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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 21:32


3 poilus anonymes...malgré leur sourire, ils semblent déjà usés


La convalescence de Maurice à Port-Ste Marie touche à sa fin ; il sait qu'il devra bientôt retourner au front et profite de ces quelques semaines de calme, tout en pensant à Paul, dans les tranchées, à Joseph à présent à Bruyères dans les Vosges et à ses parents à Moras et à Maubeuge...
Thiaumont



6 février 1915

 

Bien chère maman

 

Merci de ta bonne lettre du 2 février. De Paul je n'ai encore rien reçu, depuis quelques jours. Quant à Joseph, il m'écrit souvent et m'envoie souvent le « Miroir » ce qui fait que j'aurai ainsi toute une bibliothèque photographique de la Guerre. Papa et Yvonne pourront ainsi savoir ce qui s'est passé. Tu m'attends, mais je crois que je resterai encore quelques temps ici, quoique guéri, car le major  a besoin de moi pour le travail de bureau. D'ailleurs, bien que guéri, la moindre fatigue, le moindre obstacle me rappellent ma blessure. Je t'envoie la carte du théatre des opérations ; tu pourras voir le chemin que j'ai suivi, les villes et villages près desquels je me suis battu etc. Enfin j'y ai tracé, aussi bien que je l'ai pu la ligne du front actuel. Conserve la carte, ce sera un précieux souvenir et tu pourras y suivre les opérations journalières. Quand passerons nous le Rhin ?

Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

 

Port Ste Marie ce 17-2-15

 

Bien cher Joseph

 

En l'honneur du 19 février, ta fête, je t'envoie mes meilleurs voeux. Je te souhaite une bonne et excellente fête, une bonne santé et une vie pas trop pénible ni dure. J'espère que tu sortiras vivant de ce cauchemar ainsi que tous et nous nous retrouverons tous sains et saufs, ce qui est certainement ce qu'il y a de mieux à souhaiter pour l'instant.

Je ne sais vraiment pas ce que devient Paul, voilà bientôt un mois que je n'ai eu de ses nouvelles. Pour maman c'est la même chose et elle bien ennuyée. On ne peut rien dire ; c'est comme moi je repartirai probablement fin mars et alors ce sera le moment critique où tomberont beaucoup de  soldats. Enfin nous verrons bien. En tout cas rien de nouveau ni ici, ni sur le front, c'est vraiment extraordinaire.

Me voilà guéri ; cependant la douleur me revient quand je marche trop ou que je saute. Merci pour le « Miroir » toujours intéressant ; j'en ai une bonne collection.

Allons à bientôt de tes nouvelles. Tous mes respects à la famille B. que je ne connais que par ce que m'en ont dit maman et toi ; mais ils me semblent charmants et tu n'as pas à te plaindre.

Je t'embrasse de tout coeur et plusieurs fois à l'occasion de ta fête.

Maurice

 

22-2-15 ( à sa mère)

 

ai reçu ta lettre et vois que tu es toujours sans nouvelles de Paul comme moi d'ailleurs. Mais à la guerre on ne peut pas toujours écrire même avec la meilleure bonne volonté ; ainsi donc ne désespère pas. Quant à moi je vais tout à fait bien. Je resterai ici encore quelques temps probablement ; laissons passer l'hiver. Après on verra. En tout cas rien de nouveau. Je t'embrasse de tout coeur;

Maurice

 


Le 24-2-15

 


 

 

bien chère maman

 

Je reçois à l'instant une lettre ou plutôt une carte me donnant enfin de ses nouvelles qui sont bonnes; malgré le temps qui paraît-il est affreux par moment. En ce moment il se trouve dans un village bombardé ; mais ce doit être fini et il doit être de nouveau tranquille. Le violon et le cheval lui aident à passer son temps au cantonnement.

Je reçois également une lettre du bureau Suisse des internés, me disant qu'il n'avait pu faire suivre la lettre que j'envoyais à Maubeuge parce que les communications étaient fermées.

Quant à moi je vais toujours bien et mène une existence heureuse. Combien de temps encore va me conserver le major, je n'en sais rien ; d'un moment à l'autre je puis partir, mais j'ai bon espoir d'y rester encore quelques temps.

Nous avons ici un temps bizarre ; il fait beau 1/4 d'heure et il pleut une heure.

Avant-hier un véritable orage s'est déchaîné sur la contrée ; pluie torrentielle et un vent formidable ; deux arbres du jardin ont été déracinés. La Garonne, boueuse par suite des pluies, monte terriblement.

Le matin le temps est au beau, mais cela durera t'il ? Quoi de nouveau à Moras depuis ta dernière lettre ?

Je ne reçois rien de ta tante, rien de Marthe, que font-elles ?

Ici toujours la même vie calme et monotone ; nous avons maintenant une chambre à notre disposition nous y sommes très bien ; nous y avons une belle vue.

A propos des personnes qui s'étaient informées de moi, voici le résultat ; Cette dame et cette demoiselle m'avaient trouvé tellement ressemblant à un de leur parent, qu'elles ses ont demandés si vraiment je ne l'étais pas. Je les ai vues encore hier, me disant «  ce n'est pas possible vous ressemblez à notre cousin d'une façon étonnante, surtout lorsque vous êtes tête nue ; vous avez le même front, les mêmes yeux, en un mot la même physionomie, quoique un peu plus fine etc …  Juge d'ici mon étonnement !!!

Enfin laissons là. Je termine en t'embrassant de tout mon coeur.

Maurice

Prochaines lettres vers le 27 février...

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Published by thiaumont
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