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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 11:30

Soissons le 6 juillet 1914, 11 rue Plock

Mes biens chers,

Nous sommes de retour du camp de Châlons depuis une douzaine de jours. Nous y sommes restés quinze jours. Pour y aller nous avons mis 4 jours. J'ai fait la route à cheval : de Senlis j'ai ramené un petit cheval arabe de cinq ans Djirb, très capricieux et à moitié dressé. J'ai eu à le choisir sur une vingtaine de chevaux. On voulait d'abord me donner une rossinante de quinze ans mais je n'en ai pas voulu. Avec Djirb j'ai fait de grandes randonnées à travers le camp de Chalons, tout seul ou avec mon chef de service ou un aide-major venu au 67e pour la période du camp. Cette période a été pluvieuse : certaines journées n'étaient pas gaies du tout. Comme tous les officiers j'avais une tente à moi tout seul avec un ameublement comprenant antre autres choses un bon lit. Tous les officiers du régiment mangeaient à la même table.

Un dimanche j'allais faire une promenade à cheval avec un aide-major quand j'entends qu'on m'appelle. C'était le nouveau chef de service du 54e de Compiègne, le Dr …, mon ancien major de Calais. Nous avons parlé longuement, remué la cendre du passé. Il était arrivé de la veille à son nouveau régiment. Je l'ai revu avant mon départ du camp, très longuement. Quand j'irai à Compiègne je dois aller déjeuner avec lui. Il vient d'avoir son quatrième galon.

Ma première affaire en rentrant à Soissons ça a été de trouver une chambre. A force de rouler j'en ai trouvé une 11, rue Plock. C'est une des plus vieilles rues de Soissons, étroite, avec maisons inégales non alignées. Je suis cependant très bien. J'ai un grand salon et une grande chambre à coucher, pourvus de 3 fenêtres dont 1 porte-fenêtre donnant toutes sur un gentil petit jardin où je puis aller me promener. Mon salon est de plain-pied avec le jardin planté de plusieurs arbres et pourvu de plusieurs massifs de fleurs; C'est tout à fait chic. Je suis tout à coté de l'hotel de la Croix d'or ou se trouvent le cercle des officiers et la pension des lieutenants.

Vous me demandez ma malle. Je ne crois pas que ça vaille la peine de vous  l'envoyer. Outre qu'elle est à moitié cassée, il vaut mieux mettre en poids l'argent qui serait dépensé pour son envoi, ç-à-d- 1,50 pour la faire porter chez moi à la gare et dans les 3 f pour vous l'expédier en grande vitesse. Et puis il faudrait me la retourner ; ça n'en finirait pas. Je crois que vous pouvez fort bien vous tirer d'affaire avec ce qu'il y a à la maison. Je demanderai une huitaine de jours de congé à mon chef de service soit vers le 18 juillet soit au mois d'août. Mais je ne crois pas les avoir. D'autant plus que je ne suis pas au mieux avec lui. Il a un caractère de chien qui fait qu'il n'est bien avec personne. Il a des prétentions extraordinaires en tout qui lui font croire que tous les autres sont des ignorants ou des imbéciles. Aussi j'ai déjà eu plusieurs piques avec lui, surtout qu'il n'est pas infaillible ; c'est très amusant. Le premier jour où je l'ai vu, il m'a débiné son médecin à 3 galons, qui est charmant, d'une terrible façon. Au camp il y a eu une altercation effroyable entre lui et l'aide-major venu pour la période. C'est la guerre à coups d'épingle. Depuis 2 jours la chaleur est tombée. Nous avons un temps gris et pluviotant. On peut respirer un peu. Je souhaite un bon voyage à Maman : ah, les joies de la famille !

Je vous embrasse de tout coeur.

 

Dr Paul B.

(posté le 11-7-14) à Mr l'abbé J. B., vicaire à St Jean

Bien cher Joseph

J'ai attendu jusqu'à ce jour pour t'écrire afin de savoir les résultats de mon examen d'EOR ; je n'y suis pas reçu, je n'ai pas eu cette chance ; tant pis je n'en suis pas mort. Je me contenterai donc des galons de sergent et j'essayerai d'avoir un « filon » quelconque : vaguemestre.

Le temps est lourd et malsain.

Maurice         du 800

 

(suite le 3 août 2008 ...)

      

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Published by thiaumont
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commentaires

MoniqueB 05/11/2008 16:32

Bonjour Thiaumont,
Quelques mots pour vous dire que j'ai parcouru votre site avec grand intérêt, d'autant que le régiment de mon grand-père combattait à côté de celui de Paul, dans ce petit coin de Meuse, vers les Eparges à la même période. Son récit va certainement m'apprendre des détails que je ne connais pas. J'attends la suite avec impatience !
Toutes mes félicitations pour ce beau travail de transcription qui permet de NE PAS LES OUBLIER.
Bien cordialement
MoniqueB

QUIQUANDON 23/10/2008 07:38

Bonjour
pour faire suite - je dirais que tous ces carnets lus sur votre site ou sur d'autres montrent que les gens de l'époque ne s'attendaient pas du tout à un conflit - du moins au début de 1914 - et comme les lettres que vous avez publiés ils sont entrés dans la guerre plus ou moins portés par les articles des journeaux - sans vraiment savoir ou tout cela aller emmener la France - par contre je remarque que suivant la position du rédacteur (soldat, sous-officier ou officier), ils avaient une vision plus ou moins pertinente de la situation.J'attends donc le début Novembre pour suivre les nouvelles.
A+
A.QQN

Quiquandon 20/10/2008 21:43

Bonjour
Mes remerciements d'avoir pris le temps de déchiffrer ces cartes écrites tout au long de la guerre - Dommage que vous n'ayez pas inclus quelques photos d'époque - mes felicitations quand même -

thiaumont 22/10/2008 21:16


Merci de vos félicitations ; j'ai mis quelques photos mais peu il est vrai ; il faudrait que je fasse des recherches pour trouver des illustrations qui collent à ce qui est écrit dans les
lettres.
Rendez-vous au 1er novembre pour la suite des lettres (ce mois-là sera très riches en nouvelles).