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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 21:08

le Mort-Homme, toujours le Mort-Homme. Pour ceux qui ne le connaissent pas , je cite quelque ligne de ce livre indispensable  "j'étais médecin dans les tranchées" écris récemment  par la petite fille de Louis Maufrais, alter ego de Paul, un des 3 frères qui a également passé de longues années à donner les premiers soins dans les tranchées : "ce nom désignait une colline tronquée dont le sommet n'avait pas un kilomètre large pour une altitude de 295 mètres. .....c'était un magnifique promontoire, plongeant sur toutes les positions de la rive droite...Ce qui expliquait les combats acharnés dont il était l'objet. Nous l'avions déjà perdu, repris, et reperdu".

Quelques pages plus loin : "il y a de quoi devenir fou. Ce n'est pas que nous gesticulons, au contraire. Nous avons les nerfs cassés, comme des pantins. Cela fait six heures consécutives que nous sommes soumis aux chocs, aux gaz de combat et aux vibrations continues. Tous, nous avons tous tournés de l'oeil."

Et quelques lignes plus loin, cette scène incroyable, une fois le bombardement terminé : "Alors nous sortons le haut du corps, à plat ventre...nous voyons quelque chose d'extraordinaire...des gars qui cherchent on ne sait quoi, l'air hagard. Il y en a qui titubent. Un peu plus loin qu'est ce que je vois ? Des Allemands. Je dis à Cousin :

-ça y est mon vieux, nous sommes prisonniers.

-Oh, me répond-il, ce n'est pas possible, les Allemands n'ont pas d'armes.

Eh bien oui. Aucun d'eux n'est équipé, pas plus les Allemands que les Français. Les hommes se croisent, ils ne se parlent pas. Tous ils sont brisés, Plus bons à rien. Dégoutés de tout. De la guerre en particulier. Les Allemands comme les Français, ils sont à chercher quelque chose, des blessés, des morts, ou rien".

 

Dans les lettres qui suivent, Maurice se rapproche du Mort-Homme où il a subi un calvaire identique quelques jours auparavant, un mois après ce qui est décrit par Louis Maufrais ci-dessus.

Thiaumont

 

 

Le 24-6-16

Suis toujours en bonne santé.  Nous sommes toujours au repos. Mais nous allons remonter bientôt en ligne, demain Dimanche peut-être.

En tout cas on retourne voir ce beau pays. Quand va donc se déclencher l'offensive anglaise ? Il faudrait que ce soit bientôt pour soulager un peu le secteur.

Ai de bonnes nouvelles de Paul et de Joseph. Quoi de neuf à Moras ?

Par ici c'est la vie monotone du petit cantonnement de village.

Malgré cela il passe des quantités de troupes et de canons ; c'est un va et vient perpétuel. Nos saluts du soir sont toujours beaux, beaucoup de monde, le colonel en tête. Mous avons été protégés jusque là, grâce à la foi de tous, nous le serons encore; A bientôt nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur

Maurice

 

Le 25 juin 16

 

Bien chère maman,

 

Sur le point de remonter en ligne, je t'écris ces quelques mots à la hâte. Suis toujours en excellente santé ; au repos je me suis refait un peu car j'en avais besoin. J'espère bien que c'est la dernière fois qu'on remonte ici. Ne t'inquiète pas si tu ne reçois rien de mi d'ici quelques temps ; ici c'est guère possible d'écrire. A bientôt nouvelles.  Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

 

 

26 juin 1916

 

Bien cher Joseph

 

Je deviens paresseux , il est vrai que mon dernier séjour en 1ère ligne au M.H.  m’a tellement déprimé que j’ai été malade quelques jours et que j’en suis sorti bien affaibli. Aujourd’hui de nouveau nous remontons en ligne et du même côté où il n’y fait pas très bon actuellement ; c’est pire que quand nous y étions ! Comment va t’on en sortir si on en sort mais j’ai bon espoir et d’ailleurs je suis prêt. Je ne pourrai écrire pendant ce temps-là, aussi ne vous inquiétez pas. J’ai de bonnes nouvelles de tout le monde. Quand verrons nous la fin de tout cela, des débuts de juin si pleins de promesses s’achèveront-ils comme on l’espère ? Je prie Dieu pour cela. A bientôt de tes nouvelles. Je t’embrasse de tout cœur.

Maurice

 

 

27 juin 1916    Abri de 155 c.

 

Bien chère maman

 

Nous voilà en lignes à quelques mètres du fameux M.H. Je profite d’un abri à peu près solide et confortable pour t’adresser un mot. T’arrivera t’il car ce sont les hommes de la corvée de soupe qui emportent le courrier. ils font 2 kilomètres pour aller la chercher et je t’assure il faut faire vite, car les obus de tout calibre n’arrêtent pas de tomber sur les passages et cheminements. les boyaux sont tous à moitié démolis, chaque nuit il faut les remettre en état. tout autour de nous c’est un spectacle de désolation : en particulier derrière nous il y a une colline où on ne saurait mettre le pied sans tomber dans un trou d’obus… et le M.H. il est tout retourné. Enfin nous avons bon espoir et attendons avec patience la victoire et la paix. A bientôt nouvelles. Je t’embrasse de tout cœur. ai reçu ton dernier colis merci

Maurice

Conserve cette carte car elle vient du M.H. Directo

 

 

prochaines lettres vers le 2 juillet avec un récit incroyable de Paul à Verdun

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Published by thiaumont
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