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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 22:01

guerre-des-sommets.jpg

 

Sur le front italien, la fameuse guerre des sommets, trés dure pour les combattants soumis à des conditions extrême  a paradoxalement été à l'origine d'un loisir trés populaire actuellement : la via ferrata, utilisées à l'époque pour acheminer les soldats dans les coins les plus reculés...

  

 

En cette fin d'année 1917, les événements se précipitent, notamment pour Paul, toujours médecin major malgré ses 3 ans de guerre et qui évoque son retour "en ligne". Son allusion à l'utilité du latin permet de deviner, malgré la censure, qu'il fait route vers l'Italie, bousculée en cette 3e année de guerre par les Autrichiens. En France l'offensive (ou plutôt la boucherie) du Chemin des Dames a pris fin en juin, ce qui laisse un bref répit aux combattants. Joseph, le vicaire,  a intégré un régiment d'artillerie, et quitte ce secteur du Chemin des Dames pour l'Alsace, considérée comme beaucoup plus calme. Plus d'un an s'est écoulée depuis la fin tragique  de leur jeune frère Maurice à Verdun.

Thiaumont

 

Le 28 septembre 1917

 

te voici de nouveau en secteur, mon cher Joseph, après un bon repos, il est vrai. La transition a dû être dure, je n'en doute pas mais enfin on se fait à tout. J'ai appris avec plaisir que tu avais été bien reçu chez les châtelains de Fontaine les Corps. Il est heureux qu'à l'arrière il y ait des gens aimables pour faire oublier très vite les mauvais moments de cette guerre. Pour moi, je suis aussi en ligne avec mon bataillon, depuis le 20 septembre et nous y resterons au moins jusqu'au 2 octobre, date à laquelle nous aurons un petit repos de six jours. Ce repos nous le prendrons dans des baraquements en plein bled, situés pas très loin des lignes et à bonne portée des canons Boches. Voilà le sort qui nous est réservé pour de longs mois, selon toute vraisemblance. Je suis tombé dans un corps d'armée d'occupation et d'organisation de secteur et non d'attaque comme le VI e corps, ce qui fait que nous restons des semaines et parfois des mois entiers en tranchées sans aller à l'arrière. Chaque situation a toujours ses bons et mauvais côtés. Le P.S. D'où je t'écris, est pourvu par exemple de l'éclairage électrique. Au poste de colonel, il y a une coopérative qui est assez bien pourvue; Ce sont les petits avantages de notre séjour en ligne. A côté de la coopérative se trouve un établissement de douches qui fonctionne tous les jours.

Le secteur est un peu agité depuis quelques jours, par suite des coups de main que nous avons fait chez les boches. Ils veulent sans doute prendre leur revanche. Ils déclenchent par moments des tirs effroyables d'obus, et d'énormes torpilles qui bouleversent tout. De notre côté tirs de barrages de 75 et de mitrailleuses. Peu de blessés pour le moment et pas de morts. Nos poilus savent s'enterrer. Ce qui nous tient le plus en éveil c'est une attaque par le gaz qu'on pressent depuis longtemps. Nous avons déjà détruit plusieurs fois les installations à gaz d'en face, mais les boches ont l'air  d'y tenir. Et d'après des renseignements de prisonniers et de déserteurs, ce serait de nouveaux gaz très toxiques et filtrant plus ou moins à travers nos masques. Aussi se tient t'on sur les gardes.

Je pense prendre ma permission fin octobre, dans un mois sans doute. Si tu peux faire coller ta permission avec la mienne, ça ira bien. A bientôt de tes nouvelles.

Je t'embrasse bien fort.

Dr Paul B.

 

Ce 17 novembre 1917,

Mon cher Joseph, j'attends une lettre racontant ta permission par le menu, tes voyages, tes visites. Tu es certainement de retour à ton groupe ; j'espère que l'as trouvé au repos. La transition en sera moins dure. Tu ne m'as jamais parlé de ta situation: j'aimerais à en connaître le texte. Il ne faut pas exagérer la modestie. Pour nous la situation a changé du tout au tout. Nous avons quitté notre lieu de repos depuis plusieurs jours et bientôt sans doute nous serons engagés dans une affaire plutôt chaude. Je t'écris dans l'auberge d'un petit village où certes je ne pensais jamais venir de ma vie. Le temps est d'été ; dans notre déplacement on nous a donné des roses, des oeillets, des héliotropes, des chrysanthèmes. On ne se croirait jamais au mois de Novembre. Si nous pouvions avoir ce temps là pendant tout l'hiver, ce serait merveilleux. Le commandant de ton groupe est-il gentil ? Je crois qu'il est protestant. Comment s'appellent les médecins de ton groupe ? Je les connais peut-être. Fais-tu toujours partie de la Division Brissaud Desmaillet ?

Je t'embrasse bien fort

Dr Paul B.

 

Ce 10 Décembre 1917

 

Mon cher Joseph, tes cartes-lettres et les semaines religieuses m'arrivent rapidement malgré la distance. Tu me demandes où je suis, alors que tu sais fort bien que je ne puis le dire. Du reste tu as du le deviner. La censure fonctionne toujours et de temps à autre il y a une exécution. Le pays où nous sommes est très beau. Nous nous sommes rapprochés des montagnes, ce qui nous vaut un refroidissement marqué de l'atmosphère surtout la nuit. Aussi j'ai attrapé un bon rhume depuis plusieurs jours. Je puis un peu me soigner car nous sommes au repos, prêts pourtant à une alerte soudaine. Nous roulons depuis une douzaine de jours de village en village ; c'est une vie de bohémiens qui a plus d'inconvénients que d'avantages. Mais je ne me plains pas ; nous voyons un tas de choses nouvelles fort intéressantes. Beaucoup de vin partout et du bon, aussi le poilu est content ! Les gens n'ont pas l'air malheureux du tout et sont aimables. Mais il faut arriver à se comprendre. Pour une fois le latin me sert à quelque chose. Si tu achètes chaque jour un journal, tu devrais bien me l'envoyer. Je ne sais plus ce qui se passe. Je t'embrasse bien fort

Dr Paul

 

Ce 18 décembre 1917

 

Mon cher Joseph, j'ai reçu ta carte lettre où tu me dis que tu es en route pour l'Alsace. C'est je crois une chance pour toi car l'Alsace est coté comme secteur tranquille et il fait bon vivre. Du reste tu as gardé un bon souvenir des quelques jours que y as passés au début de l'année. Pour moi, je suis dans une petite ville placée auprès de hautes montagnes couvertes de neige. Cette ville a l'air vieillot : Rigoles se trouvant dans le milieu des rues qui sont étroites, tortueuses ; maisons d'assez bon aspect avec quelques arcades, mais peu confortables l'hiver. Les églises sont immenses ici, neuves pour la plupart mais sans caractère artistique. Elles ne valent pas nos églises de France qui ont beaucoup de cachet. Le froid est venu ; avant-hier il est tombé un peu de neige ; mais c'est supportable. Les journaux commencent à nous arriver, bien qu'avec du retard. Si tu achètes l'Echo de Paris, envoie le moi après l'avoir lu. Qu'as tu décidé avec Mr F. ? As-tu écrit pour avoir la croix de guerre de Maurice et le diplôme des enfants morts pour la Patrie ? Il faudrait qu'on nous envoie cela : ce sont des souvenirs. Je t'embrasse très fort.

Dr Paul B.

 

Le 18 décembre 1917

 

Mon cher Paul

 

J'ai reçu ta lettre du 10 déc et je te réponds aussitôt. Nous avons quitté la Hte saône et par les Vosges nous avons gagné la province patrie de maman. Il n'y fait pas très chaud mais tout le monde préfère ce secteur à celui de l'Aisne. Les gens sont très sympathiques et très accueillants. Je me plais bien dans ce pays où l'on trouve encore beaucoup de foi. Il a fallu quitter l'excellente dame E. qui m'a si bien soigné. Tout le long de nos étapes j'ai trouvé un asile dans les cures et je ne puis que me féliciter de l'accueil  qui m'a été fait. Ici on nous a cantonnés dans une usine, je loge moi-même dans un hopital où les soeurs ne savent que faire pour m'être agréables. J'ai un bon lit et après ma messe chaque matin. On m'offre un excellent déjeuner. Nos batteries  sont déjà en possession mais comme elles sont très distantes les unes des autres je resterai probablement ici où je me trouve mieux placé pour aller les voir. Je suis heureux d'apprendre que tu es content ; j'espère que tu échapperas à tout accident. Je t'enverrai régulièrement mon journal La Croix, il est fort intéressant et il y a de beaux articles. Tu sauras au moins ce qui se passe. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur. Joseph

 

aumonier au 240 d'Art 3e Groupe Sp 190

 

 

Prochaines lettres vers le 20 mars...

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Published by thiaumont
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commentaires

Mappec 06/10/2014 23:13

Erreur de lien sur la page.
Pour "pages 14 18) le lien est :
http://pages14-18.mesdiscussions.net/

Avec le lien actuel on arrive sur la page d'une entreprise !

thiaumont 29/10/2014 22:14



Merci beaucoup, je vais corriger cette erreur !