Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
  • Contact

Archives

1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 20:42

Maurice, après sa blessure au pied au cours d'un bombardement à Soupir dans l'Aisne, est rapatrié à Agen  où il commence sa convalescence. Il est très inquiet pour son père et sa soeur, bloqués à Maubeuge aux mains des Allemands. Sa mère est à Moras, dans le Sud et Joseph, son grand frère vicaire, dans une infirmerie à Toul 

Thiaumont



Agen, 1er Décembre 14


Bien chère maman,


J'ai reçu ta dernière lettre ainsi que celles de Joseph et de Paul que tu y avais jointes ; elles m'ont fait grand plaisir, car tous pensant à moi et tous se portent bien, malgré les froids. Moi de bon coté je pense toujours à eux ; j'espère que tous nous nous retrouverons sains et saufs à Moras dans le courant de juillet à l'époque à laquelle on a l'habitude de venir au pays. Quel malheur tout de même de ne rien savoir de Maubeuge ! Et là haut quelles pensées angoissantes doivent ils passer avec ces sales Boches sans nouvelles de nous et de la situation que les Boches doivent leur montrer noire pour nous. Mais le jour est proche où nos troupes envahiront l'Allemagne et l'écraseront ; alors si nous menons la guerre « à l'Allemande » ils verront les ruines ; j'en ai trop vu pour que je ne leur souhaite pas. Pauvre Belgique, que de ruines ! Et en France, on ne peut se figurer ce  que j'ai vu...cela suffit, je me souviendrai !!...

Figure toi que j'ai appris par un chasseur du 19eme que nos troupes sont allés jusqu'à Molsheim près de Mutzig ; malheureusement à la suite de l'affaire de Sarreburg elles ont été obligées de reculer, car des forces supérieures les menaçaient, mais on y retournera et cette fois définitivement. Je vais toujours bien, la blessure va de mieux en mieux ; la guérison est proche.

J'ai reçu des revues de Mr M. ; et je lui ai aussitôt écrit pour le remercier, car la lecture est notre seul passe temps. A bientôt de tes nouvelles en espérant te voir avant de retourner à la 4e Cie, ce ne sera pas avant le mois de janvier. Je t'embrasse de tout mon coeur, ton Maurice qui t'aime et qui pense toujours à Eux, plus malheureux que nous tous ; vivement que Maubeuge soit repris !!

Maurice

Je t'envoie un bout de toile d'aéro pris en passant à l'aérodrome de la Champagne à Reims, car j'y suis allé ; j'y ai même dû voir la « baraque » de Paul


Toul ce 3 déc 1914

Mon bien cher Maurice, n'ayant reçu aucune carte de toi depuis celle que tu m'adressais le 3 novembre je ne savais pas encore où l'écrire mais je connaissais déjà par maman et par Paul ton aventure du 13. Ta lettre du 30 m'arrive aujourd'hui et m'apporte avec ton adresse de bonnes lignes que j'ai lues et relues avec le plus grand plaisir. Mieux encore aujourd'hui que le le jour où j'appris l'accident je me plais à répéter cette parole de maman : « Plus que jamais nous devons remercier Dieu, plus que jamais nous devons prier ». En effet tu as échappé mille fois à la mort et t'en tire avec une blessure au pied. Tu me rassures pleinement en me disant que la blessure n'est pas grave et que tu marches tout doucement vers la guérison. J'espère qu'on aura pu extraire facilement le projectile et que tu ne garderas aucune infirmité. Tu te trouves en bonne compagnie et la gaité n'est pas bannie de votre salle d'hôpital. Tout est donc pour le mieux et le Bon Dieu s'est montré toujours très bon, toujours très miséricordieux. Je le disais à maman ces jours ci, la France expie par la guerre et chaque famille doit fournir sa part d'expiation. Qui sait si Dieu dans sa grande miséricorde ne se contentera pas de cette légère blessure. Ce sera là notre part d'expiation sans doute. Il t'a choisi comme étant le moins coupable d'entre nous tous et par conséquent victime plus agréable dont le sacrifice était plus méritoire. J'ai tout lieu d'espérer que tu nous préserveras par ta blessure de sacrifices plus grands. En te félicitant d'avoir plu à la justice divine, je te félicite de ton courage au milieu du danger. Tu es vraiment admirable. Il me semble que tu auras à nous raconter des choses qui nous feront frissonner après la guerre. Que de grandeur d'âme, que d'actions héroïques, dans ta vie pendant plus de 3 mois. Paul a bien raison de m'écrire que tu nous couvres de gloire et que tu ajoutes à la noblesse de nos pères. Encore une fois je te félicite et t'embrasse. 

Je suis heureux de te savoir plein de confiance en l'Immaculée Conception. Cette confiance je l'ai moi aussi et depuis plusieurs jours je ne vois plus que la Ste Vierge hâtant la fin de la guerre et préparant la victoire des alliés. Unissons nous aux prières qui se feront dans toute la France d'ici au 13 décembre jour de la solennité de l'Immaculée Conception. Je t'écrirai encore demain. Je voulais dès ce soir te féliciter et t'embrasser

Joseph


prochaines lettres vers le 7 décembre...

Partager cet article

Repost 0
Published by thiaumont
commenter cet article

commentaires