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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 21:20

En septembre 1913, Maurice avait conseillé à Paul d'économiser, alors que celui-ci était étudiant en médecine. Deux ans plus tard Paul lui rend fraternellement la monnaie de sa pièce...tout en demandant quand même à St Maurice, saint patron des soldats, de continuer à le protéger. Drôle d'intermède au coeur de la guerre.
A noter que votre serviteur, peut être par solidarité avec Maurice, c'est fait une  blessure au pied. En 1915, cette "fine blessure" était enviée car susceptible de vous sauver la vie en vous éloignant  quelque temps du front. En 2009, beaucoup moins d'intérêt...
Thiaumont




Le 16-9-15

 

Bien chère maman

 

rien de nouveau ici si ce n'est la nouvelle composition du dépôt qui se réduit à 6 compagnies au lieu de 8; ce changement nous a donné une centaine d'hommes en plus par Lt et 7 sergents pour la notre. a bientôt de  tes nouvelles. Voilà bientôt le 22 7bre et rien de  neuf ; il y aura après demain 1 an que je suis sergent.

ton Maurice qui t'aime de tout coeur.

 

Le 16-9-15

 

Bien cher Paul,

 

Je viens de recevoir ta carte lettre du 11, merci bien ; la mienne s'est croisée avec la tienne, en tout cas envoie moi bientôt de tes nouvelles ; je serais si heureux de te voir à l'arrière, car tu serais pour toujours à l'abri et maman n'aurait plus tant de soucis. Je joins à ma lettre le billet qu'Yvonne a pu envoyer par l'adresse que j'avais donné à maman. Ils ont l'air bien renseignés sur nous et sur tout ce qui se passe en France, tu verras d'ailleurs. Espérons qu'une victoire soudaine et prompte nous permettra de communiquer plus facilement avec Maubeuge et nous permettra aussi de les voir ; car si cela se  faisait avant mon départ je poserais immédiatement une permission pour Maubeuge. Toi revenu à l'arrière il te sera facile d'en faire autant. Allons bonne chance et bonne santé  et souhaitons que Septembre qui m'est si cher (??) et qui a St Maurice, patron des soldats, verra le ciel de France s'illuminer de l'éclat de la victoire. Je fête également le 18 7bre l'anniversaire de ma nomination de sergent. tu vois, à bientôt de tes nouvelles et !!!

Ton frère aimé qui t'embrasse de tout coeur

 

Maurice

 

ce 16 septembre 1915

 

Mon cher Joseph,

 

Eh bien ! Comment vas-tu ? Tu fais comme moi, tu ménages l'encre. Tu dois pourtant être dans les meilleures conditions que moi pour m'écrire. Dans une vie errante, une vraie vie de bohème, outre qu'on devient forcément paresseux, on n'est pas toujours à son aise pour donner de ses nouvelles. As-tu toujours beaucoup de travail ? L'affluence des blessés est-elle toujours aussi grande. Ca à l'air de s'être un peu calmé dans les Vosges. De notre coté nous essayons de profiter des derniers beaux jours de l'été. Et réellement ces jours sont beaux : pas  de pluie. Aussi je sors souvent sur mon cheval Djirb, l'enfant du désert, que j'ai depuis une quinzaine de mois. Je t'envoie sa photo, prise dans un pays où nous sommes restés longtemps. La photo est peu flou car c'est un agrandissement d'un petit cliché.

Je t'envoie une autre photo bien plus récente, mais mauvaise, prise lors d'une revue de Joffre, Kitchener...

J'ai de bonnes nouvelles de Maman et de Maurice. Maurice a de la chance de pouvoir profiter d'un aussi long repos. Il doit être bon instructeur. A l'occasion de sa fête, je lui envoie 50 francs pour ses menues dépenses. En ce moment j'ai la veine d'être le plus riche de la famille aussi je tâche de faire des économies qui ne seront pas inutiles après la guerre. Je pense que tu n'as besoin de rien. T'envoie t'on quelque chose de St Jean ? Tu me rappelleras au bon souvenir du chanoine M. et de ses soeurs et nièce. Le pauvre L. a été blessé. C'était presque inévitable. Que j'en ai vu de jeunes chefs de section blessés ou tués : c'est effrayant. Nous payons ainsi notre manque de préparation dont nous portons tous la faute. On ne voulait plus d'armée, plus de guerre : on tapait sur les officiers ; c'est à peine si l'on si l'on osait se dire patriote. Le réveil a été dur ; pourvu qu'il soit durable !

Madame L. m'a écrit que son mari souffrait de ses yeux. Il voulait se mettre automobiliste dans l'armée belge et c'est au volant qu'il a repris sa kératite. Parle-t'on dans votre ambulance de la relève des médecins ? J'espère qu'elle ne tardera pas. Il y a à l'intérieur assez de jeunes médecins pour nous relever et qui depuis un an ne cherchent qu'à se cramponner à leur « filon ». Malgré plusieurs propositions, je suis toujours à un galon. Je crois que les grands chefs du Service de santé s'inquiétent assez peu des médecins de complément. J'en ai pris mon parti. Souhaitons que la victoire soit proche et que nous puissions sous peu nous réunir. A bientôt de longues et fréquentes nouvelles mon cher Joseph ; je t'embrasse bien fort

Dr Paul B.

 

Ce 16 septembre 1915

 

Mon cher Maurice,

 

J'ai reçu ta carte lettre pleine de doléances sur la cherté de la vie. Tu mènes il me semble la vie à grandes guides. Il ne faut pas dépenser plus qu'on ne gagne. Le grand chic, sinon pour s'enrichir, au moins pour rester toujours dans une honnête aisance (aurea mediocritas) c'est de calculer ses besoins d'après son revenu. D'autant plus qu'il nous faut penser à ce qui se passera après la guerre. Tu auras toute la situation à faire et ce n'est pas une mince chose. Enfin trêve de conseils d'économie domestique. Je veux être bon prince et t'envoie en un mandat poste la somme de 50 francs. Tâche de les dépenser qu'à bon escient. Nous vivons dans un temps où il faut savoir se serrer la ceinture.

J'ai reçu les revues que tu m'as envoyées ces temps-ci : Annales, Je sais tout, Lectures pour tous, Revue hebdomadaire. C'est une bonne distraction dans ma vie errante. Tu peux m'en continuer l'envoi de temps à autre. Je les renvoie à Maman, comme cela Papa et Yvonne auront de quoi lire quand ils seront délivrés. Pourvu que cette délivrance soit proche !

J'ai reçu une lettre de ma Madame L.. Son mari voulait se mettre dans l'armée comme automobiliste. En ce moment il souffre des yeux et a été repris de sa kératite, rechute due au vent de l'auto. Il en a pour quelque temps.

J'ai du évacuer mon médecin auxiliaire malade : j'en ai un autre en ce moment qui est paraît-il d'un froussard...on va rire. Il est de Toulouse. Nous vivons ici au jour le jour dans l'attente des évènements. Le temps depuis une quinzaine de jours est superbe. J'en profite pour me promener souvent à cheval. Dans le lointain le canon gronde sans cesse.

J'attends patiemment la relève des médecins du front. J'espère que ça ne tardera pas trop. Il y a tant de jeunes médecins à l'arrière qui ne demandent qu'à venir au front !!

Es-ce que la classe 16 est convoquée ? Tu dois être à présent un instructeur épatant.

Voici le 22 septembre qui approche. Aussi d'ores et déjà je te souhaite une bonne et heureuse fête. Que St Maurice continue à te protéger !

Bonjour, mon cher Maurice, je t'embrasse bien fort.

Dr Paul B.

prochaines lettres vers le 23 septembre

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Published by thiaumont
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