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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 18:56

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médaille de Verdun obtenu pour Maurice 93 ans

après sa mort

 

Depuis le temps que Maurice frolait les balles et les éclats d'obus à Verdun, il était à craindre, malgré l'aide de Dieu souvent invoqué, que l'un d'entre eux finissent par l'atteindre. C'est ce qui arriva lors d'une nouvelle offensive devant la redoute de Thiaumont le 29 aout 1916 à l'âge de 23 ans après 2 ans de sacrifices interrompus seulement par une prmeière blessure au pied en novembre 1914.

Quel dommage que la transfusion sanguine n'était pas encore au point : Maurice aurait certainement survécu, d'après le récit des évènements fait par son cher abbé Gouranton.

Ses descendants ont pu obtenir, maigre consolation, la médaille de la ville de Verdun 93 ans après sa mort car il avait été oublié. Paix à son âme !

Thiaumont (vous comprenez maintenant, chers lecteurs, le choix de ce pseudo)

 

 

 

 

 

 

 

Ce 23 aout 1916

 

Mon cher Maurice

 

Je suis très content de la carte que tu viens de m'envoyer . Tu me disais en effet dernièrement que tu remontais en ligne comme tu le penses j'étais inquiet et je te remercie de m'avoir rassuré aussitôt. J'espère que tu as déjà aussi rassuré Maman. Je crois qu'il faut avoir une grande confiance en Dieu. Il a su si bien jusqu'ici te préserver et te tirer d'affaire. Je n'ai toujours rien de Paul. Maman est intervenue directement au sujet de sa relève. Peut-être qu'il aboutira non pas à être renvoyé à l'arrière  ce qu'il ne désire pas d'ailleurs, mais a être affecté à quelque formation sanitaire du front. Son régiment est en ce moment de garde d'honneur au grand quartier général. Albert N. m'a écrit un mot de Liverpool où il est en ce moment toujours attaché à la commission internationale de Londres. Sa mère me disait qu'il avait été un  moment en conflit avec l'amirauté. Ce n'est pas précisément peu de chose. J'ai eu des nouvelles de l'abbé R. qui était tout heureux d'avoir un mot de toi. Il me dit : rien de nouveau, la mentalité est inchangée malgré la guerre. J'ai aussi des nouvelles de C. qui me dit que tout va bien mais qu'il n'y  a que le moral qui cloche. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur et te souhaite une bonne santé avec le secours de Dieu

Joseph

 

Le 30 août 1916

 

Monsieur l'abbé

 

Votre frère Maurice  a été blessé hier soir vers les 6h en montant à l'assaut d'un tranchée ennemie : éclats d'obus à la jambe droite et au bras gauche ; pas de fracture. J'espère que le cher ami, je l'aimais beaucoup, se tirera d'affaires. Si possible je ferai en sorte de trouver son ambulance et d'aller le voir, dans ce cas je vous préviendrais.

Priez bien pour nous, bien exposés.

Sentiments bien dévoués

P Gouranton

aumônier 48e

 

Le 1er septembre 1916

 

Monsieur l'abbé

 

J'ai une triste nouvelle à vous annoncer. Votre frère Maurice B. est mort avant hier à l'ambulance de Fontaine-Routhon (ambulance 19/20 SP80) près de Souhesmes à 7 ou 8 km de Verdun. Blessé la veille, je l'avais pansé moi-même. De éclats d'obus lui avaient traversé les jambes, le bras, abîmé une main.

Il dut perdre beaucoup de sang, et il s'éteignit tout doucement jeudi vers les 11h du matin sans que personne s'en aperçoive dans la salle.

Sorti des tranchées le matin même, je courus à l'ambulance, j'y arrivai à midi ½; J'ai pu dire une prière près de son corps. Il est dans un cercueil et une tombe à part. J'ai recommandé de lui mettre un petit encadrement.

Ce matin j'ai célébré une messe devant les sous officiers de la Cie pour le repos de son âme. Je le regrette bien, il était un de mes amis et un de mes meilleurs chrétiens. Je lui ai donné l'absolution au poste de secours de 1ere ligne. Une prière pour nous le 48e.

Croyez, monsieur l'abbé à mes sentiments dévoués.

P Gouranton

aumonier 48e RI 3e bataillon SP74

 

 

prochaines lettres vers le 22 septembre (avec un récit plus précis de ses dernières heures)...

 

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Published by thiaumont
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