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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 15:23

Après les dangers extrêmes de ce dernier mois passé à Verdun, Paul et Maurice sont pour quelques jours à l'abri et reprenne goût à l'écriture. Joseph, le vicaire infirmier est toujours dans l'ambulance de Bruyères dans les Vosges et leur mère dans le Sud, à Moras. La lettre de Paul à Mme Y, pour la remercier d'être intervenu pour éclaircir la question de la relève des médecins du front ne manque pas de saveur. A vous d'en juger...

Thiaumont

ossuaire--206-.JPG

ossuaire de Verdun

 

 

Le 12 juillet 16 (lettre adressée à Mme Y., écrite par Paul)

 

Madame,

 

Ma mère m'a tenu au courant des démarches que vous avez bien voulu faire, en vue d'obtenir quelque clarté dans une question jusqu'ici fort obscure, la Relève des médecins des corps de troupe. Je sais que votre intervention n'aura pas été inutile et je tiens à vous  en remercier profondément. Si l'on savait en haut lieu comment certaines circulaires sont interprétées où l'on pouvait écouter de temps à autre les petits, les obscurs, les sans gloire, il y aurait (?) et profit certain. Mais en de pareils temps où l'héroïsme est permanent, où la vie quotidienne est tissée de faits sublimes, il semble mauvais de récriminer et les  bouches amères  parfois sont closes. C'est un petit sacrifice de plus dans l'immensité des sacrifiés, et l'on aurait presque honte de se plaindre. Si l'on peut cependant sans compromettre le calme de l'atmosphère où baigne le pays, sans arrêter un seul rouage de l'immense machine en mouvement, faire régner un peu plus de justice et la faire mieux respecter, c'est faire oeuvre pie. C'est ce que vous avez essayé de faire, Madame, en demandant une goutte d'huile pour la machine prête à grincer.

Il faut maintenant que je vous dise ce que je pense être le résultat de votre intervention. Le 5 juillet est venu du sous secrétariat du service de santé, un état lequel doivent être inscrits les médecins ayant plus de 6 mois de front. A cet état, les médecins qui désiraient être reclassés, devaient joindre une demande d'inscription au tableau de relève. J'ai donc fait une demande et je me suis fait inscrire sur l'état demandé. Ces pièces doivent arriver au sous-secrétariat le 15 juillet au plus tard.

Là il sera établi une liste de relève probablement par corps d'armée, liste basée sur le nombre de points qu'a chaque médecin. Je pense être dans les bons premiers quoique l'on mette sur le même pied que les médecins de corps de troupes, les seuls réellement exposés, les médecins d'ambulance et de formations sanitaires du front, mais d'un front tel que j'y resterai toute la durée de la guerre sans trop me plaindre, celle-ci durera-t'elle autant que le siège de Troie. Je crois donc que l'affaire est en bonne voie et j'ai presque envie d'ores et déjà de vous faire arrêter oui Madame, pour exercice illégal de la médecine, puisque sans diplôme vous avez contribué à guérir une petite boiterie de dame Justice, qui, dit-on serait aussi aveugle, la preuve. Et je vous prie, Mme, d'agréer mes respectueux hommages

 

 

 

Le 13 juillet 1916

 

Mon cher Joseph,

 

J'attends impatiemment de nouveaux détails sur ta permission qui a du être une tournée triomphale. As-tu poussé jusqu'à Tain et Valence ? Ce pauvre Valence, voilà plus de 2 ans que je n'y suis pas retourné. Et dire qu'il fut un temps ou c'était ma résidence habituelle. Je crois qu'on y construit un petit séminaire, mais je n'en ai point de nouvelles et jamais il n'en est question dans la Semaine religieuse. Toutes les brochures que tu m'envoies, je les expédie à Maurice : ça l'amuse soit au repos soit pendant son séjour aux tranchées. Maurice m'a écrit une carte du 7 ; il revenait du Mort-homme où son régiment a un secteur. Jusqu'à présent il se tire de toutes ces mauvaise passes sans une égratignure : c'est merveilleux. Le voici passé à présent au dépôt divisionnaire : c'est un dépôt chargé de combler les vides en hommes de la division dont il fait partie. J'espère que Maurice y restera quelques temps : ça lui donnera quelque répit.

Comment as-tu trouvé ton curé, le chanoine M. : est-il tout à fait remis ? Est-ce qu'il t'a dit si l'Aumonier des Soeurs de St Marcellin lui avait parlé de moi. J'ai écrit 2 fois à cet aumonier pour avoir des tuyaux sur un poste médical dans ce pays. Est-ce que ton petit travail sur la famille B. est terminé. Tu pourrais en tout cas le compléter à Bruyères car je pense que tu as des loisirs. Ce serait une bonne idée, car ce travail sera intéressant pour nous. On pourra le faire taper à la machine en plusieurs exemplaires et plus tard on le fera tirer sur papier du Japon. J'en réclame un exemplaire naturellement.

Tu sais que Madame Y. s'est offerte pour jeter quelque clarté sur la Relève des médecins des corps de troupes; Elle est arrivée à un résultat. On vient de faire demander une liste des médecins ayant plus de 6 mois de front et demandant à être relevés. Je me suis fait inscrire sur la liste et j'attends patiemment les évènements.

A bientôt de longues nouvelles. Je t'embrasse bien fort.

Dr Paul B.

 

 

Le 15 juillet

 

Bien chère maman,

 

Suis toujours en parfaite santé et je me refais à vue d'oeil au dépôt divisionnaire. Loin de la ligne nous entendons cependant le canon fortement du coté de notre secteur, mais notre division est d'acier et les Boches sont bien reçus ; d'ailleurs ils reçoivent eux aussi pas mal.

Quand donc l'offensive de Nord libérera Papa et Yvonne du joug de ces maudits Boches, espérons que ce sera bientôt et qu'avant la fin de Septembre ils seront réunis à toi soit à Maubeuge soit à Moras. Espoir et courage, Dieu nous aidera. Ici nous prions beaucoup pour cela ; malheureusement nous n'avons plus notre excellent aumonier Mr Gouranton, car il est resté au bataillon. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur.

 Ton petit Maurice

 

Le 16 juillet

 

bien chère maman

 

Je viens de recevoir ta dernière lettre et je réponds aussitôt  pour te dire que je suis toujours au dépôt divisionnaire et que je suis complètement remis de ma diarrhée et de mes fatigues. Il faut dire que là nous avons pu nous organiser attendu que nous en avions le temps et les moyens. Nous sommes assez bien logés, on dort bien et nous faisons une excellente popote. Malheureusement le temps n'est pas fort beau, il est même très mauvais ; ainsi, nous n'avons guère eu que 3 jours de beau depuis que nous sommes ici ; il pleut à torrents, aussi avons nous beaucoup d'évacués surtout parmi les Martiniquais. Ce sont des noirs, mais ils sont citoyens français. Aussi sont-ils assez instruits : ils comprennent le français et sont dociles quoiqu'un peu indolents. Enfin on les mène bien ; malheureusement le temps les atteint et pas mal d'entre eux sont déjà évacués. Il faut dire aussi qu'ils sont déjà agés (de 26 à 36 ans).

Pour mon dépôt, il est à proximité du front et de là nous avons encore un écho des bombardements de V. bombardements qui, d'ailleurs ont diminué d'intensité et fréquence, probablement à cause de l'offensive du Nord.

J'ai reçu le colis-cigares, dont tu me parles, il m'a fait grand plaisir d'autant plus que j'ai pu en faire profiter mes camarades. Pour le moment je n'ai besoin de rien. Ne m'envoie plus de colis ; fais des provisions pour l'avenir, car je ne suis pas ici pour 6 mois comme au dépôt de Guéret. Je n'ai pas besoin d'argent non plus merci ; j'ai toujours à peu prés l'argent que m'avait envoyé Paul. Je te dirai que l'on ne dépense beaucoup que lorsqu'on est au repos pour peu de temps, alors là c'est la bombe ; d'ailleurs à quoi bon conserver de l'argent que les Boches pourraient nous barboter, c'est ce que l'on se dit.

Dans notre période de tranchées, nous n'avons pas eu les pertes que nous aurions dues avoir réellement ; il faut croire que nous sommes réellement protégés. Voilà un fait. Une compagnie devait attaquer à notre gauche, le lundi...le feu de barrage boche était tellement intense qu'elle ne sortit pas ; le lendemain un contre-ordre arrivé au dernier moment l'arrêtait au moment où elle s'apprêtait à charger (feu de barrage formidable). Enfin le troisième jour, c'est décidé, elle attaquera et elle attaqua. Résultat : 3 blessés légèrement ; chez les Boches 60 tués, 23 prisonniers et 3 mitrailleuses enlevées, c'était merveilleux.

La vie de dépôt est assez monotone, mais on est à l'abri et l'on ne se plaint pas. J'ai eu des nouvelles de Paul aujourd’hui, il pense aller vers le Nord. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur.

Ton petit Maurice

 

 

Prochaines lettres vers le 22 juillet...

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Published by thiaumont
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