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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 15:11
Maurice, sergent, est toujours soigné à Agen après sa blessure au pied par un éclat d'obus. Paul, médecin major est, lui, toujours  au front, tandis que Joseph, prêtre infirmier, donne rarement de ses nouvelles (il est mobilisé à Toul). Les nouvelles du père et de leur soeur restés en zone occupée, sont rassurantes. Après ces 4 mois terribles, c'est l'heure des récits et des bilans, à l'approche de Noël.
Thiaumont

Le 21 Décembre 14 (nouvelle adresse : secteur postal 33)

Ma chère Maman,

j'ai été heureux d'avoir des nouvelles de Maubeuge. J'espère que bientôt Papa et Yvonne seront débloqués. Le 17 décembre j'étais en reconnaissance d'un secteur avec notre Colonel et plusieurs officiers, en avant des tranchées, lorsqu'une balle siffle : le Colonel tombe frappé à la cuisse ; je l'ai soigné aussitôt, puis l'ai fait transporter en rampant jusqu'à l'ambulance. Ce n'est pas bien grave. Notre vie se poursuit presque régulière : nous réveillonnerons dans les tranchées mais pour le soir de Noël nous serons au cantonnement. On se dispose à bien passer les fêtes : on peut avoir de tout ici : vin, champagne, conserves, huitres etc..J'ai même acheté pour 10 francs un violon et les officiers de mon bataillon ont trouvé un piano, aussi est-ce la bastringue certains jours. Ecrivez moi souvent. Je vous embrasse. Avez-vous reçu mes 2e 400 fr ?

D Paul.Agen


 


le 21 Décembre 1914 (Destinataires ?)


Madame et Monsieur,


votre carte du 16 courant m'a causé un vif plaisir en me donnant de bonnes nouvelles de toute votre excellente famille ; merci aussi d'avoir pensé à moi, blessé en effet depuis le 12 novembre, à Soupir dans l'Aisne. Ma blessure n'est pas très grave, mais cela n'empêche pas que  la guérison soit longue à venir. L'éclat qui m'a blessé est encore dan le pied, aussi va-t'on le radiographier pour savoir où il se trouve, car l'endroit est délicat (le dos du pied droit près de la cheville). Je ne peux marcher qu'avec l'aide de béquilles ; de plus je ne puis plier le pied sans douleur. Je ne souffre que lorsqu'on me panse, lancette, ciseaux et teinture d'iode, cela fait un beau tableau, mais vous savez on s'habitue à tout, de même que dans les tranchées on s'habitue au son du canon et au sifflement des balles.

Pendant 3 mois et ½ de campagne j'ai fait pas mal de chemin et vu pas mal de pays. J'ai donc fait la campagne de Belgique, j'ai fait la grande retraite sur Paris et j'ai assisté à la déroutes des Boches.

En Belgique j'étais un des acteurs de la grande et malheureuse bataille de Charleroi, à St Gérard, où nous avons été obligés de reculer devant des forces considérables, après une vive lutte, où nous avons perdu pas mal de monde, (notre commandant en particulier mort d'une balle en plein coeur et plusieurs chef de sections).

Ensuite à Mariembourg, le 127eme s'est distingué en résistant plus de six heures à l'envahissement, permettant aux convois et à d'autres régiments de battre en retraite. Avec nos mitrailleuses nous avons décimé tout un bataillon prussien, mais nous avons dû battre précipitemment en retraite pour ne pas être faits prisonniers et cela dans un terrain coupé de haies et d'un ruisseau, que nous avons dû franchir sous les balles et les obus (j'avais de l'eau jusqu'à  la poitrine).

De Mariembourg nous sommes allés près de Guise pour empêcher une invasion trop rapide ; nous y avons battu les Allemands et progressé d'une dizaine de kilomètres, mais vu la retraite des armées de droite et de gauche, il a fallu battre de nouveau en retraite. Cette fois nous ne nous sommes plus arrêtés avant Esternay au delà  de la Marne, faisant parfois jusqu'à 60 kilomètres dans un jour. Mais quelle revanche à Esternay qui n'est qu'un des brillants épisodes de la bataille de la Marne ; nos 25 les ont fauchés. La route était sillonnée de toutes sortes, cadavres, sacs, capotes, fusils, c'était un spectacle lamentable mais consolant pour nous.

Nous poursuivions les boches à une heure de marche et nous sommes entrés triomphalement dans Reims, où malheureusement s'arrêter notre offensive. De Reims nous sommes allés à Berry-auBac, à Cormiay à Roucy à Vailly et Soupir.

C'est à la suite d'un bombardement en règle de ce dernier village par des « marmites » que j'ai été blessé ; dans ma compagnie il y a eu 6 tués et une dizaines de blessés. Depuis le début de la campagne nous avons subi de grands pertes. De 250 que nous étions à St Gérard, à  Reims il n'en restait plus que 130 ; depuis on a complété par des soldats du dépôt, mais on en a déjà perdu pas mal ; la compagnie doit être actuellement à 150. La guerre est terrible surtout avec des adversaires merveilleusement préparés mais aussi sauvages et cruels ; la malheureuse Belgique a du souffrir, comme d'ailleurs les villages qui sont sur la ligne de feu ; En Belgique ils avaient le talent d'incendier et de massacrer, en France ils bombardent, pillent et volent ; Dieu quelle race !. Enfin il faut espérer qu'on en verra bientôt la fin. Je vous souhaite à tous une excellente santé et bonne chance à votre neveu Marcel ; que Dieu le protège comme il m'a protégé. Je vous assure que « pluie de balles et d'obus » c'est chose réelle, j'y suis plusieurs fois passé à travers et je ne sais comment ??! Recevez, Madame et Monsieur l'assurance de ma vive sympathie.

Maurice B.

Prochaines lettres vers le 26 décembre.... 

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Published by thiaumont
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commentaires

Poilu14/18 11/01/2009 00:05

Merci pour votre visite sur le site Poilu14-18 et félicitations pour la présentation simultanée de la vision de cette époque par ces 3 frères qui la vivaient différemment.
Très intéressant.

thiaumont 01/02/2009 18:14


Merci de vos encouragements ; le meilleur, si l'on peut dire, est à venir...

Thiaumont