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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 22:13

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Une équipe médicale en 1913 ou 1914, avant l'hécatombe...

 

La guerre continue sans Maurice tombé à Verdun fin août 1916. Pour la première fois depuis 2 ans 1/2 Paul, médecin major s'éloigne du front pour un hôpital de campagne tandis que son frère Joseph, vicaire-infirmier, fait le chemin inverse. Tout ne devient pas pour autant idyllique ! Paul décrit  aussi la situation de son père et de sa soeur Yvonne, restés à Maubeuge en zone occupée depuis le début de la guerre

Thiaumont

 

Saintines le 2 avril 1917

 

Adresse : hôpital temporaire n°26 saintines Oise

 

Mon cher Joseph,

 

Après moult pérégrinations, je suis arrivé à mon nouveau poste. J'habite un petit village de l'Oise à 12 kilom. Au sud de Compiègne, environ pas très loin de Crépy en Valois. Je suis membre fondateur d'un hôpital de 350 lits, qui remplace une ambulance fixée ici depuis longtemps, la 7/13. Les autres membres sont 1 médecin chef à 3 galons, 1 Médecin traitant pour la salle des médecines (moi je suis médecin traitant pour la salle de chirurgie), 1 officier gestionnaire, 1 pharmacien. Il y a aussi 7 infirmières militarisées et une soixantaine d'infirmiers. C'est assez important comme tu vois. J'ai dû me loger au village où j'ai loué une chambre. Ici en effet ce n'est plus zone des armées, c'est zone de l'intérieur. Aussi devons-nous nous loger et nous nourrir de nos deniers. La question nourriture est très difficile à régler. Tout est fort cher et il n'y a pas du reste d'hotel ni de restaurant. Aussi nous faut-il trouver local, cuisinière, chauffage, vivres. Je ne sais encore comment ça va s'arranger. Le village est petit, c'est un trou et naturellement peu de ressources.

Pourvu que le beau temps arrive vite, car le pays est assez beau surtout placé à proximité de la forêt de Compiègne. Depuis plusieurs jours il fait un bien triste temps pluvieux et froid.

Mon retour de permission a été mouvementé. Je t'ai dit qu'à Lyon j'ai vu V. et c'est d'accord avec lui que j'ai arrêté la disposition du texte de l'image memento. Je trouvé qu'il était trop chargé, aussi pour dégager un peu j'ai fait supprimer la phrase : « Bitristus (?)..., qui du reste n'avait pas de raison d'être. Je crois que tu pourras laisser le texte ainsi qu'il est disposé sauf erreur grossière de typographie, d'orthographe...etc...J'ai mis finalement « réalisant...cette parole qu'il disait aux siens », car j'ai trouvé que c'était plus français que « réalisant ces mots... ».

De Lyon je suis allé à Paris où j'ai passé 4 jours. J'ai dû attendre une lettre de service pour la 6e région. Dans la capitale j'ai vu Mme Y. malade au lit, la famille P. (Marie Y.) ; je suis allé au siège de la société de S.M. rue de la Boétie. J'ai vu l'hotellerie Gaston rapatriée tout récemment et Melles Simone L. et M.. J'ai eu quelques détails sur Maubeuge. Papa est directeur de l'usine par délégation du banquier Piérard. Il y va presque tous les jours et il la surveille. Les bâtiments de l'usine ne sont pas abimés, mais le matériel a été déménagé. Yvonne tient les orgues de Sous le bois et dirige un choeur de chanteuses. Papa et Yvonne voient souvent les Y., les D., et font la partie avec eux. Ils sont nourris par le ravitaillement américain. Ils sont inquiets surtout de n'avoir point de nouvelles de nous. De Paris j'ai été expédié à Châlons où j'ai passé 2 jours; puis je suis revenu à Paris où nouveau séjour ; puis voyage à Compiègne, à Verberie et à Saintines. Je n'ai jamais tant voyagé. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse.

Dr Paul

 

16 Avril 1917

 

C'est toujours de Saintines que je t'écris, mon cher Joseph. Je commence commence à me faire à l'idée que je ne suis plus médecin de bataillon. Ca n'a pas été sans peine. Notre hôpital est installé médiocrement ; je ne sais s'il vivra longtemps. Il occupe quelques locaux, d'une fabrique d'allumettes qui marche plus fort que jamais. Aussi l'ingénieur directeur réclame ces locaux comme absolument nécessaires à sa fabrique. Nous de notre côté, nous nous sommes plaints des fumées de la fabrique qui empoisonnent nos salles de malades et salissent tout. De plus nous n'avons touché qu'une petite partie du matériel dont a besoin l'hôpital : nous n'avons point de voitures, point de chevaux pour le ravitaillement des malades et blessés, du détachement des infirmiers. On fonctionne comme on peut, c'est à dire avec peine. Heureusement qu'il y a peu de malades et de blessés, une quarantaine en tout, la plupart en bonne voie de guérison. Pour soigner cette quarantaine, nous avons soixante infirmiers et une équipe de neuf infirmières ! Il est vrai que l'hopital comprend 350 lits.

J'ai loué une chambre au presbytère : chambre assez grande, à deux fenêtres, mais peu confortable. Notre popote est également au presbytère que nous avons ainsi presque complètement accaparé. Le Curé est mobilisé depuis le début de la campagne et c'est le bedaud qui garde sa maison. Nous avons eu beaucoup de peine à mettre cette popote sur pied. Comme nous sommes à l'intérieur, nous devons vivre à nos frais et tout est d'une cherté incroyable. De plus il est très difficile de se ravitailler ici : le pays comprend environ 500 habitants. Je ne sais si nous en tirerons avec 180 à 2OO par mois et par tête. Et nous n'avons pas les indemnités de front. Je ne pourrai plus envoyer d'argent à Maman dans ces conditions car j'aurai même besoin de ma délégation de solde. Je ne plains pas pourtant car je vois trop bien mon changement de sort. Et toi, que deviens-tu ? Es-tu complètement habitué à ton nouveau genre de vie ?

As-tu de bons camarades ? Avez-vous fait de la relève et du transport de blessés ? Je souhaite que tu t'accommodes bien des multiples incommodités que tu trouves sur ta route. Je les connais bien et ma foi je sais qu'on s'y fait petit à petit.

Qu'advient-il des memento ? Je pense que le texte est arrêté définitivement et que Jacquin a les images. Ce sera un bon souvenir du cher Maurice.

Maman a la photographie de Maurice agrandi par Jacquin et encadrée. Elle ne me dit pas s'il est bien ressemblant.

Maubeuge sera- t'il dégagé bientôt ? Pourvu que les boches ne continuent pas leurs ravages en se retirant !

A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse.

Dr P B.

 

Le 25 avril 1917 (à Joseph)

 

J'ai reçu ta lettre ainsi que le memento 3e épreuve. C'est une question qui n'en finit plus. Je m'en inquiète dès à présent et je vais tâcher de la résoudre à la satisfaction de tous. J'ai demandé une 4e épreuve avec les diverses modifications dont tu me parles : j'espère que celle-la sera la bonne.

Nous voici bien installés à Saintines. Notre popote au presbytère où j'ai ma chambre. Le pays est beau surtout parce qu'à proximité de la forêt de Compiègne. Malheureusement nous n'avons pas eu beaucoup de soleil jusqu'à présent. Peu de malades et de blessés dans notre hopital ; mais il doit  en venir bientôt. Aujourd'hui est venu le médecin-chef du Centre hospitalier de Compiègne. Il nous a annoncé plusieurs arrivées de blessés.

Que deviens-tu ? Es-tu près de la fournaise. J'imagine que tu te trouves à coté de Bétheny. As-tu bonne idée de notre offensive ? Bon courage. Je t'embrasse de tout coeur.

Dr Paul

 

 

prochaines lettres vers le 20 janvier 2011

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Published by thiaumont
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