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Un aumonier militaire de la Grande guerre
(photo issu du site http://pages14-18.mesdiscussions.net )
Déjà presque 4 ans de guerre sans répit (à part quelques courtes permissions) pour Joseph, l'aumonier-infirmier et surtout Paul, médecin-major qui a échappé plusieurs fois miraculeusement à la mort et à la capture contrairement à son jeune frère Maurice, mort à Verdun.
Dans cette série de lettres, qui précèdent "l'épilogue", les références religieuses sont omniprésentes. En filigrane transparait l'idée que l'affaiblissement (déjà !) des valeurs chrétiennes en France est responsable de l'absence de victoire de notre camp et qu'une intervention divine est indispensable.
Thiaumont
Ce 27 Décembre 1917
reçois par la présente, mon cher Joseph, mes meilleurs voeux de bonne année. Il était difficile de prévoir au début de 1917, que l'année se terminerait sans la guerre. Et même 1917 finit dans des circonstances pénibles pour nous. Espérons, car il faut toujours espérer que l'an nouveau verra finalement notre victoire et la paix. Ce n'est pas sûr, mais quoi, toute a une fin même la guerre et la guerre est toujours la boîte à surprises. Souhaitons que ses surprises soient désormais heureuses. Avec quel plaisir, quel soulagement, chacun reprendra sa tâche d'avant la guerre et comme on sentira alors tout le prix de la vie. En attendant que ce rêve se réalise, je te souhaite bon courage et grande patience ; bonne santé et bonne humeur. J'espère que ta grippe est terminée ; moi-même j'ai été grippé une douzaine de jours mais maintenant c'est fini ; Le froid est assez vif, mais c'est un froid sec et supportable. Dans la journée, je puis profiter assez souvent d'un bon soleil qui chauffe un peu. Tu ne me parles pas de tes négociations avec Mr F.. Pour l'arrangement de la maison il faudra y venir toujours et je crois que le plus tôt sera le mieux. Je reçois bien le journal « La Croix » mais les numéros sont déjà vieux quand ils arrivent. C'est toujours une distraction. Bonne année 1918.
Je t'embrasse Paul
Le 27 dec 1917
Mon cher Paul, Ta lettre du 18 m'arrive aujourd'hui. Elle me trouve toujours dans le même coin assez bien installé puisque j'ai une bonne chambre à l'hopital où je dis ma messe, où je vais passer mes soirées, où les soeurs sont aussi petits soins pour moi. Je t'ai dit en effet que nos batteries sont en position dans la montagne et très éloignées les unes des autres. Je reste donc dans la vallée à l'échelon, je vis en popote. Je ne suis donc pas trop mal pour le moment ; nous avons de la neige et du froid mais je parviens encore à me préserver. J'ai cependant quantité d'engelures. Avec l'aumônier du parc (?) d'artillerie qui loge aussi à l'Hopital nous organisons chaque dimanche nos offices. Pour Noël nous avons eu une messe de minuit dans une salle de l'usine où nous sommes cantonnés. Le directeur, les employés, tout le monde s'est prêté à la décoration de la salle qui était magnifique. C'est moi qui ai dit la messe, mon confrère a prêché et tenu l'harmonium. Nous avons eu aussi de très beaux offices à l'hopital. Reçois-tu les journaux que je t'adresse. Maman a du te dire que ma demande à Mr F. avait abouti cette fois-ci. J'écrirai prochainement à G... Avant de clore ma lettre, je t'adresse mes voeux les plus affectueux et je t'embrasse bien
Joseph
Ce 31 déc 1917
Mon cher Paul
Je viens de recevoir tes voeux et je t'adresse aussitôt les miens. Il est vraiment triste d'être encore en guerre en 1918 mais ce qu'il y a de plus triste c'est qu'on ne se soit pas tourné franchement vers celui qui peut seul arrêter ce cataclysme. Je demande pour la France la paix, et pour Dieu la victoire. Je crois rester ainsi dans la note vraie. A toi, dont les sentiments sont profondément chrétiens, je souhaite la santé afin que tu puisses dès maintenant par tes sacrifices et plus tard par ta mission contribuer à ramener en notre pays le règne de Dieu, seul gage de victoire. Notre fête de Noël s'est très bien passée. J'ai dit la messe à minuit dans une salle de l'usine où nous nous cantonnons. Les patrons l'avaient magnifiquement décorée. A l'Hopital nous avons eu aussi de beaux offices. Hier je suis allé visiter l'état major et la 27e Batt en position. Aujourd'hui j'ai dit la messe de 9h et prêche à l'Hopital Belle assistance. Je réside toujours à l'échelon. Grâce aux soeurs de l'Hopital je suis fort bien. Bonne année, sainte année et à bientôt la fin de nos calamités et le retour chez soi. Je t'embrasse bientôt.
Joseph
Ce 11 janv. 1918
Mon cher Paul
Je viens de recevoir ta lettre du 4. En ce moment il y a du retard dans les correspondances. Après le froid très vif que nous avons eu dernièrement la neige est tombée en abondance, les trains et les voitures sont bloqués en beaucoup d'endroits. On dit que le tunnel de Brissang (?) est obstrué ; la poste n'a pas pu encore arriver aujourd'hui. Les ravitaillements dans la montagne se font très difficilement. On se sert de traîneaux. C'est en traîneau que je suis allé visiter une batterie. J'arrive de cette course et t'écris avant de rejoindre mon lit à l'Hopital. Je suis toujours aux petits soins chez les soeurs. Le soir en arrivant on m'offre des pantoufles, on bassine mon lit, on cire mes souliers tous les jours. Hier on m'a proposé de prendre un bain complet, je m'en suis très bien trouvé. Le matin après ma messe un bon déjeuner et très souvent de petites douceurs dans la journée. Vraiment je suis bien ici et je ne demande pas à quitter le secteur. Je ne crois pas que les villes dont tu parles aient été évacuées. On dit bien qu'il faut se tenir prêt à parer une grosse offensive mais on a pas encore pris de pareilles mesures. Je crois que Mr F. a remis 200 francs à Maman. J'ai écrit à Guingamps, j'attends la réponse. À l'HOE de Bruyères, il a passé paraît-il un soldat qui t'a connu. J'ai dit hier aux soeurs que j'avais la croix de guerre. Aussitôt on a sorti vin, gateau et bonbons pour fêter la décoration. A bientôt de tes nouvelles ; je t'embrasse de tout coeur.
Joseph
Ce 4 février 1918
J'ai reçu tes 2 cartes-lettres, mon cher Joseph, dans lesquelles tu me parles de ta prochaine permission. Je ne sais si nous pourrons nous rencontrer à Moras. Depuis une huitaine de jours, nous sommes en ligne et par suite le taux de permissions a été abaissé. De plus la longueur du voyage augmente la durée d'absence de chaque permissionnaire, ce qui augmente l'attente du suivant de tour. Un médecin est en ce moment en permission et rentrera dans une douzaine de jours ; un autre soit partir avant moi encore, ce qui me retarde de vingt autres jours environ. Ainsi je ne compte guère pouvoir partir que au début de mars.
Tous ces contre-temps sont fort regrettables mais qu'y faire ? Le tour de permission est une chose intangible, comme tu le comprends. La permission et le pinard, c'est sacré.
Si tu pars bientôt, je te souhaite un bon repos surtout moral, car au physique tu as l'air d'être content de ta vie actuelle. Bon accueil, bon gîte, bonne table là où tu es, c'est parfait. Pour nous, notre repos est terminé depuis plusieurs jours. J'ai un poste de secours dans une maison abandonnée, assez confortable, mais malheureusement pas à l'abri des obus. Et ceux-ci commencent à tomber dans mon rayon. Le temps est toujours merveilleux ; il fait très chaud dans le milieu du jour. Nous commençons à faire la sieste. Je t'embrasse bien fort.
Dr Paul B.
Dernières lettres et épilogue vers le 20 avril...Paul se battra jusqu'aux derniers jours.
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