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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 13:19

 

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Bien avant l'ère des manifs, on souffrait déjà dans les tranchées des gaz lacrymogènes...

 

 

 

 

 

Les deux témoignages ci-dessous ont été écrits quelques semaines après  la mort de Maurice par un ami d'infortune, puis en 1922 par  le maire de son village lors du retour de son corps :  j'espère que vous partagerai l'émotion que j'ai ressentie en les lisant, même si le style est un peu emphatique.

Dorénavant la guerre continue sans Maurice.  La correspondance s'espace...Il devient difficile de la publier en conformité avec les dates. Une série de lettres sera donc publiée sur le blog aux alentours du 20 de chaque mois, jusqu'à l'épilogue.

 Les cérémonies récentes du 11 novembre ont aussi ravivé  le souvenir que nous avons  vis à vis de tous ces jeunes (et moins jeunes) qui ont souffert de la peur, de la boue, de la soif, de leur blessures ou qui ont perdu la vie dans cet immense champ de batailles. Comment nous serions nous comportés à leur place ?

Thiaumont

 

Le 19-10-16

 

Monsieur,

 

Hier matin, l'enveloppe au large encadrement de noir apporta la réponse à mon amitié inquiète. Le soir, ma plume a hésité, puis s'est reprise à répondre. Je la reprends cette nuit car je ne veux pas tarder à vous exprimer la part douloureuse que je prends à un deuil si cruel. Maurice B. en effet était pour moi un ami sûr  que je considérais parmi les meilleurs.

Je fis sa connaissance, au commencement de l'année 1915, à Guéret, quand, au sortir de convalescence après une blessure reçue près de Soupir, il rejoignit le dépôt du régiment et fut affecté à la 26e Cie dont je faisais partie. Tout de suite, nous fumes attirés l'un vers l'autre. J'avais remarqué  ce beau jeune homme aux allures distinguées, aux yeux noirs pétillants d'intelligence, à la lèvre fine dessinant parfois un arc malicieux, qui toujours gai, rieur, semblait dès le premier abord, vouloir mettre un peu de vie dans mon recueillement presque continuel et parfois morose. Nous causâmes. Deux envahis : St Amand, où était restée toute ma famille ; Maubeuge où il avait laissé une partie de ses affections. Le soir, « après la soupe » nous sortîmes ensemble et échangeâmes nos impressions. Dès lors, l'habitude était prise. Nous promenâmes dans le morne Gueret, presque quotidiennement, notre nostalgie. Peu à peu une certaine intimité s'établit qui, fait d'une connaissance plus approfondie l'un de l'autre, devint plus étroite avec le temps et ne devait finir qu'avec la mort. De nos entretiens, que vous dirai-je ? Vous savez mieux que moi quels trésors d'affection familiale son bon coeur recelait. Avec quel intérêt un peu anxieux, il suivait les opérations dans votre secteur, avec quelle fierté, il me fit part de certaines citations ! Quel soulagement ce fut pour lui de recevoir des nouvelles de Maubeuge ! Avec quelle joie d'enfant il me racontait sa dernière permission dans la Drôme, je crois, au sein de sa chère famille! Les jours passèrent. Mon tour vint de rejoindre le front ; je fus désigné pour le 12è. Quelques temps après, Maurice m'annoncera son départ pour le 48e. C'était la séparation. Dès lors, à intervalles presque réguliers, nous échangeames de courtes cartes nous renseignement succinctement, car la vie des tranchées n'est pas faite pour les longues missives. A titre d'exemple, je vous dresse l'avant dernière du 6 août (je conserve pieusement les autres en souvenir de lui). Je n'ai pu malheureusement retrouver la dernière datée des derniers jours, du moins je pense ; moi-même, très occupé à ce moment dans la Somme, j'ai du l'égarer. Elle disait en substance : «  Je suis dans le plus mauvais coin que j'ai jamais vu. Prie pour moi. ». Je lui ai répondu aussitôt de m'écrire très souvent quelques mots seulement.

Aucune réponse ne devait jamais venir. Maurice B. était tombé en brave, dans cette effroyable bataille de Verdun qui a moissonné tant de fleurs parmi la jeunesse française. Il avait antérieurement, au cours d'un magnifique assaut, mérité une belle citation. Ceci n'est pas pour m'étonner, c'était son tempérament ardent, plein de dévouement, je dirais presque dans ses habitudes, car, plusieurs fois j'entendis dire à Guéret par des soldats qui l'avait vu : « le Sergent B. a du cran, il est magnifique au feu ». Hélas la mort est aveugle et elle fauche sans discerner.

Ainsi la destinée de Maurice s'est accomplie. C'est un devoir pour des amis de faire revivre sa mémoire. Un plus vif regret est de ne pouvoir apporter à ce travail qu'une très faible contribution. Mon concours ne peut être que très modeste, je suis au front, c'est tout dire.

Vous me demandiez ce qu'était devenu m. D., son ancien Capitaine au début de la guerre. Blessé au début de 1915, il n'a plus reparu sur le front du 127e. J'écris au dépôt de Guéret pour tacher de retrouver son adresse.

L'ancien Sergent-major de la 26e Cie, est contrôleur d'obus actuellement. Désiré (?), Firminy, 8 rue de l'orphelinat.

Un autre de ses amis, l'aspirant L., de Valenciennes, actuellement en ligne, part au repos dans sept jours. Je le verrai personnellement.

Les autres sont tombés eux aussi ou affectés à des unités inconnues. Beaucoup son tombés ; Cruelle guerre !

Ainsi donc, Maurice B. n'est plus. Il reste à sa famille la douce consolation de sa sainte vie et de sa belle mort. J'ajoute qu'il emporte au delà de la tombe l'estime profonde et les regrets sincères de tous ceux qui ont eu le bonheur de l'approcher et de pouvoir l'apprécier. Pour moi, tant que je vivrai, je garderai proche en ma mémoire, le bon souvenir d'un véritable camarade ravi trop tôt à mon amitié.

Je vous prie de vouloir bien agréer, au nom de sa famille, l'expression douloureuse de ma sympathie attristée

 

W. (?)

 

P.S. Je vous prie de m'excuser l'écriture,mais je suis à court de papier, dans une lapinière...

 

 

 

 

Allocution du Maire de Moras pour le retour du corps de Maurice en 1922

 

Maurice vient à Moras tout jeune enfant. Une figure charmante, des yeux candides et doux le firent aimer. En grandissant se révélait en lui une nature droite, franche, réfléchie.

Fin observateur et se contentant de voir, d'écouter sans livrer ses émotions internes.

Parfois un sourire discret quand une chose lui plaisait, parfois une larme silencieuse quand une parole le blessait, jamais un reproche sur  ses lèvres, jamais une rancune dans le coeur. Mais sous cette aimable placidité, on devinait une âme virile, maitresse d'elle-même, un caractère fortement trempé.

On sentait qu'il était de taille à tenir haut et ferme les drapeaux de la religion et de la patrie, à devenir le fier champion de toutes les nobles causes.

Au début de la guerre c'était un beau brun de 21 ans à la stature haute et souple, il partit dès les premiers jours plein de courage et d'espoir.

A son ancien curé dont il connaissait l'affection pour lui et qu'il aimait cordialement en dépit de vieilles taquineries non oubliée peut-être mais pardonnée sûrement, il avait dit simplement : je ferai mon devoir de catholique et de soldat.

Blessé au pied il vint se faire soigner pendant plusieurs mois en Languedoc.

Après sa guérison, il repartit joyeux pour combattre jusqu'au bout.

Il est tombé glorieusement à la tête de ses hommes face à l'ennemi en fier chevalier honorant par sa mort héroïque et son pays et sa famille.

C'était un coeur plein d'intelligence, une intelligence pleine de coeur.

 

 

prochaines lettres vers le 20 décembre ...

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Published by thiaumont
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