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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 20:36
Paul, médecin-major, est probablement toujours dans le secteur des Eparges, malgré la conquête de cette crête de haute lutte par les Français début Avril. . Maurice s'attend à repartir d'un jour à l'autre au front après sa convalescence. Joseph, le Vicaire-infirmier est dans un secteur assez calme, à Bruyères, dans les Vosges, où apparemment la nourriture ne manque pas au vu des commentaires que fait Maurice dans une des lettresqui suit.
Thiaumont


Paul sur son cheval Djirb...

Ce 13 mai 1915

 

Mon cher Joseph,

 

Il y a pas mal de temps que je ne t'avais écrit : c'est que depuis un mois, nous avons eu pas mal de coups durs. Nous avons mené une vie d'aventures extraordinaires. Le 67e aura vu dans ce dernier mois le fin du fin de la guerre. Après avoir contribué à la fameuse victoire des E. (NDRL : Eparges) dans des conditions climatiques effrayantes, il a eu à subir un choc formidable dans lequel la plus grande partie du régiment s'est fait tuer dans ses tranchées. Pour ma part, je ne sais pas comment j'en suis sorti. J'ai failli être fait prisonnier. A peine réorganisé après le coup des E., nous remontons aux tranchées où nous subissons pendant 3 jours et 3 nuits un marmitage effrayant. J'étais au poste de commandement de mon chef de bataillon à peut-être 500 mètres des Boches. Le 24 avril après un bombardement de préparation d'une demi-heure d'une intensité inouïe, j'entends des balles siffler, puis le tac-tac d'une mitrailleuse boche qui se rapproche. Je pense aussitôt à une attaque sur notre front. Bientôt la fusillade devient intense. Le Ct sort de notre abri et voit des soldats se replier. Il leur crie de retourner au feu : les soldats lui répondent que les Boches arrivent. En effet le Ct me crie « Voici les Boches. Un lieutenant qui était avec moi sort et rentre en me disant : les Boches sont là ! Que faire ? En une seconde je roule mille idées; Tout d'un coup je me décide à partir coûte que coute : Je jette au feu mon cahier de notes que j'avais depuis le début ; je me débarrasse de mon browning (arme non réglementaire). Puis je bondis jusqu'à mes brancardiers : En avant (?) les brancardiers et en vitesse. Puis sous les balles, au milieu des marmites qui éclataient à côté de nous, sous les shrapnells, nous battons en retraite : En passant je jette un cri d'alarme au poste du Colonel et j'arrive au poste de secours que je fais évacuer à temps. Comment n'avons nous pas été écrabouillés, mes 8 brancardiers et moi : je n'en sais rien. A la suite de cette affaire le corps médical du 67e a eu 2 médecins blessés, 1 prisonnier et 32 brancardiers tués ou prisonniers. En ce moment nous sommes au repos mais pas pour très longtemps. Je suis heureux de t'annoncer que viens d'être cité à l'ordre de l'Armée. Je t'envoie la décision où cette citation a paru. L'exemplaire de la Citation, je l'envoie à Maman.

A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse bien fort.

Dr Paul

 

 

 

Le 22-5-15

 

Bien cher Joseph

 

Je viens de recevoir une lettre de Monsieur M. qui me communique tes 2 photographies. Eh bien je t'assure, ma 1ere impression a été « quel est ce bon gros territorial !!!! Avec ta barbe tu es méconnaissable et tu as démesurément grossi. Enfin je vois que le séjour à Bruyères te réussit bien et que l'air t'y fait du bien et cela me fait plaisir. J'ai reçu une lettre de Mr S. me donnant des nouvelles de son fils et des siens ; il m'a dit que Mme L. avait réussi à donner à papa la lettre que maman avait écrite. En conséquence ils ont de nos nouvelles; au moins ils seront rassurés sur notre sort. Je vais toujours bien et j'attends mon départ. Quand l'Italie va donc entrer en ligne ? Espérons que son aide sera un grand changement et la conclusion de la paix. En attendant bientôt de tes nouvelles, je t'embrasse de tout coeur

Maurice

Tous mes respects à Mr et Mme N.

   

                        Ci-contre la photo auquel fait allusion Maurice                                                        


Le 23 mai 1915

 

Mon cher Joseph,

 

Eh bien ! Tu n'écris pas beaucoup. Pourtant tu dois avoir pas mal de temps libre. Je reçois toujours le Miroir que tu m'envoies. As-tu reçu ma lettre où je relate mon odyssée du 24 avril et où je te fais part de ma citation. Nous venons de prendre un bon repos et nous voici sur le point de reprendre la vie de tranchées par une forte chaleur. Nous sommes de nouveau revenus en été après en être partis; qui l'aurait cru ? Je crois que l'Italie va se mettre du bal : c'est tant mieux. Peut-être la fin de cette guerre en sera hâtée. Quoi de nouveau dans votre ambulance? Par ici c'est assez calme pour le moment.

Je t'embrasse.

Dr Paul B

 


Prochaines lettres vers le 2 juin...

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Published by thiaumont
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