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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 13:58

 

Paul, sur son cheval arabe Djirb, probablement avant la guerre et pendant son service militaire (sur l'aérodrome de Champagne ?)


Résumé des articles précédents :

A l'issue de la terrible bataille de la Marne, Maurice , le jeune sergent, a été blessé d'un éclat d'obus au pied lors d'un bombardement massif du 127e Régiment d'Infanterie au village de Soupir dans l'Aisne. Il est rapatrié sur Agen, tandis que Paul,  médecin au 67e RI raconte son engagement dans l'Est où il "en a vu de dures". Il est à présent au repos dans un village au sud de Verdun, dans les Hauts de Meuse. Joseph, le vicaire est à Toul et n'a pas encore participé aux combats. Maubeuge, où habitent leur père et leur soeur, est aux mains de Allemands.

Thiaumont



Le 23 novembre 1914


Bien chère maman,


Je reçois à l'instant ta lettre du 20 contenant le mandat désiré, dont je te remercie mille et mille fois.

J'ai reçu hier le colis avec son contenu, merci pour les cigares, il y a longtemps que je n'en ai fumés, merci pour le chocolat. Ca va toujours bien. L'éclat est toujours dedans, en attendant que le pied soit en bonne forme pour le retirer ; aussi je ne sais s'il y a de la casse. Pour moi il y a aussi des tendons de brisés, enfin on verra ça plus tard. Il est probable que je serai plus aussi bon marcheur que par le passé. Jusqu'ici nous avons dû faire à pied sac au dos, près de 1000 kilomètres, c'est effrayant, et pourtant c'est vrai. Certains jours nous faisions 60 kilomètres et par une chaleur accablante, tu vois d'ici les fatigues !!! Mais nous n'étions pas moins gais pour cela.

Jusqu'ici je n'ai pas connaissance d'autres du 127e que moi ici mais ça peut venir.

Quant à Mr D., il a été blessé par une balle qui a traversé ses 2 jambes ; il a été décoré de la légion d'honneur ; quant à Mr de Fontclare, il est passé général de notre brigade.

Ici nous lisons beaucoup, journaux, revues et livres qu'on nous prête. Mais quelques fois on joue aux cartes, aux dames ou au jeu de l'oie. On passe le temps le mieux qu'on peut. Tu remercieras tout le monde de penser à moi, merci.

Je n'ai aucune nouvelle de Paul ni de Joseph, il est vrai qu'ils ne connaissent pas encore mon adresse, car les communications sont longues avec le front, et mes cartes ne sont pas encore arrivées. Dans tous les cas je vais bien, et je peux dormir. D'ailleurs je ne souffre pas , sauf lorsqu'on me panse ; ainsi ce matin j'ai beaucoup souffert, c'est qu'on me met l'iode dans la plaie pour bruler, et cela en assez grande quantité.

Enfin cela aura une fin, et j'espère bien pouvoir avoir une convalescence si petite soit elle pour aller à Moras avant de retourner au dépôt. Ma dernière lettre t'a racontée comment j'ai été blessé.

Ici on est bien,on a pas à se plaindre. Nous ne sommes que 7 dans notre pièce, aussi sommes nous tranquilles.

Le temps est bien triste, pluie continuelle ; mais le froid s'est calmé.

Allons, Adieu à bientôt de tes nouvelles dans l'espérance de nous revoir avant de retourner au feu, si la paix n'est pas encore signée dans l'intervalle mais cela menace de durer encore !!!!! Je t'embrasse de tout mon coeur.

Maurice


Ce 25 Novembre 1914

Mon cher Maurice, ainsi donc te voilà blessé, mon cher, je te fais toutes mes félicitations. C'est une blessure glorieuse qui honore grandement notre famille. Je pense que ça ne sera pas grand chose et que tout s'arrangera pour le lieux avec du repos (la jambe étendue) des bains chauds, des pansements humides ou antiseptiques. Tu as bien mérité un peu de repos après 3 mois et demi d'une campagne aussi dure. Dans le fond tu es un homme heureux : le fils Z. de Beaurepaire est tué ; un fils D. tué ; son frère le médecin blessé ; les 3 fils F. sont blessés assez grièvement ; Louis C. a la figure très abimée etc... que de deuils à la fin de cette guerre. Jusqu'à présent je suis toujours sain et sauf ; j'ai échappé à pas mal de mauvaises passes comme tout le monde. J'espère que ça durera jusqu'au bout. Le temps devient très froid ; aujourd'hui est tombée la 1ere neige de l'hiver. Les tranchées  ne doivent pas être confortables. Je suis à environ 30 minutes des Boches ; je t'écris au coin du feu dans une belle maison placée à coté d'une autre détruite il y a 3 jours par des obus de 210. Joseph et Maman viennent de m'écrire et vont bien. Ils réclament des lettres fréquentes As-tu reçu ton fameux colis : il sera arrivé peut-être après ton départ. Le mien est arrivé à bon port. Je demande des tuyaux sur ta blessure au médecin chef de l'Hopital ; Je t'embrasse

Paul


25 novembre 14

Chère maman

Rien de nouveau. Un peu de mieux, temps superbe. J'ai reçu une lettre de Renage avec un petit billet ; ils vont tous bien et regrettent que tu ne puisses aller passer quelques temps chez eux ; N'y passerais tu qu'une semaine, cela te changerait un peu !! Pour moi je ne peux encore rien de te dire au sujet de ma blessure et d'une convalescence possible. Je t'en avertirai toujours à l'avance. Rien de nouveau, là-bas. C'est bien long, mais j'ai foi en ces évènements extraordinaires, division, traité qui avanceront la fin de la guerre ; espérons le. A bientôt je t'embrasse mille et mille fois.

Maurice


Prochaines lettres vers le 1er décembre 

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Published by thiaumont
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