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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 18:42

























Une équipe médicale dans un régiment de Maubeuge en 1911


La convalescence de Maurice, après sa blessure aupied de novembre 1914 est terminée. Après une courte permission pour rendre visite à sa mère, à Moras, il doit rejoindre un "dépôt",une garnison militaire de l'arrière, à Guérêt dans la Creuse.
Paul est toujours au front sur les Hauts de Meuse, où il a participé à la reprise de la fameuse crête des Eparges. Joseph, le vicaire, est moins exposé : il est infirmier  à Bruyères dans les Vosges.
Thiaumont


Le 15-3-15

 

Bien cher Joseph

 

Je pense que tu as reçu ma carte de Guéret et de Ganat ; comment vas tu ? À Moras nous attendions toujours une lettre de toi mais rien, sauf le « Miroir » qui m'est arrivé revenant de Port Ste Marie. Ici inutile de me l'envoyer, car je ne saurai où le mettre ; mais tu peux l'envoyer à Moras, où j'ai laissé toutes mes revues. Je ne désespère pas de retourner à Moras même pendant mon séjour au dépôt, enfin, on verra ça. Resterai-je pour instruire la classe 16 qui rentre au mois d'Avril ? Ça serait juste, car ici nous avons au moins 10 sous-ofs par Cie qui n'ont jamais vu le feu ; régulièrement ils devraient partir avant nous.

Au dépôt on n'est pas trop mal logé, ni trop mal nourri. Nous avons deux matelas et 3 couvertures bien chaudes. La popote est faite à part, par un cuisinier qui ne travaille pas mal. Nous avons du vin quelquefois, d'ailleurs nous pouvons en acheter à 6 sous le litre et du bon; enfin on n'est pas trop mal. A mon arrivée j'ai eu 4 jours de repos, que je passe en visitant Guéret.

La ville n'est pas importante et est peu intéressante mais les environs sont très jolis. Le temps nous a favorisés, sauf aujourd'hui car le temps est brumeux et nuageux. J'ai trouvé au dépôt de nombreux camarades de mon bataillon et de ma compagnie surtout, ce qui fait que je n'ai pas été trop dépaysé ici.

Pendant mon trajet de St Rambert à Lyon , j'ai voyagé avec Mr....(je ne sais plus) un cousin de Mme X., que j'ai manquée à St Rambert, elle revenait de Bresson avec son cousin. Rien d'autre d'intéressant. Quoi de nouveau à Bruyères; tous mes respects à la famille N.. Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

Sergent à la 26 Cie du dépôt du 127eme

Guéret Creuse

 

Le 15 mars 1915

 

Bien chère maman

 

Tu as du sans doute recevoir ma lettre ou plutôt mes cartes qui t'ont renseignée sur mon arrivée au dépôt.

Je suis donc arrivé à Guéret à 11h1/2 du soir, sans connaître personne ni savoir où aller. Aussi suis-je resté à la gare, pour passer la nuit ; j'ai dormi tant bien que mal sur un banc de la salle d'attente et le matin à 7h je me suis dirigé vers le bureau du commandant de la place. Là on m'a affecté à une compagnie du dépôt (la 26e Cie) qui se trouve prés du théâtre dans une école. On y est logé aussi bien que possible en pareil temps. D'ailleurs je suis avec les sous-officiers dans une chambre ; on y est tassé comme dans une boite à sardines, mais enfin on pourrait être plus mal on ne se plaint pas; Deux matelas sur un isolateur en planches forment notre lit ; pour nous couvrir 3 couvertures non compris le « sac à viande »dans lequel on s'enfonce ; en fait on ne dort pas trop mal.

La popote des sous-officiers est faite à part elle est suffisamment bonne ; on a du vin de temps en temps ; quand la Cie n'en fournit pas on en achète (0,30 le litre). Le jour de mon arrivée j'ai passé la visite et j'ai eu 4 jours de repos que je passe en promenades dans Guéret avec un sergent qui est dans le même cas que moi et qui était dans la même compagnie que moi sur le front.

De plus j'ai rencontré de nombreux camarades de Condé et même de ma compagnie.

Notre régiment ainsi d'ailleurs que tout le 1er corps est dans l'Argonne où il a subi de fortes pertes, marquées néanmoins par de beaux succès comme à Beauséjour où ils ont coopéré avec les coloniaux à la prise du fortin. Ils font attaques sur attaques, se battent à moins de 15 mètres avec des bombes, quelques fois dans la même tranchée. D'après les lettres que nous envoient des sergents, on a progressé considérablement dans l'Argonne et en Champagne. Du coté d'Arras les Anglais ont remporté un beau succès. Que va-t'il se passer ? Aux Dardanelles ça ne va pas trop mal on espère arriver devant Constantinople avant Pâques ; espérons que cela est vrai et que cela produira  un effet considérable. Le temps est superbe depuis mon arrivée quoiqu'aujourd'hui il soit brumeux et nuageux. A part cela rien de nouveau. Quoi de nouveau à Moras ? Et Mr R. ? Ecris moi bientôt. Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

Sergent à la 26 Cie du dépôt du 127eme

Guéret Creuse

 

Le 16 mars 1915

 

bien chère maman

 

J'espère que tu vas toujours bien et que mes cartes et lettres t'ont trouvé en bonne santé. Quant à moi ça ne va pas mal ; j'ai commencé à aller aujourd'hui à l'exercice. Le temps est superbe, il fait même chaud et l'on sue beaucoup. Je connais Guéret presque entièrement ; quoique ce ne soit qu'un gros bourg, c'est malgré tout assez intéressant, surtout les environs qui sont très pittoresques. Je t'écrivais pour t'annoncer que peut-être je vais changer de régiment ; c'est d'ailleurs moi qui ai demandé. O demandait des sous officiers volontaires pour aller à la compagnie Hors-Rang (?) au 412e, nouveau régiment en formation. J'ai demandé la place de vaguemestre ou de sergent brancardier mais il n'y a encore rien de fait.

Je te le dirai, nous irons probablement dans un camp où l'on fera l'instruction des recrues puis de là en route.

Je préfère cela, car comme sergent de l'active, je ne serai pas longtemps ici sans partir. Si j'étais accepté, d'ailleurs j'y vais avec mon camarade, quoique le danger y soit toujours, il est moins grand. Cette place me serait accordée surtout parce que j'ai été blessé. Donc n'aie pas de crainte à mon sujet ; je préfère partir à ce régiment, car il aura un moment de répit avant le départ. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout mon coeur.

Maurice

PS. Je t'écrirai aussitôt que je saurai quelque chose.

 

Le 19-3-15

 

Bien chère maman

 

J'ai reçu ta lettre et les cartes qu'elle contenait et qui m'ont bien fait plaisir. Les nouvelles de Maubeuge m'ont causé un réel soulagement et j'espère que ces bonnes nouvelles persisteront. Quant à la lettre de Mme L. je n'ai rien reçu du tout ; d'ailleurs si elle ignorait ma véritable adresse (26e Cie) cela mettra un certain temps avant d'arriver.

D'ailleurs ta lettre suffira largement à renseigner papa et Yvonne sur notre sort à tous.

En attendant je suis toujours au dépôt attendant les évènements.

Pour le 412 je ne sais rien encore ?!! quant à moi si on ne m'accepte pas je ne partirai que quand ce sera mon tour.

Le temps qui s'est maintenu beau jusqu'ici est revenu au froid aujourd'hui il ne faisait pas très chaud et nous avons fait du service en campagne. Je n'ai toujours rien de D. ; mais j'ai reçu une lettre de la Directrice, du Pharmacien et de Mr C. de Port Ste Marie. J'ai également reçu ma  carte de Fernand Y. qui est bientôt guéri et t'envoie le bonjour. Rien encore de Paul ni de Joseph à part ses 2 cartes reçues à Moras. Quoi de nouveau à Moras et Mr R. ?

Le temps passe ici assez bien ; pas d'ennui, exercice matin et soir, mais c'est plutôt une distraction, car je suis chef de section.

Pour ma dent rien ; j'attends encore quelque temps. Je vais me faire acheter une paire de lunettes. Quant à mes brodequins je ne me ferai rembourser qu'au moment de mon habillement. En ce moment je suis ne période de vaccination. Mardi dernier première fois mais je n'ai rien senti, mais la deuxième fois, ça vous rend malade, je le verrai (vaccination antithyphoïdique).

Rien autre de bien intéressant à part cela. Pas d'inquiétudes à mon sujet, souhaite plutôt que je parte au 421 ? Bien des choses à tout le monde et en particulier à Mmes A., D., M. et M. ; mon meilleur souvenir à Mr R.. Ton Maurice qui t'embrasse mille et mille fois de tout son coeur

 

Maurice

26e Cie du dépôt 127


Prochaines lettres vers le 26 mars

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Published by thiaumont
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