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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 21:20

Depuis que Maurice , le plus jeune des 3 frères est  mort à Verdun fauché par un obus devant la redoute de Thiaumont, les lettres deviennent plus rares. Paul, médecin, qui a connu les tranchées pendant presque 3 ans, est à présent dans un hopital de campagne dans l'Oise près de l'Etat Major. il peut souffler un peu mais vit dans des conditions précaires. Il évoque sa permission récente dans le pays du Royans, en Drôme ainsi que le sort de son père et de sa soeur Yvonne bloqués à Maubeuge (leur mère étant en zone non occupée). Il écrit à son frère Joseph, vicaire-infirmier, qui, après avoir été longtemps dans les Vosges dans  un régiment de chasseurs alpins, vient de rejoindre un régiment d'artillerie. Où l'on se rencontre qu'un prêtre peut en théorie devenir un combattant ordinaire...

Thiaumont

 

chemin-des-dames-vue-aerienne.JPG

vue aérienne du chemin des Dames ; à gauche étaient les tranchées  d'où partaient les assauts français vers la butte maudite : ce fut une effroyable boucherie.

 

 

Ce 23 juillet 1917

 

J'ai reçu ta carte lettre avant hier mon cher Joseph. Tu as eu un assez bon repos et dans des conditions fort glorieuses pour la division alpine. Maman m'a dit que tu avais pu voir Madame L. ; tu as eu ainsi tous les détails possibles sur Papa et Yvonne. Tu auras remarqué comme moi que Madame L. n'avait pas trop mauvaise mine et qu'elle n'était pas trop déprimée bien que la vie à Maubeuge fût pénible bien avant son départ. Ca m'a donné bon espoir pour Papa et Yvonne. Il est vrai que plus la guerre durera, plus seront rigoureuses les conditions d'existence en pays occupés. Enfin à la grâce de Dieu.

Le père D. est mort depuis plusieurs mois. Madame Y. est reprise de son ancienne neurasthénie ; elle ne parlerait plus ou presque, malgré les efforts de son entourage pour la faire sortir de son mutisme.

Notre hôpital est en plein déménagement. Aujourd'hui on démonte les baraques. Beaucoup de choses sont emballées. Tout le matériel doit être expédié sur l'hôpital n°11 à Ognon. C'est un petit village de l'Oise, à 8 km environ de Senlis et à une quinzaine d'ici. Ce n'est pas loin. On n'a pas encore d'ordres pour le personnel. Irai-je à Ognon ou ailleurs ? Mystère. Tout doit être en tout cas fixé pour le premier août.

Mon séjour à St Jean s'est fort bien passé. J'y suis arrivé le samedi soir à 20H par la vieille diligence. Monsieur le Curé et son vicaire étaient au Salut. Melle Virginie était là pour me recevoir. L'accueil a été cordial comme bien tu penses et le soir on a bavardé fort avant dans la nuit. Tous avaient l'air en bonne santé et de bonne humeur. Toute la journée du dimanche s'est passée en causeries. Dans la matinée après la messe j'ai développé mon rouleau de pellicules avec l'abbé F.. Il ne m'a pas photographié ; peut-être n'y a t'il pas pensé ! Et puis il commençait à être fatigué de cette distraction. Le soir, du reste, il est parti pour Romans immédiatement après les Vêpres pour ne revenir que le jeudi. Il en fait un peu à sa tête. Je suis reparti le lundi matin par le même courrier que celui que tu as pris. J'ai eu plaisir à revoir de près ces belles montagnes de St-Jean.

Je t'embrasse bien fort.

Dr Paul B.

 

Ce 9 août 1917

 

Ta lettre du 31 m'est arrivée,mon cher Joseph ; elle est messagère d'une nouvelle assez importante, ta mutation. Ainsi tu as quitté le G.b.O.66 pour devenir artilleur. Tu ne me dis pas si c'est comme brancardier que tu es dans l'artillerie ou comme combattant ; si tu es affecté à l'échelon ou à une batterie ; si tu es dans l'artillerie lourde (et quel calibre ?) ou dans l'artillerie  de campagne. Si tu es devenu combattant, tu vas pouvoir prendre du galon. Que penses-tu de ton changement. Pour moi, je crois que tu ne perds pas au change en ce sens que tu en as fini ou presque avec les marches et contremarches, avec les relèves éreintantes, avec les changements incessants de secteur. Tu seras plus stable et par suite plus confortablement installé ; tu auras de bonnes cagnas ordinairement ; tu seras transporté en camion ou en voiture. Au point de vue risque, je ne pense pas qu'il y ait grande différence ou s'il y en a elle serait en faveur de l'artillerie.

Dans cette guerre, l'infanterie est bien l'arme la plus mal partagée à tous les points de vue : j'en sais quelque chose.

Le numéro du secteur postal n'a pas changé pour ton adresse : d'où je conclus que tu es à l'artillerie divisionnaire de la 66eme D.I. Tu es aussi très probablement toujours du bon coté du Chemin des Dames, peut-être du coté de Braye en Laonnais que je me rappelle avoir vu du plateau de Verneuil.

Je ne sais si je t'ai dit qu'au retour de ma permission, j'ai vu en gare de Corbeil C. Henri, chasseur alpin, que j'avais bien connu au petit puis grand séminaire. Il est brancardier d'une compagnie de mitrailleuses. Le chanoine M., sa soeur et l'abbé F. à qui j'avais adressé un mot de remerciement, m'ont très aimablement répondu et m'ont assuré qu'ils avaient été très content de ma visite.

J'ai envoyé à Renage et à Marthe les photos que j'avais prises à Renage. Tout le monde en a été satisfait. Marthe m'a dit toutefois que les M. n'ont jamais eu le chic de bien poser devant l'appareil. Je n'ai pas pensé à photographier le monument funéraire : je le regrette. Du reste je n'ai plus d'appareil, car j'ai rendu celui que j'avais à la personne qui me l'avait prêté. Si j'étais plus riche, j'en achèterais un, mais hélas, ma solde suffit juste à me faire vivre. Je n'ai pas vu Mr F..

Nous sommes toujours à Saintines. A la suite de contre-ordres on a dû arrêter le démontage de notre hôpital : il est en voie d'achèvement maintenant. Ma nouvelle destination sera très probablement l'hôpital N° 42 à Pierrefonds, Oise ; c'est là qu'est déjà notre médecin-chef. Lundi, j'irai probablement faire un tour à Soissons ; j'y passerai le mardi. Je voudrais savoir s'il surnage quelque débris de mes affaires. Bon courage on cher Joseph.

Je t'embrasse de tout coeur.

Dr Paul B.

 

 

Prochaines lettres vers le 20 février...

 

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Published by thiaumont
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