecole d'aviation militaire remplacer Mr B. ». Jugez de ma stupeur. Il m'apprend que je dois le remplacer à Epernay au 9e dragons. En effet 2 jours après  je réservais mon changement. Je demande un sursis : refusé en raison du travail  et le 8 Avril au matin je pars pour Epernay où j'arrive à 9h et quart. Je me présente au major qui est très gentil et me met au courant du service. Il est seul pour la garnison composée du 9e dragons et de 3 compagnies du 54e d'Infanterie : de plus il est médecin de l'Hopital militaire.

Après les présentations nécessaires, je cherche une chambre en ville et je la prends 2, rue St Laurent, chez Mr C.. C'est une grande chambre à 2 fenêtres donnant sur la place Victor Hugo. J'y suis très bien; Coût : 30f. Je mange à la pression des lieutenants de dragons : des gens très chics, un peu gommeux. Le champagne sort assez souvent : le premier soir j'ai dîné au champagne. Comme service : tous les matins je vais passer la visite au 9e dragons à 7h1/2 : le quartier est à 2K de ma chambre, puis je vais au 54e d'Infanterie où je suis chef de service. En ce moment peu de travail : à 9h1/2 ma journée est finie. Le major va à l'Hopital. Aujourd'hui j'aurai mon ordonnance qui tous les matins et tous les soirs viendra dans ma chambre, brosser, cirer, astiquer : son plus gros travail sera les nettoyages de ma bicyclette. Quand j'aurai un cheval et que je saurai y monter convenablement, il l'amènera à ma porte. La semaine prochaine, je vais faire beaucoup de manège. Le temps passera somme toute agréablement.

Epernay est une jolie ville, très riche de 21.000 habitants. Beaucoup de belles maisons, châteaux ou villas : c'est le centre des vins de Champagne ; il y a ici Moët et Chandon, Vve Devaux, Mercier etc... Elle se trouve trouve sur la ligne Paris, Chalons, Nancy : aussi les communications sont-elles faciles. L'été on peut faire de belles promenades dans les environs.

Je pense rester ici jusqu'à la fin de mon service.

Vous pouvez envoyer en colis postal ce que j'ai encore de disponible comme linge de corps. A cela ajoutez rapidement encore 3 à 4 chemises de jour à acheter en toile-rayures diverses fines, 3 caleçons en toile rayée bleue-3 chemises de nuit blanc avec bordure rouge ou bleue-1 douzaine de mouchoirs blancs. Au besoin envoyez-moi une partie de la note. Mon linge s'en va en lambeaux.

A mettre dans le paquet, ma trousse de P.C.N.-mon réveil matin, mon costume vert, remis en état.

Il faut que je me tienne bien.

J'ai dû me commander une nouvelle tenue car la mienne commençait à être sérieusement fatiguée. Je l'étrennerai la semaine prochaine, si pour Quasimodo je puis aller à Maubeuge, je le ferai. Quant à ma tournée dans le midi c'est remis à la Pentecôte.

A bientôt de vos nouvelles. Je vous embrasse bien fort. Meilleurs souhaits à Papa.

Dr Paul

Médecin aide-major

9e Dragons

Epernay        Marne

ou 2, rue St Laurent, 2 chez Mr C.

 

Commentaire de Thiaumont : l'aviateur Vedrines avait battu le record de vitesse en avion en 1912 à 167,8 km/h. Apparemment il n'est pas mort dans cet accident, peût-être grâce aux soins prodigués par le Dr Paul, mais en 1919, dans un autre accident d'aéroplane à st Rambert d'Albon

  
     
                Un lien pour en savoir plus sur les "as oubliés" de l'aviation :
                http://asoublies1418.cosadgip.com/ link 

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Published by thiaumont
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