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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 20:54

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Poilus martiniquais...1876 sont morts pour la France pendant la Grande Guerre sur un peu plus de 8000 mobilisés.

 

Voici un sérieux répit dans la fournaise de Verdun. Bien qu'ayant échappé de trés peu à la mort, Maurice s'ennuie ferme au dépôt divisionnaire où son régiment se refait une santé. C'est l'occasion de faire connaissance avec les nouvelles recrues martiniquaises...et de rêver àla fin de la guerre.

Thiaumont

 

Le 22 juillet

 

Chère maman,

 

Je ne t'écris que quelques mots pour te dire que je suis toujours en bonne santé et au dépôt divisionnaire. Nos Martiniquais sont partis en renfort et il n'en reste que quelques uns par ici et tous les hommes qui reviennent des formations sanitaires. Le temps se remet complètement au beau cette fois-ci, aussi je vais beaucoup mieux et ma diarrhée est passée. J'ai reçu ton petit colis merci ; je l'essayerai quand ça me reprendra. A bientôt. Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

Le 25 juillet

 

Bien chère maman

 

As-tu reçu mes cartes ? Je suis toujours au dépôt divisionnaire où il n'y a rien de nouveau. Le temps passe tout doucement, en attendant les évènements et la paix ; quand donc pourrons-nous nous réunir ?

Le temps s'est mis cette fois au beau pour tout de bon, ce n'était vraiment pas trop tôt, car on en avait assez de la pluie, de la boue et du froid.

J'ai reçu des nouvelles de Paul et Joseph ils vont toujours bien ; Mrs G. et R. m'ont écris aussi d'aimables lettres. Toujours rien de Maubeuge, espérons qu'on en aura bientôt. Que pense-t'on de l'offensive de la Somme ; il me semble que c'est lent. On parle beaucoup de changer de secteur. Serait-ce vrai ? Allons à bientôt de tes bonnes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur.

Ton Maurice

 

Le 26 juillet

 

Bien cher Joseph

 

alors comment vas-tu ? Et quoi de neuf à B depuis ton retour de permission ? Ici ça va toujours bien ; je suis toujours au dépôt divisionnaire où la vie est monotone et parfois ennuyeuse on est tout au moins à l'abri. Nous avons déjà envoyé un assez grand renfort ; tous nos martiniquais sont partis. Je me suis à peu prés complètement remis de  mes fatigues, de mes insomnies et de ma diarrhée ; malheureusement j'attrape mal aux dents ; il est vrai que je vais employer le moyen radical qui est l'extraction. J'ai de bonnes nouvelles de maman et de Paul. J'ai reçu des lettres de Messieurs G. et R.; j'ai écrit à Mme M., je l'avais totalement oubliée.

Aujourd’hui nous avons eu prise d'armes pour une remise de décoration par le général commandant le corps de  Th. M.H.. Nous avons ensuite assisté à de très interessants vols d'avions. Un chasse  taubes (?) en particulier faisait le looping de loop, faisait des descentes vertigineuses en feuille-morte ou en spirale et cela très aisément.

Il n'y a pas beaucoup de distractions par ici. Heureusement qu'on va changer...probablement de région ??.. ce ne serait vraiment pas trop tôt quoique peut-être on ne gagnera pas au change. Tu ne me vois pas rentrer à Maubeuge en vainqueur, quelle joie alors ; cela pourra t'il jamais se réaliser ; c'est tout de même long. Les Allemands ont le temps de s'organiser à l'arrière. Ah! Si les Russes pouvaient envahir la Hongrie et faire capituler ce vieux fou, ça pourrait avancer  singulièrement les affaires ; on dit déjà que des puissantes pointes de cosaques ont pénétré sur le sol hongrois. Espérons en Dieu et qu'il agrée nos suppliques incessantes pour faire cesser ce terrible fléau et nous donner la victoire.

Allons j'espère ; a bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse mille fois de tout coeur.

Maurice

 

Le 29 juillet

 

Bien chère maman,

 

Je vais toujours bien et me refais complètement. D'ailleurs je suis chef popotier aussi je soigne particulièrement la cuisine ; il faut profiter du bon moment qu'on a pour vivre royalement. Nous sommes dans un pays où l'on trouve tout ce qu'on veut au point de vue boissons et mangeaille (légumes, viandes, pains,(?), bière). La population est très accueillante, aussi j'ai pu trouver un bon lit. Le prix des objets n'est pas très haut. Enfin ça y est on quitte le secteur destination inconnue..Je n'en dis pas plus, m...Je vois bien que tu ne sais rien  sur Paul ni moi non plus. Ecris moi bientôt. Tout va bien ici, c'est un Paris comparé à nos anciens cantonnements. La curiosité du pays ce sont les femmes en pantalon (cuisinières). Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

prochaines lettres vers le 7 août

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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 15:23

Après les dangers extrêmes de ce dernier mois passé à Verdun, Paul et Maurice sont pour quelques jours à l'abri et reprenne goût à l'écriture. Joseph, le vicaire infirmier est toujours dans l'ambulance de Bruyères dans les Vosges et leur mère dans le Sud, à Moras. La lettre de Paul à Mme Y, pour la remercier d'être intervenu pour éclaircir la question de la relève des médecins du front ne manque pas de saveur. A vous d'en juger...

Thiaumont

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ossuaire de Verdun

 

 

Le 12 juillet 16 (lettre adressée à Mme Y., écrite par Paul)

 

Madame,

 

Ma mère m'a tenu au courant des démarches que vous avez bien voulu faire, en vue d'obtenir quelque clarté dans une question jusqu'ici fort obscure, la Relève des médecins des corps de troupe. Je sais que votre intervention n'aura pas été inutile et je tiens à vous  en remercier profondément. Si l'on savait en haut lieu comment certaines circulaires sont interprétées où l'on pouvait écouter de temps à autre les petits, les obscurs, les sans gloire, il y aurait (?) et profit certain. Mais en de pareils temps où l'héroïsme est permanent, où la vie quotidienne est tissée de faits sublimes, il semble mauvais de récriminer et les  bouches amères  parfois sont closes. C'est un petit sacrifice de plus dans l'immensité des sacrifiés, et l'on aurait presque honte de se plaindre. Si l'on peut cependant sans compromettre le calme de l'atmosphère où baigne le pays, sans arrêter un seul rouage de l'immense machine en mouvement, faire régner un peu plus de justice et la faire mieux respecter, c'est faire oeuvre pie. C'est ce que vous avez essayé de faire, Madame, en demandant une goutte d'huile pour la machine prête à grincer.

Il faut maintenant que je vous dise ce que je pense être le résultat de votre intervention. Le 5 juillet est venu du sous secrétariat du service de santé, un état lequel doivent être inscrits les médecins ayant plus de 6 mois de front. A cet état, les médecins qui désiraient être reclassés, devaient joindre une demande d'inscription au tableau de relève. J'ai donc fait une demande et je me suis fait inscrire sur l'état demandé. Ces pièces doivent arriver au sous-secrétariat le 15 juillet au plus tard.

Là il sera établi une liste de relève probablement par corps d'armée, liste basée sur le nombre de points qu'a chaque médecin. Je pense être dans les bons premiers quoique l'on mette sur le même pied que les médecins de corps de troupes, les seuls réellement exposés, les médecins d'ambulance et de formations sanitaires du front, mais d'un front tel que j'y resterai toute la durée de la guerre sans trop me plaindre, celle-ci durera-t'elle autant que le siège de Troie. Je crois donc que l'affaire est en bonne voie et j'ai presque envie d'ores et déjà de vous faire arrêter oui Madame, pour exercice illégal de la médecine, puisque sans diplôme vous avez contribué à guérir une petite boiterie de dame Justice, qui, dit-on serait aussi aveugle, la preuve. Et je vous prie, Mme, d'agréer mes respectueux hommages

 

 

 

Le 13 juillet 1916

 

Mon cher Joseph,

 

J'attends impatiemment de nouveaux détails sur ta permission qui a du être une tournée triomphale. As-tu poussé jusqu'à Tain et Valence ? Ce pauvre Valence, voilà plus de 2 ans que je n'y suis pas retourné. Et dire qu'il fut un temps ou c'était ma résidence habituelle. Je crois qu'on y construit un petit séminaire, mais je n'en ai point de nouvelles et jamais il n'en est question dans la Semaine religieuse. Toutes les brochures que tu m'envoies, je les expédie à Maurice : ça l'amuse soit au repos soit pendant son séjour aux tranchées. Maurice m'a écrit une carte du 7 ; il revenait du Mort-homme où son régiment a un secteur. Jusqu'à présent il se tire de toutes ces mauvaise passes sans une égratignure : c'est merveilleux. Le voici passé à présent au dépôt divisionnaire : c'est un dépôt chargé de combler les vides en hommes de la division dont il fait partie. J'espère que Maurice y restera quelques temps : ça lui donnera quelque répit.

Comment as-tu trouvé ton curé, le chanoine M. : est-il tout à fait remis ? Est-ce qu'il t'a dit si l'Aumonier des Soeurs de St Marcellin lui avait parlé de moi. J'ai écrit 2 fois à cet aumonier pour avoir des tuyaux sur un poste médical dans ce pays. Est-ce que ton petit travail sur la famille B. est terminé. Tu pourrais en tout cas le compléter à Bruyères car je pense que tu as des loisirs. Ce serait une bonne idée, car ce travail sera intéressant pour nous. On pourra le faire taper à la machine en plusieurs exemplaires et plus tard on le fera tirer sur papier du Japon. J'en réclame un exemplaire naturellement.

Tu sais que Madame Y. s'est offerte pour jeter quelque clarté sur la Relève des médecins des corps de troupes; Elle est arrivée à un résultat. On vient de faire demander une liste des médecins ayant plus de 6 mois de front et demandant à être relevés. Je me suis fait inscrire sur la liste et j'attends patiemment les évènements.

A bientôt de longues nouvelles. Je t'embrasse bien fort.

Dr Paul B.

 

 

Le 15 juillet

 

Bien chère maman,

 

Suis toujours en parfaite santé et je me refais à vue d'oeil au dépôt divisionnaire. Loin de la ligne nous entendons cependant le canon fortement du coté de notre secteur, mais notre division est d'acier et les Boches sont bien reçus ; d'ailleurs ils reçoivent eux aussi pas mal.

Quand donc l'offensive de Nord libérera Papa et Yvonne du joug de ces maudits Boches, espérons que ce sera bientôt et qu'avant la fin de Septembre ils seront réunis à toi soit à Maubeuge soit à Moras. Espoir et courage, Dieu nous aidera. Ici nous prions beaucoup pour cela ; malheureusement nous n'avons plus notre excellent aumonier Mr Gouranton, car il est resté au bataillon. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur.

 Ton petit Maurice

 

Le 16 juillet

 

bien chère maman

 

Je viens de recevoir ta dernière lettre et je réponds aussitôt  pour te dire que je suis toujours au dépôt divisionnaire et que je suis complètement remis de ma diarrhée et de mes fatigues. Il faut dire que là nous avons pu nous organiser attendu que nous en avions le temps et les moyens. Nous sommes assez bien logés, on dort bien et nous faisons une excellente popote. Malheureusement le temps n'est pas fort beau, il est même très mauvais ; ainsi, nous n'avons guère eu que 3 jours de beau depuis que nous sommes ici ; il pleut à torrents, aussi avons nous beaucoup d'évacués surtout parmi les Martiniquais. Ce sont des noirs, mais ils sont citoyens français. Aussi sont-ils assez instruits : ils comprennent le français et sont dociles quoiqu'un peu indolents. Enfin on les mène bien ; malheureusement le temps les atteint et pas mal d'entre eux sont déjà évacués. Il faut dire aussi qu'ils sont déjà agés (de 26 à 36 ans).

Pour mon dépôt, il est à proximité du front et de là nous avons encore un écho des bombardements de V. bombardements qui, d'ailleurs ont diminué d'intensité et fréquence, probablement à cause de l'offensive du Nord.

J'ai reçu le colis-cigares, dont tu me parles, il m'a fait grand plaisir d'autant plus que j'ai pu en faire profiter mes camarades. Pour le moment je n'ai besoin de rien. Ne m'envoie plus de colis ; fais des provisions pour l'avenir, car je ne suis pas ici pour 6 mois comme au dépôt de Guéret. Je n'ai pas besoin d'argent non plus merci ; j'ai toujours à peu prés l'argent que m'avait envoyé Paul. Je te dirai que l'on ne dépense beaucoup que lorsqu'on est au repos pour peu de temps, alors là c'est la bombe ; d'ailleurs à quoi bon conserver de l'argent que les Boches pourraient nous barboter, c'est ce que l'on se dit.

Dans notre période de tranchées, nous n'avons pas eu les pertes que nous aurions dues avoir réellement ; il faut croire que nous sommes réellement protégés. Voilà un fait. Une compagnie devait attaquer à notre gauche, le lundi...le feu de barrage boche était tellement intense qu'elle ne sortit pas ; le lendemain un contre-ordre arrivé au dernier moment l'arrêtait au moment où elle s'apprêtait à charger (feu de barrage formidable). Enfin le troisième jour, c'est décidé, elle attaquera et elle attaqua. Résultat : 3 blessés légèrement ; chez les Boches 60 tués, 23 prisonniers et 3 mitrailleuses enlevées, c'était merveilleux.

La vie de dépôt est assez monotone, mais on est à l'abri et l'on ne se plaint pas. J'ai eu des nouvelles de Paul aujourd’hui, il pense aller vers le Nord. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur.

Ton petit Maurice

 

 

Prochaines lettres vers le 22 juillet...

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 22:02

Cette fois c'est la guerre totale, l'enfer...le ton change radicalement depuis un mois. A côté de ce que vivent à présent Paul et Maurice, les hécatombes de 14, l'Argonne, les Eparges paraissent presque aimables.

Tous les deux s'en sont tirés de peu...jusqu'à quand ?

Thiaumont

 

Le 2 juillet 1916

 

Mon cher Joseph

 

Quand tu recevras ma lettre, tu seras de retour de permission ; j'espère que tu l'auras passée dans de bonnes conditions et que tu auras du soleil dans le coeur pour longtemps. Je suis resté longtemps sans écrire, car je suis allé avec le Régiment dans l'enfer de V. Enfer est bien le mot et rien ne peut donner une idée approximative. Nous sommes restés en position les 19, 20, 21, 22 et 23 juin sous des bombardements atroces, avec 3 jours et 3 nuits de bataille acharnée. Chose admirable, le 67e n'a pas perdu un pouce de terrain ; les régiments placés à sa droite et à sa gauche ont du céder sous le choc. Le 67e menacé d'enveloppement a reçu l'ordre de se replier. Il a préféré tenir, résistant opiniâtrement à chaque attaque boche, contre attaquant sans cesse. Par six fois j'ai failli être fait prisonnier avec mes blessés et le Colonel ; j'étais à 200 mètres à peine des lignes : par 6 fois mon poste de secours s'est transformé en centre de résistance ; j'ai même commandé un moment les feux sur les Boches. Le 67e a sauvé ces jours la situation sur la rive droite. Les hommes crevaient de soif : à cause du bombardement invraisemblable pas moyen de ravitailler en eau. Aussi mes blessés et les soldats ont du boire leur urine pendant 2 jours. Le pays est méconnaissable ; des forêts superbes d'autrefois il ne reste rien. Partout une odeur effrayante de cadavre. Devant mon poste il y en avait plus de 20 déterrés, déchiquetés, réenterrés etc. En quittant le secteur j'ai été pris par les gaz. Maintenant je vais mieux; nous sommes au repos mais pas pour longtemps. Mon nouveau Commandant, le frère du général Gouraud est d'une piété admirable.

Je t'embrasse très fort

Paul

 

3 juillet 16

 

Bien chère maman

 

Nous voilà de nouveau descendus des tranchées où je t’assure nous en avons encore vu de dures. Enfin toujours sain et sauf. Suis vraiment protégé. Je t’écrirai plus longuement demain car le courrier va partir et je suis extrêmement las comme tu dois le penser. A bientôt nouvelle.

Je t’embrasse de tout cœur. Ai reçu ton dernier colis merci pour sucre et cigare

Maurice

 

7 juillet 1916

 

Bien cher Joseph,

 

Je suis en retard pour écrire, mais au M.H. on a y pense guère et on a peu le gout. Maintenant je suis au repos et en plus au dépôt divisionnaire pour longtemps peut-être ? pour y instruire des noirs et compléter l’instruction des hommes venant du dépôt. Je vais toujours bien malgré mon dernier séjour en ligne qui a été très dur, car nous avons été très bombardés. A bientôt nouvelles. Je t’embrasse de tout cœur. Je t’écrirai plus longuement et ta permission

Maurice

 

Le 7  juillet

 

Bien chère maman

 

Suis toujours en bonne santé. Je suis au repos et peut être pour un bon moment, car je suis avec les cadres de la Cie en dépôt divisionnaire. C'est pour ainsi dire un dépôt intermédiaire. Nous allons recevoir des noirs demain, noirs que nous devons instruire ; ils serviront à combler les vides des régiments. Je viens de tirer 7 jours de 1ere ligne à quelques mètres du M.H., tous les jours bombardement fantastique; a bientôt nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur. Ai nouvelles de Paul

Maurice

 

 

prochaines lettres vers le 12 juillet...

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 21:08

le Mort-Homme, toujours le Mort-Homme. Pour ceux qui ne le connaissent pas , je cite quelque ligne de ce livre indispensable  "j'étais médecin dans les tranchées" écris récemment  par la petite fille de Louis Maufrais, alter ego de Paul, un des 3 frères qui a également passé de longues années à donner les premiers soins dans les tranchées : "ce nom désignait une colline tronquée dont le sommet n'avait pas un kilomètre large pour une altitude de 295 mètres. .....c'était un magnifique promontoire, plongeant sur toutes les positions de la rive droite...Ce qui expliquait les combats acharnés dont il était l'objet. Nous l'avions déjà perdu, repris, et reperdu".

Quelques pages plus loin : "il y a de quoi devenir fou. Ce n'est pas que nous gesticulons, au contraire. Nous avons les nerfs cassés, comme des pantins. Cela fait six heures consécutives que nous sommes soumis aux chocs, aux gaz de combat et aux vibrations continues. Tous, nous avons tous tournés de l'oeil."

Et quelques lignes plus loin, cette scène incroyable, une fois le bombardement terminé : "Alors nous sortons le haut du corps, à plat ventre...nous voyons quelque chose d'extraordinaire...des gars qui cherchent on ne sait quoi, l'air hagard. Il y en a qui titubent. Un peu plus loin qu'est ce que je vois ? Des Allemands. Je dis à Cousin :

-ça y est mon vieux, nous sommes prisonniers.

-Oh, me répond-il, ce n'est pas possible, les Allemands n'ont pas d'armes.

Eh bien oui. Aucun d'eux n'est équipé, pas plus les Allemands que les Français. Les hommes se croisent, ils ne se parlent pas. Tous ils sont brisés, Plus bons à rien. Dégoutés de tout. De la guerre en particulier. Les Allemands comme les Français, ils sont à chercher quelque chose, des blessés, des morts, ou rien".

 

Dans les lettres qui suivent, Maurice se rapproche du Mort-Homme où il a subi un calvaire identique quelques jours auparavant, un mois après ce qui est décrit par Louis Maufrais ci-dessus.

Thiaumont

 

 

Le 24-6-16

Suis toujours en bonne santé.  Nous sommes toujours au repos. Mais nous allons remonter bientôt en ligne, demain Dimanche peut-être.

En tout cas on retourne voir ce beau pays. Quand va donc se déclencher l'offensive anglaise ? Il faudrait que ce soit bientôt pour soulager un peu le secteur.

Ai de bonnes nouvelles de Paul et de Joseph. Quoi de neuf à Moras ?

Par ici c'est la vie monotone du petit cantonnement de village.

Malgré cela il passe des quantités de troupes et de canons ; c'est un va et vient perpétuel. Nos saluts du soir sont toujours beaux, beaucoup de monde, le colonel en tête. Mous avons été protégés jusque là, grâce à la foi de tous, nous le serons encore; A bientôt nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur

Maurice

 

Le 25 juin 16

 

Bien chère maman,

 

Sur le point de remonter en ligne, je t'écris ces quelques mots à la hâte. Suis toujours en excellente santé ; au repos je me suis refait un peu car j'en avais besoin. J'espère bien que c'est la dernière fois qu'on remonte ici. Ne t'inquiète pas si tu ne reçois rien de mi d'ici quelques temps ; ici c'est guère possible d'écrire. A bientôt nouvelles.  Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

 

 

26 juin 1916

 

Bien cher Joseph

 

Je deviens paresseux , il est vrai que mon dernier séjour en 1ère ligne au M.H.  m’a tellement déprimé que j’ai été malade quelques jours et que j’en suis sorti bien affaibli. Aujourd’hui de nouveau nous remontons en ligne et du même côté où il n’y fait pas très bon actuellement ; c’est pire que quand nous y étions ! Comment va t’on en sortir si on en sort mais j’ai bon espoir et d’ailleurs je suis prêt. Je ne pourrai écrire pendant ce temps-là, aussi ne vous inquiétez pas. J’ai de bonnes nouvelles de tout le monde. Quand verrons nous la fin de tout cela, des débuts de juin si pleins de promesses s’achèveront-ils comme on l’espère ? Je prie Dieu pour cela. A bientôt de tes nouvelles. Je t’embrasse de tout cœur.

Maurice

 

 

27 juin 1916    Abri de 155 c.

 

Bien chère maman

 

Nous voilà en lignes à quelques mètres du fameux M.H. Je profite d’un abri à peu près solide et confortable pour t’adresser un mot. T’arrivera t’il car ce sont les hommes de la corvée de soupe qui emportent le courrier. ils font 2 kilomètres pour aller la chercher et je t’assure il faut faire vite, car les obus de tout calibre n’arrêtent pas de tomber sur les passages et cheminements. les boyaux sont tous à moitié démolis, chaque nuit il faut les remettre en état. tout autour de nous c’est un spectacle de désolation : en particulier derrière nous il y a une colline où on ne saurait mettre le pied sans tomber dans un trou d’obus… et le M.H. il est tout retourné. Enfin nous avons bon espoir et attendons avec patience la victoire et la paix. A bientôt nouvelles. Je t’embrasse de tout cœur. ai reçu ton dernier colis merci

Maurice

Conserve cette carte car elle vient du M.H. Directo

 

 

prochaines lettres vers le 2 juillet avec un récit incroyable de Paul à Verdun

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 20:41

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A Verdun, les vivants et les morts...

 

Maurice a vécu quatre jours terribles au Mort-Homme à Verdun, mais a eu la chance de s'en tirer. Il est question que Paul, son frère médecin, vienne aussi avec son régiment (le 67e RI) à Verdun. Maurice tente dans ses quelques lettres de rassurer sa mère, que l'on devine trés angoissée par les lettres précédentes. Qu'il parait loin le temps où il bachotait à Lille et pourtant ce n'était que 3 ans auparavant...

Thiaumont

 

Le 11 juin 16

Mort Homme

 

Bien chère maman

 

suis toujours en bonne santé, plein de vie et d'espérances. Le mois de Juin s'annonce bien ; victoire navale, victoire russe, espérons encore mieux. J'ai reçu ton excellent colis et je suis presque honteux de te dire que le saucisson est presque fini ; je ne peux fouiller dans ma musette sans me couper une bonne tranche ; ils sont exquis, c'était une bonne affaire. Paul m'a écrit également, il m'a envoyé un mandat et un colis me dit que peut-être il me verrait par ici. Ma foi il vaudrait mieux qu'il ne vienne pas ; par ici, il fait trop chaud. D'ailleurs notre séjour fini on partira ailleurs ; car ici les unités fondent. A bientôt je t'embrasse de tout coeur

Maurice

Ne t'inquiète pas ; on y est passé et revenu pour de bon.

 

Le 13 juin

 

Bien chère maman

 

Suis toujours en bonne santé. Rien de bien neuf par ici. Nous remontons en ligne, mais dans un coin moins exposé que la dernière fois. Sois sans crainte, j'ai bon espoir ; tout marche bien. Quoi de neuf à Moras ? Remercie bien Monsieur le curé de son bulletin ; J'ai eu une lettre de Mme J. (?). a bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur.

Ton Maurice

 

 

 

Le 18 juin

 

Bien chère Maman,

 

Suis toujours en vie et ma foi ça se tire. je pense qu’on sera relevé demain soir, ce ne serait pas trop tôt; Nous sommes tranquilles à la condition de n’être pas vus ; aussi il faut rester terrés dans son trou et n’en plus bouger de la journée ou sinon…

Les artilleurs tirent toujours terriblement mais comme nous ne sommes pas repérés, ce n’est pas sur nous qu’on tire ; Rien à craindre car on prend toutes les précautions possibles pour éviter d’être vus.

Excuse mon écriture, car je suis mal placé et un peu malade, j’ai des coliques ; heureusement que le repos va arriver , je pourrai me refaire et j’en ai bien besoin. Les jours sont long dans ces coins-là ; figure toi qu’on doit rester couché ou assis depuis 3 heures du matin jusqu’à 9 heures du soir, soit 18 heures. Enfin, à bientôt nouvelles. Ai reçu aux tranchées ton succulent colis, merci pour le sucre. Je t’embrasse de tout cœur

Maurice

 

Prochaines lettres vers le 24 juin...

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 14:48

 

Verdun Mort homme(83)

Le Mort-Homme en fleur (été 2009) ;

qui pourrait imaginer les combats inhumains de 1916 ?

 

 

Maurice, sergent de 23 ans au 48e RI en a vu de dures depuis le début de cette guerre, en 14 pendant la retraite puis en Argonne en 1915. Mais à Verdun, c'est pire que tout. D'habitude trés pudique, dans ces lettres à sa mère (qui héberge un petit garçon, Eddy) et à son frère Joseph mobilisé dans les Vosges, il se lâche, ayant encore la tremblotte de ces 4 jours passés en première ligne, probablement au Mort-Homme.

Thiaumont

 

Le 1er Juin

 

Bien chère maman

 

 

 

Je vais toujours bien. Je monte en ligne ce soir, secteur peu intéressant, enfin. J'ai écrit quelques mots à Joseph. J'ai bien reçu le colis de Mme M., j'ai gardé la petite écharpe ; j'ai reçu également ton colis saucisson et sardines, ça me fait grand plaisir puisqu'on va en ligne, merci. Un de nos bataillons a repris un village y faisant environ 250 prisonniers. Tu verras le journal. Allons adieu et soit patiente de mes nouvelles quelques temps car il ne me sera pas possible d'écrire : je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

Le 6 juin

 

Bien chère maman,

 

J'ai bien reçu tes 2 lettres (avec 10 fr) et le colis dont je te remercie beaucoup. J'attends avec impatience le second. Nous voilà revenus de la première ligne où je pense nous ne retournerons plus car c'est terrible ici ; j'ai vécu là 4 jours affreux. Nous sommes comme en rase campagne, sans abris et le canon tonne tout le long du jour et de la nuit. Les 150 et 210 venaient tomber sur nous et la canonnade atteint parfois un degré extrême, c'est incroyable. Les pertes sont élevées aussi. Dieu m'a protégé ces jours-ci. Enfin. Espérons que nous partirons d'ici le plus tôt possible, n'importe où qu'on qu'aille. J'ai de bonnes nouvelles de Paul et de Joseph. Quoi de nouveau à Moras. Et Eddy, il a du faire sa Confirmation. Comment cela s'est-il passé. Mr le curé en a t'il été content ?

Je ne vois plus rien de neuf à te dire. En attendant bientôt de tes bonnes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur.

Ton Maurice

 

 

 

 

 

 

Le 6 juin

 

Bien cher Joseph

Me voilà heureusement revenu d’un terrible séjour de 4 jours aux premières lignes. C’est horrible , pas d’abris et bombardement terrible et continu des lignes jour et nuit. On ne peut bouger du petit trou où l’on est, on ne peut rien faire pas même ses besoins. Oh quelles terribles journées, je n’en jamais passé de pareilles. A chaque instant on se dit « cette fois, c’est pour moi » : tu vois d’ici… Enfin Dieu m’a préservé cette fois encore. Merci , car j’ai prié beaucoup ces jours là. Je pense bien que nous n’y retournerons plus ; il fallait voir la mine que nous avions tous en revenant de l’enfer, c’était misérable. enfin espérons. Comment vas-tu ? J’y ai perdu 3 de mes camarades . hélas.

Quoi de neuf là-haut. j’ai de bonnes nouvelles de maman et de Paul qui a fait un excellent séjour soit à Moras, soit à Renage. Pour le moment nous sommes au repos un peu à l’arrière dans un village bombardé journellement, c’est de la veine. Allons bonne chance et prie bien pour moi. Toutes mes amitiés à la famille N.. Ton frère qui t’aime et pense souvent à toi

Maurice

excuse l’écriture , j’en ai encore la tremblote de ces mauvais jours.

 

prochaines lettres vers le 11 juin...

 

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 20:09

 

Verdun-mort-homme--87-.JPG 

près de Verdun, le Mort-Homme, qui a été un des secteurs les plus inhumains de la bataille.

 

Maurice, toujours Sergent au 127e de ligne, a eu enfin une courte permission qui lui a permis de retrouver sà mère à Moras, mais apparemment aucun autre membre de la famille. Après un nouveau  répit, son bataillon fait connaissance pour de bon avec l'enfer de Verdun...

Thiaumont

 

 

Le 16 Mai

bien chère maman

 

Suis arrivé à bon port ; le régiment est toujours au repos, cela me sera une transition. J'ai vu Mme C. dont m'avait parlé Mr S. (?).  j'ai été bien reçu. Paul sera sans doute arrivé, c'est dommage qu'il ne soit pas arrivé plus tôt. Nous sommes là pour quelque temps encore. Je t'écrirai plus longuement un de ces jours. Je t'embrasse de tout coeur ainsi que Paul

Maurice

 

Le 21 Mai

Mon cher Joseph

 

Me voilà de retour, sans avoir pu rencontrer Paul, ce qui est malheureux. Enfin me voilà de retour et nous sommes toujours au repos. Mon voyage s'est bien effectué. Rien de neuf tout va bien. Que se passe t'il à B ? Je m'arrête car le courrier va partir. Je t'embrasse de tout coeur. Mille bonnes choses à la famille N.. Ton frère qui t'aime

Maurice

 

Le 28

Bien cher Joseph

 

Tu vas dire que j'imite Paul ; c'est un peu vrai, car j'écris moins souvent ; mais bien qu'au repos, on est toujours pris. J'ai à m'occuper de toute une section ; et le travail ne manque pas. J'écris à maman à Paul et à toi en même temps ; je vais même écrire à papa. Quoi de nouveau à B ? Ma permission s'est bien passée, mais c'est court. Enfin espérons que le retour est proche. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur. Tous mes respects à la famille N.

Maurice

 

 

 

Le 1er juin

 

Bien cher Joseph

 

nous sommes de nouveau en tranchée dans un coin peu réjouissant (te rappelles-tu la fameuse Sibylle). Hier nous y sommes allés mais le peloton s’étant égaré nous n’avons pu gagner les premières lignes car pas de boyaux et le retard a fait que nous sommes arrivés au jour, d’où impossibilité de se montrer. Malgré cela un de nos bataillons a regagné le village y faisant 250 prisonniers 2 officiers et 5 mitrailleuses, c’est parfait.

La canonnade dure toute la journée et sur les 1ères lignes ce qui fait qu’elles n’existent plus, c’est la guerre en rase campagne et tu sais avec l’artillerie qu’il y a, c’est guère intéressant, aussi beaucoup de pertes. Je remonte ce soir avec le peloton gagner ces lignes, que m’adviendra-t-il ?  Je ne pourrai écrire car le service du vaguemestre est périlleux. Aussi dis à Maman de patienter. Adieu et bientôt de tes nouvelles. Je t’embrasse de tout cœur.

Ton Maurice

 

prochaines lettres vers le 1er juin

 

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 14:55

Verdun-fort-de-Vaux--72-.JPG

Fort de Vaux

 

un lien utile : www.verdun-meuse.fr, archives et actualités sur les sites de la Grande Guerre

 

 

 

 

 

Maurice est engagé dans la fournaise de Verdun, Paul est probablement en Champagne, tandis que Joseph, le Vicaire infirmier reste dans son hopital de campagne dans les Vosges. Les permissions ont été suspendues, au grand désespoir de Maurice qui n'en a pas eu depuis un an, puis rétablies. Il peut enfin aller embrasser sa mère à Moras dans le Sud...

Thiaumont

 

Le 2 Mai

 

Bien chère maman,

 

Suis toujours en bonne santé et au repos à l'arrière. Malheureusement les permissions sont encore suspendues quelques jours, je t'assure que je la prendrai aussitôt qu'on me la donnera, je ne renverrai pas plus tard, car ici il faut prendre quand ça vient (1 jour de retard et ??!!). Le temps est superbe. J'ai reçu tes 2 colis qui m'ont fait un immense plaisir. A bientôt. Je t'embrasse

Maurice

 

 

Le 3 Mai

 

Bien chère maman,

 

Suis toujours en bonne santé. Rien de bien neuf ; le temps est superbe et notre repos sera merveilleux. Un beau petit village où l'on respire le bon air la paix et la tranquillité en attendant d'aller voir Moras : j'ai tout de même bon espoir d'y aller. Je pense que cette fois on va nous adjoindre la classe 16 ; nous allons bientot voir ces jeunes gaillards dont l'entrainement est parait-il parfait. Ici je suis chef popotier ; c'est moi qui fait la popote des sous-of de la Cie; ces hautes charges sont assez dures, car il faut se débrouiller pour trouver tout. Aujourd'hui nous mangeons du poisson. Adieu et à bientôt le plaisir de t'embrasser.    

Maurice

 

 

 

 

8 mai 1916

 

Bien cher Joseph

 

Enfin j’ai réussi à obtenir ma permission et je n’ai pas essayé de la retarder de peur qu’elles ne soient encore suspendues. je suis arrivé à Moras dimanche matin ; maman se préparait à aller à la messe, car elle ne m’attendait pas du tout ; tu vois d’ici la surprise. Enfin le temps est beau et ma permission sera très agréable. Allons à bientôt de tes nouvelles. Tous mes respects à Mr et Mme N.. Nous t’embrassons tous deux de tout  cœur.

Maurice

 

Prochaines lettres vers le 16 mai...

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 21:08

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Maurice en 1915

 

 

 

 

Maurice, à Verdun ou trés proche de Verdun, repart vers l'arrière. Il reçoit une lettre de son frère Paul, médecin, semble t'il au front en Champagne et en écrit à son frère joseph, Vicaire ainsi qu'à sa mère restée dans le sud à Moras. Leur père et leur soeur sont bien sûr toujours bloqués à Maubeuge en secteur allemand. De nouveau, on reparle de permissions...

Thiaumont

 

Ce 20 avril 1916

 

Mon cher Maurice,

 

Je sors enfin d'une crise de silence épistolaire due pour une bonne part aux difficultés de notre vie. Non que ça chauffe fort par ici : il y a très peu de tués et de blessés, mais on est souvent mal installé. Et pour écrire, il me faut un certain confort. Me voici ce soir dans un poste de secours à moitié confortable quoique peu enterré, et j'en profite. Je t'annonce que depuis hier les permissions sont rétablies pour nous. Aussi je compte aller à Moras aux alentours du 20 mai c-à-d- dans un petit mois. Ça me fera bien plaisir, car le pays où nous sommes depuis cinq mois n'est pas intéressant. Il est d'un plat et d'un sec. Ca me dérouillera la vue de voir autre chose que de la craie et du sable.

Et pour vous, les permissions ? Ca m'étonnerait qu'elles aient été rétablies. Cette histoire de Verdun n'est pas finie et les Allemands sont crampons comme des teignes. Quel effroyable concert tu dois entendre ! Comment peut-on tenir le coup sous de pareils ouragans. Les Boches ont l'air tout à fait en panne. Ah! Quand aura t'on la peau du dernier boche !

Maman m'écrit que Paul Z. le frère d'Emmanuel est mort. On ne meurt pas que sur le front. Elle me dit aussi qu'elle a reçu de bonne nouvelles  de Maubeuge par la tante Cécile. Pourvu que nos Maubeugeois soient bientôt délivrés.

J'espère que tu reçois les petits paquets que je t'envoie. Je t'en ai expédié un il y a six jours environ : tu l'as peut-être déjà reçu. J'ai reçu une carte de David : il y a bien longtemps que je ne savais plus ce qu'il devenait. Il est toujours dans le génie et ne se plaint pas. Maman a touché les 400 F pour le cantonnement de ses zouaves. J'espère que ça la dédommagera un peu du pillage de la fameuse cave à Rincis. Avez-vous des aumôniers pour les Pâques des soldats ?

Allons, bon courage. Je t'embrasse bien fort

Dr Paul B.

 

Ce jour de Pâques 1916, 23 Avril

 

Bien chère maman,

 

Je suis heureux de t'apprendre que j'ai passé une excellente fête de Pâques. Nous n'avons eu que 3 jours de repos, mais, bientôt nous aurons un repos plus long. Nous retournons dans les bois demain lundi ; là nous faisons des travaux de fortification, derrière la ligne. Le danger n'est pas pressant, on ne risque que des obus. Autre chose les permissions suivent leur cours et je ne suis pas loin de partir. Il part 3 hommes par Cie tous les 4 jours. Ce qui fait que peut-être le début de Mai me verra à Moras. Aujourd'hui j'ai fait mes Pâques et j'ai pu assister à la messe (il y a 2 mois ½ qu'on avait pu). J'ai bien prié pour toi et pour tous sans oublier papa et Yvonne; Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice.

 

Le 26-4-16

Bien chère maman,

 

Suis toujours en bonne santé et indemne. J'attends aujourd'hui le colis que tu m'as envoyé le 21. Tous les autres je les ai reçus en temps et lieux.

J'ai reçu enfin une lettre de Paul qui m'envoie sa photo. Il explique son retard par le manque d'abris confortables ; s'il ne fallait que ça pour me décourager, j'écrirai peu car il est bien rare de tomber sur des abris avec tables chaises etc. Après notre court repos de 3 jours, nous sommes repartis bivouaquer dans les bois sous la tente ; heureusement que le temps s'est changé et est devenu très beau. Voilà l'été, espérons. Le temps de ma permission approche, quel bonheur ; pourra t'elle concorder avec celle de Paul ? A bientôt le grand plaisir de nous voir ; Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

Bien cher Joseph

 

Rien de bien neuf depuis ma dernière lettre. Nous sommes toujours dans les bois sous la tente ; mais le temps a changé, le soleil a séché la boue et il fait beau. Nous avons réussi d'aller pour Pâques dans un village de l'arrière, où nous avons pu faire nos Pâques et assister à la messe. Voilà le moment où je vais prendre ma permission, puisque les permissions sont rétablies aussi chez nous. Pourra t'elle concorder avec celle de Paul ; ce serait d'autant mieux. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur. Tous mes hommages à Mr et Mme N.

Maurice

 

prochaines lettres vers le 2 mai

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 20:17

Douaumont--220-.JPG

Autour du fort de Douaumont (été 2008)

 

 

La bataille de Verdun bat son plein. Maurice, toujours sergent malgré ses états de service et sa blessure au pied de novembre 1914, y est engagé depuis un mois et demi, sans que l'on sache à travers ses lettres s'il est à présent en première ligne ou si son régiment est toujours un peu en retrait. Il s'inquiète pour son frère Paul, médecin-major, certainement dans les parages, et écrit à sa mère, à Moras,  et à son frère Joseph, vicaire-infirmier à Bruyères dans les Vosges...

Thiaumont

 

Le 6-4-16

 

Bien chère maman,

 

Suis toujours en parfaite santé et ai bien reçu tes lettres. Rien de bien neuf. Je n'ai pas de carte de Paul mais j'en ai reçu un colis il y a 4 jours, par conséquent ne soit pas effrayée de son silence. Je crois qu'on changera de coin. Le temps se maintient. Je n'ai pas autre chose à dire. A bientôt de tes bonnes nouvelles.

Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

le 8-4-16

 

Bien chère maman,

 

je vais toujours bien, n'aie pas de crainte à mon égard, malgré les durs combats de ces temps derniers. On va nous ramener à l'arrière un peu je pense, car on est « éreinté ». Quand cela finira t'il ! Je viens de recevoir le colis beurre et saucisson, merci de tout coeur. Il est arrivé écrasé, mais après avoir trié tout, il n'y avait que peu de gaté. J'en avais bien besoin (Ravitaillement extrêmement difficile). Les oeufs ont fait grand plaisir et le beurre aussi.

Maurice

 

Le 10-4-16

Bien chère maman,

Suis toujours sain et sauf et vais toujours à merveille. Si le colis était en mauvais état quand il est arrivé je lui ai néanmoins fait déjà une jolie entaille, ce qui prouve que l'appétit est toujours bon. J'ai des nouvelles de Joseph, mais pas de Paul, à part le colis que j'ai reçu et qui prouve qu'il est toujours en vie. Pour moi il ne doit plus avoir de quoi écrire. Ca barde toujours par ici, enfin on s'y fait à la longue. Allons à bientôt de tes bonnes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur.

Tous mes respects à Mme A., M., D..

Maurice

 

le 10-4-16

 

Bien cher Joseph

 

J’ai reçu ta carte du 4 courant merci ; je vais toujours bien malgré tout. De Paul je n’ai aucune nouvelle ; si ce n’était le colis que j’ai reçu de lui le 4, je ne saurais que penser.  Ici c’est le combat perpétuel ; que faut-il voir dans cette insistance à attaquer de la part des Boches, est-ce un signe de rage désespérée ? Espérons que ce dernier effort de l’ennemi sera le commencement de la victoire pour nous. En te souhaitant toujours bonne chance et bonne santé, reçois, cher Joseph, mes plus tendres baisers. Toutes mes amitiés à Mr et Mme N..

Maurice

 

Le 12-4-16

 

Bien Chère maman

 

Je suis toujours en bonne santé et indemne malgré les nombreux et durs combats de ces temps derniers. Ici ça n’arrête pas attaques, contre-attaques, bombardements etc. Mais je crois que les Boches finiront par se lasser, car ils n’obtiennent aucun résultat, bien au contraire ; On leur a repris presque tout le bois d’A. (NDRL : probablement le bois d'Avocourt, à l'extrême gauche du champ de bataille http://www.verdun14-18.de/img/Verdunkarte_gr.jpg) où  se sont livrés de furieux combats.

quand tout cela finira-t’il ? on souhaiterait maintenant le repos ; nous en avons besoin. Depuis le 21 janvier on n’arrête pas et toujours en tranchées. Un de ces jours je pense on sera relevé. Que pense-t’on à Moras. J’ai reçu hier 11 un petit colis tabac de Paul ; donc pas d’inquiétude à son sujet. Tu remercieras bien Mme M. de son excellent saucisson. Meilleurs souvenirs à toutes nos connaissances. Je t’embrasse de tout cœur

Maurice

 

Prochaines lettres vers le 19 avril

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