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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 21:51
Résumé des lettres précédentes

Maurice, le cadet qui a  réussi son "bac de philo" est depuis un an "au régiment" avant d'entamer, pense t'il, des études de droit. Il a des galons de sergent mais n'a pu devenir officier ; Paul  entame sa 3e année de service en tant que médecin aide-major à Epernay, dans un régiment de Dragons. Joseph, l'ainé, est vicaire dans le sud de la France. Leur parents et leur soeur Yvonne sont à Maubeuge, tout au nord. La guerre les surprend comme un orage au milieu d'un ciel bleu, bien que Maurice, dans son dernier courrier du 14 juillet, ait évoqué un "temps malsain", prémonition, peut-être  de ce qui les attendaient  pour de longues années...
Thiaumont

Lundi 3-8-14

 

Je profite encore d'une heure de permission pour vous écrire quelques mots.

La mobilisation s'achève et il est temps je crois car les Allemands paraît-il envahissent la frontière.

Nous partons on ne sait encore quand et où, ce sera peut-être mercredi matin. En tout cas on partira et veuillez croire avec plaisir car on s'ennuie ici, on veut se battre. Espérons en la victoire, il nous la faut à tout prix. Ce matin j'ai accomplis mes devoirs, je suis tranquille. J'ai 15 hommes à moi. Les réservistes sont arrivés aujourd'hui. Quand à Joseph il est parti sans doute pour le 75ieme, Paul est peut être sur la frontière. 

Je vais bien et j'ai bon espoir de revenir. Si on passe par Maubeuge tachez de venir me voir, je serai très heureux et maman !!!

Mon adresse je vous la donnerai ultérieurement. Allons adieu. Conservez nous en bonne santé priez pour Joseph Paul et moi et pour la France

Maurice

 

Tillot sous-les-côtes 11 août 1914

 

Bien chers,

 

Nous voici petit à petit en route vers le Nord. Notre corps d'armée se tasse pour faire place aux nouveaux arrivants. Hier à midi trente nous avons quitté Hattonville par une chaleur effroyable pour venir à 6h de là, à Tillot sous les cotes. Nous sommes toujours au pied des côtes de Meuse, dans la plaine de la Woëvre, face à Metz qui se trouve à une trentaine de kilomètres. Les Allemands seraient à Spincourt à une trentaine de Kilomètres au N.E. de nous. Ils ont fait une attaque de nuit hier contre Mangienne où se trouve l'aile gauche de notre armée, l'armée de l'Est, la mienne, juste au milieu des 5 armées françaises faisant face au Nord et à l'Est. Depuis ce matin, nous sommes l'arme au pied, prêts à partir. Une division de cavalerie est allée reconnaître si l'attaque allemande de cette nuit était soutenue par une masse. Jusqu'à présent nous n'avons vu aucun allemand, nous n'avons tiré aucun coup de fusil. Je me crois toujours en manoeuvres. Cependant par moments nous entendons le canon soit au Nord, soit à l'Est. Je pense que vous avez lu le combat de Mulhouse. Notre artillerie s'y est montrée supérieure, d'après les dires. Un régiment d'artillerie française aurait fait une attaque endiablée à la baïonnette. L'impression en Alsace a dû être grande.

De temps en temps nous voyons des aéroplanes français porteurs de dépêches. Dimanche dernier nous avons aperçu planant au dessus de Metz un ballon observatoire allemand. J'aurai besoin d'une paire de chaussures solides : celles que j'ai commencent à lâcher. Point de villes à proximité et du reste tout est enlevé. Envoyez-moi donc une paire de brodequins solides à semelle épaisse et pourvue de gros clous, à bouts carrés. Si vous pouvez y joindre un gobelet de cuir ou en métal s'emboitant, ce sera parfait. Il me faudrait cela le plus tôt possible naturellement. Je vous répète que tous nos envois soit de lettres, soit de paquets doivent être adressés à Soissons, au 67E d'infanterie. Le dépôt du 67e, resté à Soissons se charge de nous faire parvenir lettres et paquets. Ma pointure en chaussures est au maximum 40. Mieux 39 ½. Si Maman est toujours en Alsace, il n'y a pas moyen de lui écrire ou de recevoir de ses nouvelles. Je pense la voir dans quelques semaines quand nous aurons franchi la frontière. Inutile de lui envoyer nos lettres qui seraient arrêtées du reste, ou bien ouvertes.

J'ai bien fait de demander à passer officier. Je suis à cheval ; j'ai une cantine personnelle, une ordonnance. Je suis toujours logé quand c'est possible : jusqu'à maintenant j'ai toujours eu un lit. Je vis à la popote de l'Etat-major du régiment où nous sommes fort bien. J'apprends là un tas de détails de mobilisation, de formations d'armées fort intéressants. Nous avons un colonel qui paraît être un homme de grande valeur et très averti. J'ai touché le 8 août, mon indemnité d'entrée en campagne soit 500 francs. Si j'étais sûr qu'un envoi d'argent vous arrive, je vous en expédierais bien une partie, d'autant plus qu'à part des suppléments de nourriture ou de boisson, je ne dépense pas beaucoup.

Samedi dernier, je suis allé à cheval à Vigneulles sous-les-côtes où se trouve l'E.M. Du 6e corps d'armée ; j'ai vu amener un prisonnier allemand  qui m'a paru bien résigné. Son uniforme était gris-souris.

Que deviennent Joseph et Maurice et où sont-ils ? Ils ont dû vous écrire. Expédiez moi leur lettres : ça m'amusera. Envoyez-moi des détail sur Maubeuge, les arrivées de troupes, les dispositions prises, l'état d'esprit des habitants. Ici on ne sait pas grand chose. Expédiez-moi des journaux assez souvent. Nous sommes affamés de nouvelles. A bientôt vos lettres. Je vous embrasse.

D Paul B.

Suite des lettres vers le 10 septembre...
Au début de la guerre, les armées étant sans cesse en mouvement et la poste aux armées peut-être encore insuffisamment organisée, la correspondance est assez éparse. Elle deviendra beaucoup plus dense à partir de l'automne 1914.
Thiaumont 

 

 

 

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Published by thiaumont
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