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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 20:32



Sous-officiers du 127e Régiment d'Infanterie au dépôt à guéret ;
photo prise le 22 mars 1915 ; Maurice est le second à partir de la gauche, debout.




Paul, médecin major,  a eu trés chaud dans le secteur des Eparges ; Maurice, sergent, ronge son frein à Guérêt (Creuse) dans l'attente d'un départ toujours repoussé, après sa convalescence. Joseph, le vicaire-infirmier, "fait du gras"  à Bruyères dans les Vosges dans une "ambulance" située dans un secteur calme... Petits dialogues fraternels non dénués d'humour, dans une période pourtant désespérante.
Thiaumont

Ce 2 juin 1915

 

Mon cher Joseph,

 

J'ai reçu de Maurice le petit groupe photographique où tu figures. Tu as une belle barbe mais je trouve que tu as grossi au delà des limites permises. C'est effrayant. Pèse-toi et dis-moi le résultat. Je crois que tu ferais bien de réduire ta gamelle. Vous ne devez pas avoir beaucoup de travail pour engraisser comme ça. Mr et Mme N. sont bien tirés et de physionomie avenante ; c'est dommage que le garçon ait bougé : il est flou. Tu transmettras mes félicitations à la famille pour la citation à l'armée d'un de leurs membres. C'est très beau ce qu'il a fait.

Maurice est toujours au dépôt comme instructeur. Il aura eu du bon temps et aura coupé à la campagne d'hiver : j'aimerai le voir passer officier. Quand est-ce que Maubeuge sera délivré et quand aura t'on des nouvelles de Papa et d'Yvonne. Je reçois de temps en temps des illustrés. Envoie moi la revue hebdomadaire.

Je t'embrasse

Dr Paul B.

 

Ce 6 juin 1915

Mon cher Joseph,

 

Je reçois ta carte où tu me parles en termes si élogieux de ton Médecin chef. A ce propos je te demande de me donner les noms des médecins de ton hôpital : je dois en connaître quelques uns, car ce sont surtout des lyonnais, paraît-il. Tu me parles d'orgueil et d'égoïsme : j'en sais quelque chose par mon ancien chef de service de Soissons, qui est actuellement médecin chef d'une ambulance dans nos parages. J'ai eu je ne sais combien de piques avec lui : il est mal avec tout le monde mais a une certaine influence à la Direction. C'est grâce à lui que je n'ai pas mon 2e galon, mais je pense l'obtenir avant et contre tous. Je le laisse tomber froidement maintenant et quand j'aurai ma croix de guerre avec étoile et palme en bronze, j'irai caracoler à cheval autour de lui. Il en crèvera de male rage. Tout ceci du reste ne m'enlève  pas un atome de gaîté. Un des médecins des Bon du 67e vient de nous quitter pour faire de la radiologie. J'aimerais aussi qu'on me relève pour être mis dans une ambulance ou un hôpital. Après 10 mois de campagne !! Marthe se plaint de ne pas avoir de tes nouvelles. Je t'embrasse

Dr Paul

 

 

 

Le 17-6-15

 

Bien chère maman

 

J'ai bien reçu ta dernière lettre dont te remercie de tout coeur. Ici rien de nouveau pour le moment ; tout va comme à l'habitude et on attend avec impatience une action décisive, car c'est vraiment malheureux de voir le temps que cela dure. On pensait que action en Artois ferait merveille, mais rien et partout la même chose, c'est à désespérer; Espérons, malgré tout ; et j'ai toujours confiance. J'ai eu dernièrement des nouvelles de Paul ; il va toujours bien et dit que le secteur est devenu calme, tant mieux pour lui. Quant à Joseph il est on ne peut mieux non seulement parce qu'il est à l'abri mais encore parce qu'il se trouve prés de l'excellente famille N. dont l'accueil est si cordial.

Moi je suis toujours dans l'expectative et attendant mon tour qui ne saurait tarder à venir, car notre régiment de réserve le 327 a donné dans le Nord où il a remporté de beaux succès par son entrain et surtout probablement par la proximité du pays. Il y en a parmi nous qui ont pu coucher dans leur maison. As tu écrit à Maubeuge par l'intermédiaire que je t'ai indiqué ? J'ai reçu de nombreuses de Port St Marie où on se souvient toujours de moi. La température est chaude, c'est l'été qui vient, nous voilà déjà est-ce possible au 17 juin, l'année va bientôt s'écouler !!!!

allons rien de plus d'intéressant;quoi de neuf là-bas ? Et ta lettre à Joffre ?

A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur

 

Maurice

Ci-joint la lettre de Paul

 

 

 

 

Le 17-6-15

 

Bien cher Joseph

 

J'ai reçu dernièrement une lettre de la famille N., que tu remercieras bien. Ici rien de nouveau, toujours la même vie monotone. Il y a déjà un certain temps que nous avons envoyé des renforts, mais je crois qu'il y en a en préparation, car notre régiment de réserve le 327 a donné fortement en Artois où il a obtenu d'assez beaux succès, mais ce n'est pas sans pertes. Ca dure longtemps tout de même, et il faut avoir un espoir fermement enraciné pour ne pas désespérer. Maman et Paul vont toujours bien ; Paul me dit que leur secteur est devenu calme ce qui n'est pas trop tôt pour lui, car ils doivent avoir besoin de repos. Quoi de neuf par là haut ? As tu des tuyaux ? En te souhaitant de rester le plus longtemps possible à Bruyères, et de te conserver en bonne santé (Paul t'a trouvé très grossi), reçois mes meilleurs baisers

Maurice


Prochaines lettres vers le 21 juin... 

 

 

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Published by thiaumont
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