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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 11:58

Douaumont--225-.JPG
Fort de Douaumont-été 2009


La bataille de Verdun bat son plein mais Maurice, sergent, et Paul, médecin sont, heureusement pour eux, encore un peu en retrait. Ils ne sont pas pour autant à l'abri des obus...Même à Verdun, une sorte de routine teintée de résignation s'est installée...
Thiaumont


Le 27-3-16

 

Bien cher Joseph,

 

quoi de nouveau chez vous ? Je vais toujours bien, malgré la mitraille et la pluie. Pour le moment, nous logeons dans les bois sous la tente et sous la pluie car elle tombe. Malgré ça on dort tout de même. Rien de neuf à part ça. Quand maintenant pourrai-je avoir ma permission  ; les évènements ne se calment pas si vite que ça. A quand la joie de nous revoir ? A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur. 

Maurice

 

Le 27-3-16

 

Bien chère maman

 

Je te remercie, aussitôt réception de ton excellent colis beurre et chocolat tabac, qui m'a fait bien plaisir, attendu qu'on ne peut se ravitailler étant loin de tout pays habité, et le pays est bombardé fréquemment.

On couche dans les bois sous la tente et il pleut ; malgré tout on dort tout de même. Le coup de Verdun serait il fini ? ce ne serait pas trop tôt vraiment, on en a assez de ces formidables canonnades qui n'en finissent pas. Que fait-on, que va t'on faire je n'en sais rien et personne non plus. Notre artillerie tape toujours très fort, surtout la grosse et les pièces ne manquent pas je t'assure. Allons donc, sois toujours confiante et à bientôt de tes nouvelles. Tous mes hommages à Mme A., M., Z. et à Mr le Curé. Je t'embrasse de tout coeur

Maurice

 

Le 1er-4-16


Bien chère maman,

 

Suis toujours en bonne santé, rien de bien nouveau par ici. Il fait un temps superbe. Nous l'avons échappé belle avant hier ; on avait été repéré par un maudit Boche et alors les 210 de tomber ! Quand cela va t'il finir tout cela. J'ai reçu les 2 colis en leur temps, ils vont bien me servir, puisqu'on

on va en ligne. Ravitaillement difficile ; il faut 1 heure 1/2 pour aller chercher la soupe ?!! A bientôt. Je t'embrasse

Maurice

 

 

 

Le 4-4-16

Bien cher Joseph

 

Eh bien quoi de neuf ? Suis toujours en bonne santé et tout heureux de vivre avec le beau temps de ces temps derniers. On aime à quitter son abri, pour aller s'allonger au soleil, malgré le péril toujours menaçant. Nous sommes en ligne, assez loin des Boches, mais copieusement bombardés de temps en temps et par du gros. J'ai une bonne cagna heureusement et fort confortable (cheminée, table, foyer, lit, porte-vitrée et tout (?). On ne s'en fait pas, tu vois. Allons à bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur. Ai de bonnes nouvelles de Maman et Paul.

Maurice

 

Le 4-4-16

 

Bien Chère maman,

 

Suis toujours en bonne santé et indemne. Voilà le beau temps revenu ; il fait bon sortir de nos humides et sombres cagnas ; malheureusement les Boches nous embêtent souvent avec leurs gros obus. il est vrai que l’on sort aussitôt le bombardement fini, attendant l’autre. Nous sommes en ligne mais loin des Boches, pas de balles mais des obus en quantité. J’ai une bonne et belle cagna (lit, table, foyer, placard, porte vitrée, pouf etc). Comme tu le vois on ne s’en fait pas. Je viens de recevoir hier un colis de Paul, donc pas d’inquiétude à son sujet.  A bientôt nouvelles. Je t’embrasse bien tendrement.

Maurice

prochaines lettres vers le 6 avril...

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 20:53

Douaumont-208-.JPG 
Fort de Douaumont


La bataille de Verdun est engagée depuis presque un mois. Maurice, toujours sergent au 127e RI et Gabriel médecin major au 67e ne sont pas en première ligne mais ne perdent pas une miette de la bataille d'artillerie. Joseph, le vicaire, est resté à l'hôpital de campagne de Bruyères, dans les Vosges. Pour l'heure il n'est plus question de permission.
Thiaumont

Le 17-3-16

 

Bien cher Joseph

 

Je vais bien malgré le temps et la mitraille. Et la-bas à B quoi de neuf ? Que pensez-vous de l'affaire de Verdun ; les Boches prennent quelque chose pour leur rhume, c'est tout ce qu'on sait, car ils n'avancent pas. Comment cela va t'il tout finir. J'ai de bonnes nouvelles de tout le monde. Je ne sais quand je pourrais aller à Moras en permission, c'est malheureux, j'allais partir le 12 de ce mois, j'y serai maintenant. Quand pourra-t'on recommencer le tour de permission ? Pour le moment je suis aux tranchées et cela depuis 25 jours et on y est pour un moment encore. Allons à bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur.

Tous mes respects à la famille N.

Maurice

 

Le 17-3-16

 

Bien chère maman

 

Je viens de recevoir à l'instant ta lettre du 13 et je vois que tu es toujours inquiète sur mon sort, mais ne crains rien, je suis toujours en bonne santé et indemne. Je suis toujours en tranchées au même coin. Rien de neuf tout va bien, le temps s'améliore beaucoup et il fait moins froid, dans nos cagnas souterraines. Des rats, des poux et autres habitants, logent aussi, c'est ce qui est embêtant, enfin vivement la classe 16 ! Envoie-moi colis postaux (1 kilogr) c'est permis. Pas moyen de se ravitailler (saucisson, beurre, cigarettes ou tabac). Merci. Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

les colis postaux par chemin de fer sont seuls défendus (illisible).

 

Le 20- 3-16

 

Bien chère maman

 

J'ai reçu une carte de Joseph, me disant que tu étais inquiète à mon sujet. Mais il n'y a aucune crainte à avoir pour le moment. Nous avons eu de la chance d'être ici et moi j'en ai eu en venant au 48, car le 127 est sur la brèche. Rien de neuf par ici ; as tu reçu mes cartes où je te parle de colis. Il est très difficile de se ravitailler. En ce moment ça bombarde assez dur par ici, enfin on s'y habitue à force d'entendre la canonnade à droite u à gauche. A bientôt de tes nouvelles et le colis tant désiré. Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

 

Le 20-3-16

 

Bien cher Joseph,

 

J'ai reçu ta carte du 15 hier 19. Rien de bien neuf par ici : si maman n'a pas de tes nouvelles, c'est que les lettres mettent au moins 10 jours pour arriver. D'ailleurs il faut penser que le bombardement est assez intense et que par suite le travail ne manque pas. Ce n'est pas encore le déluge de fer de Verdun mais ça pourrait peut être venir ; en tout cas le canon tonne passablement et pas d'abris résistants. Enfin bonne chance et à bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur.

 

Maurice

 

Le 21-3-16

 

Bien chère maman

 

Je viens de recevoir ta lettre et je te remercie beaucoup. Je vois que tu te fais trop d'idées noires, sois forte et attends toujours. ; c'est que je n'ai pas toujours le temps d'écrire et puis avec la canonnade on a guère le temps d'y penser. Hier 20 nous avons entendu toute la journée une formidable canonnade , je n'ai jamais rien entendu de pareil. Les Boches attaquaient, les notres sont restés tranquilles sous cette pluie d'obus puis lorsque l'attaque boche s'est déclenchée, ils les ont reçus comme ils convient ; les restants ont démoli l'ennemi à coups de fusils et de mitrailleuse et le 75  a crépité à une vitesse effrayante. On a tout entendu ; c'était si près que j'ai craint un moment pour nous, mais ils n'attaqueront pas ici, le terrain n'est pas favorable. Allons je t'écrirai tous les 2 jours si possible ; ne te figure pas un tas de mauvaises choses. Je suis toujours au port d'armes et ferait comme ceux de mon ancien régiment à la côte du Poinsé (?). a bientôt je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

Prochaines lettres le 27 mars...

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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 09:10

Bombardement Verdundans-les-tranchees-a-Verdun.jpg
         Bombardement de Verdun                        Dans les tranchées, à quelques kilomètres de Verdun...


Alors que les trois frères devaient à tour de rôle partir en permission dans le Sud à Moras où est leur mère,  leur père et leur soeur étant toujours bloqués à Maubeuge, commence la "formidable" cannonade de Verdun : pour mémoire environ 1 million d'obus est tombé sur les lignes françaises le premier jour de l'offensive française ! Maurice et Paul ne sont pas en première ligne mais sont manifestement tout proche de Verdun...
Thiaumont



Le 6 mars 16

Mon cher Maurice, comment ça va t'il de ton coté ? Ici c'est à moitié tranquille seulement. Les Boches sont très remuants en ce moment. Tu dois entendre la formidable canonnade de Verdun. On n'aura jamais rien vu d'aussi fantastique que cette guerre. Les permissions sont supprimées depuis une quinzaine. Mon voyage à Moras est renvoyé aux calendes. Et toi, que deviens-tu ? Je me doute que tu ne dois guère te reposer. Ecris simplement un mot sur une carte mais souvent. Je t'embrasse  de tout mon coeur

Dr Paul

 

 

Le 9-3-16

 

Bien chère maman,

 

Rien de nouveau, tout va bien, suis toujours en bonne santé et indemne. Pas de changement, ne crains rien. En tout cas ça tape dur près de là, mais les Boches n’aboutiront à rien, notre artillerie leur cause de grands ravages. Quoi de neuf à Moras ? Je n’ai pas reçu le colis envoyé par toi le 23 février. Les lettres subissent de gros retards du fait de l’offensive Boche. Le temps n’est pas chaud mais on peut faire du feu la nuit, ce qui est déjà quelque chose. Allons ne te fais pas des idées noires ; on les aura ces maudits Boches. Je t’embrasse de tout cœur

Maurice

 

 

Le 11 mars 16

 

Bien chère maman

 

Rien de nouveau par là. Je suis toujours en bonne santé et indemne. Quand pourrai je aller en permission, je ne sais, attendu que les permissions sont suspendues jusqu'à nouvel ordre, probablement à cause du coup de Verdun. C'est malheureux, sans cela je devais partir aux environs du 12 mars, maintenant ce sera quand ? En tout cas je suis compris semble t'il dans le deuxième départ. J'ai de bonnes nouvelles de tout le monde. Et Paul, comment l'as tu trouvé ? As-tu reçu mes photos ? J'aurai bien besoin de ravitaillement, ici rien à faire mais les colis sont arrêtés; A bientôt je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

 

Le 14-3-16

 

Bien cher Joseph

 

Rien de bien neuf par là ; la canonnade qui avait été assez intense jusque là a cessé presque. Qu’est-ce que cela signifie ? les avions ( ?) beaucoup. On verra ça. Le temps se remet au beau fixe, voilà le printemps. Quand finira cette guerre terrible et cruelle ? Que doivent penser Papa et Yvonne à Maubeuge ? qu’ils doivent donc trouver le temps long !…

Maman et Paul vont toujours bien. quoi de neuf là-bas ? voyez-vous beaucoup de blessés ? Ecris moi bientôt une longue lettre. Je suis toujours aux tranchées, voilà 21 jours, c’est long ; mais bah, on s’y fait. ( ?) mes respects à la famille N.. A bientôt. Je t’embrasse de tout cœur

Maurice


Prochaines lettres vers le 17 mars... 

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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 13:23

Verdun--43-.JPG
La citadelle de Verdun ; été 2009

 Maurice est en cantonnement au milieu des bois sous une pluie battante ; Paul, médecin-major, et Joseph le vicaire,  s'apprêtent à partir en parmission dans le sud où se trouve leur mère. Cependant l'hiver touche à sa fin et les premiers échos de la bataille de Verdun, qui débuta le 21 février 1916 par une avalanche d'un million d'obus sur les fragiles lignes de défense françaises, se font entendre...

Thiaumont

Le 16-2-16

 

Bien chère maman,

 

Je viens de recevoir ta lettre en même temps qu’une de Paul, qui est toujours en permission vers le 23. Tu peux par conséquent te préparer à le recevoir un de ses jours. Comme Joseph ira aussi en permission à cette date, ils auront le bonheur de se rencontrer, soit à Moras, à St Jean ou à U.. Tu pourrais très bien y aller avec eux, cela te distraira d’abord et ensuite, tu seras contente de ton voyage. Quant à moi, ce sera pour fin Mars et encore, car ici on ne fait pas comme ailleurs : on suspend les permissions, on fait partir en retard ou on ne fait partir qu’un petit nombre. D’ici là j’ai bien le temps d’y penser. Paul et Joseph croient que j’irai aussi en permission vers le 20 courant, ils pensent qu’on peut partir quand on veut ; même devancer d’un seul tour est impossible. Soyons patients nous arriverons au bout ; j’ai eu assez de chance jusqu’ici ne nous plaignons pas.

J’ai bien reçu une lettre de MR Y. mon professeur de philo ; elle est charmante. Il a été tout heureux de pouvoir connaître mon adresse, la seule qu’il ait pu décrocher de tous mes camarades.

Nous avons ici un temps affreux : pluie, neige, vent et aujourd’hui il fait une tempête avec pluie à tout décrocher et à tout inonder ; on ne doit pas être fort bien dans les tranchées.

Nous sommes toujours au repos,…jusqu’à quand ?, il me semble que ça se tire. Tout ça ne me dit rien de bon, car on doit se préparer à attaquer pour fin Mars ou Avril, c’est le moment des grands coups. En tout cas j’aurai tout au moins l’honneur de lutter à la baïonnette avec ces maudits Boches. On tachera de leur faire de nombreuses « boutonnières ». allons à bientôt de tes nouvelles, je t’embrasse de tout cœur.

Maurice

 

Le 24-2-16

 

Bien chère Maman,

 

Je vais toujours bien, malgré la neige et les changements de ces temps derniers. Nous sommes partis aux tranchées mais ailleurs, à droite d’un glorieux village. Quoi de nouveau à Moras ? as-tu reçu Joseph et Paul ? quant à moi j’espère bien y aller au commencement de l’autre mois si tout va bien et qu’aucune attaque n’arrive. Pour le moment je suis chef d’un assez gros ouvrage défensif où nous sommes passablement canonnés. Resterons-nous longtemps par là j’en doute !.

A bientôt, je t’embrasse de tout cœur.

Maurice

prochaines lettres vers le 6 mars...

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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 21:28

Joseph.jpg

Joseph, le vicaire, au centre, en cantonnement à Bruyères, dans les Vosges

Maurice, jeune sergent de 22 ans, titulaire d'un bac philo, et ses deux frères, Paul, médecin des tranchées et Joseph, vicaire-infirmier, sont au coeur de la tourmente. L'hiver humide et glacial n'est pas propice aux grandes offensives, et Verdun est encore épargné pour quelques semaines. Maurice est en cantonnement dans les bois, et profite des colis des uns et des autres tout en pensant à sa soeur Yvonne et son père restés à Maubeuge en zone occupée.
Thiaumont

1 Février 16


 
Bien chère Maman,

 

J’ai reçu ta lettre ; je n’ai encore rien reçu. Nous sommes toujours au repos, mais nous avons changé de place. Là où nous sommes en plein bois, c’est une véritable caserne ; dortoirs, réfectoire, cuisines, W.C., enfin tout le confort, sauf l’eau et la boisson. Nous allons travailler ; à part ça rien de neuf. Je vais toujours bien. Le froid devient plus vif et la pluie nous abandonne un peu, ce n’est pas trop tôt.  Quoi de neuf là bas, à bientôt de tes nouvelles. Je t’envoie un colis revues et lettres.

Je t’embrasse de tout cœur

Maurice

 

Le 3-2-16

 

Bien chère maman

 

Je suis heureux de t'apprendre que le caoutchouc m'est arrivé en bon état ce matin et qu'il me plait tout à fait bien. Je te remercie bien, car il me sera d'une grande utilité ; j'en ai déjà remercié Joseph qui en est le généreux payeur, et je le ferai encore maintenant que je suis en possession de l'objet.

Le temps se maintient au beau sec, il fait même froid, mais ce ne sera pas pour longtemps. Va t'on changer de coin on en parle assez, on verra bien. Que pense-t'on des zeppelins à Moras ? Paul est toujours en bonne santé ainsi que Joseph, j'ai assez souvent de leurs nouvelles. A part ça nous sommes toujours au repos et tout à fait bien cantonnés. A bientôt de tes nouvelles. Merci encore. Je t'embrasse de tout coeur. Meilleur souvenir à toutes ces dames qui s'intéressent à moi;

Maurice

 

 

 

Le 3-2-16

 

Bien cher Joseph,

 

J’ai reçu en leur temps tes deux lettres dont je te remercie de grand cœur ; je vois que nous sommes favorisés du ciel au point de vue santé, espérons que Papa et Yvonne vont toujours bien, malgré le climat, les privations et le voisinage insupportable de ces maudits boches. Je te remercie mille fois pour l’imperméable que je viens à l’instant de recevoir et qui me plaît fort, j’en suis très content.

Mais tu es vraiment trop bon, tu m’avais demandé ce qui me plairait comme cadeau tu m’en fait deux superbes ; que de remerciements je te dois ! ! Merci mille fois encore pour le caoutchouc et merci de tout cœur pour le porte-plume réservoir qui sera très bon, car j’en connais la marque. Je t’offrirai la première prose qui sortira de ce beau porte-plume. Merci et à bientôt de tes excellentes nouvelles. Je t’embrasse de tout cœur. Souvenir à la famille N.

Maurice

 

Le 7-2-16

 

Bien chère Maman,

 

Disposant d’une matinée de liberté je t’écris ces quelques mots pour te dire que j’ai reçu ton excellent colis qui m’a fait d’autant plus plaisir qu’ici nous ne trouvons rien étant dans un camp au milieu des bois.

Le saucisson était encore meilleur que les derniers, quant au beurre il m’a permis de faire nombreuses tartines dans mon café du matin. Enfin merci de tous ces délicieux cadeaux. Suis toujours en bonne santé ; rien de neuf ; l’imperméable me rend de grands services maintenant, car il pleut constamment. J’ai eu une lettre de mon professeur de Philosophie. Je t’embrasse de tout cœur.

Maurice

 

Le 7-2-16

 

Cher Joseph

 

Je suis très heureux de t'apprendre que j'ai reçu le porte-plume avant hier ; il est arrivé en bon état et va tout à fait bien, je t'en remercie beaucoup et j'en suis très content. Merci encore pour le manteau, il vient de me servir joliment, car le temps s'est remis à la pluie.

Je suis toujours au repos et en excellente santé. Rien de neuf à part ça. Je suis sergent signaleur, c'est un petit filon. J'ai reçu une lettre de mon professeur de Philosophie de Lille Monsieur l'abbé Y., cela m'a fait un grand plaisir. J'ai fait un rêve aujourd'hui dans lequel : parti voir papa et Yvonne j'ai été pris par les Boches à Lille et j'ai vu Yvonne sans pouvoir lui causer ; qu'est ce que cela veut dire. Je t'embrasse de tout coeur

Maurice

 

7-2-16

 

Bien cher Joseph

 

Je viens de recevoir ta carte qui me laisse voir que tu vas partir en permission vers le 20 février. Quant à moi il me paraît bien difficile que la mienne puisse coïncider avec la tienne vu que mon tour, d'après la Cie ne me paraît devoir arriver que vers la fin Mars, alors !! A moins que comme originaire des pays envahis, on fasse certaines faveurs, j'ignore. Prendre un tour, vouloir passer devant les autres, c'est guère possible. C'est malheureux. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur.
Maurice

Prochaines lettres vers le 16 février

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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 18:21

047.JPG

 

Monument aux mortsde Sagne et Goudoulet en Haute Ardéche

Le Soldat Français piétine l´aigle allemand

 

 

 

Les grandes offensives d'Artois et de Champagne sont terminées (et n'ont rien donné), Verdun ne fait pas encore parler d'elle. En Argonne, c'est une guerre sournoise avec quelques périodes de repos, comme le décrit Maurice, Sergent au 48e RI dans les lettres qui suivent.
permettez-moi de citer pendant cette relative trêve, quelques phrases de l'excellent et poignant roman autobiographique de Gabriel Chevallier, l'auteur du bien connu "Clochemerle", intitulé "la peur". Ce roman écrit en 1930 a été réédité récemment (Editions France loisirs) ; voici ce qu'il écrit après avoir appris que son bataillon doit attaquer à l'aube, au chemin des Dames
: "Chacun demeure stupide, assommé, la gorge serrée par le noeud coulant de l'angoisse : on attaque ! Chacun s'isole avec ses pressentiments, son désespoir, rassure, contraint sa chair indignée, révoltée, lutte contre les visions hideuses, contre les cadavres...
On va attaquer, on va mourir. Donnerais-je ma vie pour la tranchée des Casques ? Non ! Et les autres ? Non plus ! Et cependant des dizaines d'hommes vont donner leur vie, de force. Des centaines d'hommes, qui voudraient tant ne pas se battre vont attaquer...Le petit jour paraît, éclaire tristement ces champs silencieux, ternes et ravagés, où tout est destruction et pourriture, éclaire ces hommes livides et mornes, couverts de haillons boueux et sanglants, qui frissonnent au froid du matin, au froid de leur âme, ces attaquants épouvantés qui supplient le temps de s'arrêter..."


Le 19-1-16 (destinataire : Mme J B.)

 

J'ai reçu ta dernière lettre qui m'apprends l'arrivée d'un colis, mais je n'ai encore rien reçu. Quant au colis de bonbons je l'ai bien reçu, d'ailleurs je t'en avais averti aussitôt ; Paul a reçu aussi le sien. Rien de nouveau ici ; toujours le même temps humide et malsain ; aussi j'attends avec impatience le caoutchouc promis ; que de services il me rendra.

Paul est aux tranchées et attends les évènements. J'espère bientôt retourner au repos ; ce sera peut-être pour un bon moment. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

Le 23-1-16

Bien chère maman,

J'ai reçu ta dernière lettre, mais je n'ai pas encore reçu le colis saucisson ; qu'est-il devenu ? J'attends avec impatience le caoutchouc dont je te remercie d'avance. Nous avons eu un très mauvais temps pour nos derniers jours de tranchées, il a plu sans arrêt. Aujourd'hui il fait un temps splendide, on se dirait au printemps ; il faudrait que cela dure un peu. Nous sommes au repos depuis le 21 ; ce serait paraît-il le grand repos, mais on ne sait rien. En tout cas suis toujours excellente santé. Quoi de nouveau à Moras. As-tu des nouvelles de Maubeuge ? Paul va toujours bien et a reçu son colis bonbons mais en piteux état. A bientôt. Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

Le 23-1-16

Bien cher Joseph,

 

Je t'écris ces quelques mots du pied d'une croix rustique au milieu d'un champ et prés d'une belle petite chute d'eau, car nous sommes au repos et le temps est superbe, contrairement à ces derniers jours. Je vais toujours bien et vois avec plaisir qu'il en est de même de vous tous. Nous sommes au grand repos paraît il ? Serait ce vrai ; en tout cas on profite largement du repos. Quoi de nouveau par là bas ? Rien de bien neuf par ici. Quand tu iras chez Mr N. tu les remercieras de la grande sympathie qu'ils témoignent pour moi et tu leur porteras mes hommages et mon meilleur souvenir et tu leur diras que je souhaite le prompt retour de Jean au foyer. Adieu je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

 

Le 26-1-16

 

Bien chère Maman,

 

Rien de nouveau depuis ma dernière carte ; nous sommes toujours au repos. Aujourd’hui le canon tonne fort, les Boches auraient-ils l’intention de nous attaquer à l’occasion de l’anniversaire de leur maudit Kaiser, en tout cas ils seraient fort bien reçus ! ? ?

Le temps est au beau, ce qui arrive toujours quand nous sommes au repos. Hier mardi nous avons été vaccinés, mais comme j’ai un tempérament d’acier, je n’ai rien senti ; si je dois être évacué, ce ne pourra être que blessé. Quant aux autres, nombreux sont les malades et les fiévreux. Tout le monde va bien, c’est heureux, mais as-tu des nouvelles de Maubeuge et de l’Alsace ? Ecris-moi aussitôt. J’attends toujours le colis saucisson et surtout le manteau, il me sera souvent utile. J’ai réussi encore à avoir des bottes en caoutchouc, aussi ai-je les pieds au sec et au chaud. J’ai eu la diarrhée, mais c’est passé ; j’ai un petit rhume de rien. Allons je t’embrasse de tout cœur

Maurice


prochaines lettres vers le 1er février. 

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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 21:38
Où l'on apprend que les bonbons étaient aussi le réconfort des poilus... et que les caoutchoucs (c'est à dire les imperméables) ne faisaient pas partie de l'équipement normal du soldat français de première ligne au plein coeur de l' hiver 1915-1916.
Thiaumont

argonne première ligne française     Dans les tranchées de l'Argonne-1915

8-1-16

 

Bien chère maman,

 

J’ai reçu ta dernière lettre et je vois que tu es toujours en bonne santé. Moi je me porte bien, malgré le mauvais temps. Depuis le 5 nous sommes de nouveau en première ligne, toujours dans le même coin. Notre repos a été bien court, mais je pense que notre séjour aux tranchées sera pareil. C’est fait à cause des piqûres qu’on nous fait contre la typhoïde. Hier soir en bouchant un boyau en 1ere ligne, comme nous étions monté sur le « bled » c à d sur la terre ferme, j’ai eu un de mes hommes blessé à coté de moi ; il a comme nous disons le « filon ». J’attends le paquet avec impatience. Si tu pouvais m’avoir un caoutchouc, ce serait grandement utile avec le temps qu’il fait. Parle en à Paul car je lui en ai glissé un mot. Allons à bientôt de tes nouvelles. Je t’embrasse de tout cœur.

Maurice

 

Le 12-1-16

Bien chère Maman

 

J’ai bien reçu ta dernière lettre ; mais je vois que tu n’as pas reçu une de mes lettres te disant que j’avais reçu le colis de bonbons, dont je me suis régalé ainsi que les camarades, car ici on partage tout. Je serais bien content d’avoir un caoutchouc car il me serait d’une grande utilité. Nous sommes toujours dans les tranchées et l’artillerie tire avec plus d’intensité. J’ai de bonnes nouvelles de tous ; espérons qu’il en sera toujours ainsi. Je vais toujours bien. Je t’envoie une autre lettre. Mille baisers

Maurice

 

 

Le 12-1-16

 

Bien cher Joseph,

 

J’ai reçu ta dernière lettre. Je vais toujours bien malgré le mauvais temps ; nous avons constamment de l’eau et dans les tranchées surtout en 1ere ligne, c’est peu intéressant. Le petit groupe que je t’ai envoyé a été tiré par Mr Gouranton, aumônier à la 12eme ; c’est un sergent, qui mange avec nous au repos et qui est très aimable et  très gentil pour nous. il a la croix de guerre. J’ai reçu une carte de Mr N., qui me souhaite la bonne année et me parle de son fils Jean. Je souhaite comme eux qu’il soit prisonnier et qu’il reviendra sain et sauf, cette terrible guerre finie. Ne les oublies pas quand tu les verras. J’ai de bonnes nouvelles de tout le monde. Je n’aurai pas de permission avant fin février car il y a 4 sous officiers avant moi. Si tu pouvais me procurer un porte plume réservoir, je serai content. A bientôt de tes nouvelles. je t’embrasse de tout cœur

Maurice

 

Ce 15 janvier 1916

 

Mon cher Maurice,

 

Je viens de recevoir ta carte-lettre avec tes souhaits dont je te remercie. J'espère qu'ils se réaliseront et que l'année 1916 verra l'écrasement de ces maudits Boches et notre Victoire définitive. Que de temps s'est écoulé depuis notre rencontre à Lyon, au moment où nous rejoignions nos régiments. Ce qui m'étonne le plus dans cette guerre, c'est sa durée. Tu fais dans des conditions spéciales ta troisième année de service : il vaut mieux ainsi du reste, que si tu avais été rappelé, une fois ton service fini. Je suis heureux que mes petits paquets te fassent plaisir ; je t'en envoie un autre contenant du tabac et quelques brochures qui te distrairont. Combien mettent-ils de temps à te parvenir ?

Maman m'a envoyé un colis de bonbons pour le jour de l'an, où se trouvaient également les chocolats de madame M.. Le tout m'est arrivé en marmelade et j'ai dû en jeter la moitié. Ces colis, je crois, au moins ceux qui pèsent plus d'un kilog doivent passer par le dépôt. C'est ce qui explique l'état dans lequel ils arrivent. Je reçois aujourd'hui un saucisson qui sera une bonne ressource dans les tranchées. Cette vie de tranchées, nous l'avons reprise voilà quelques jours. Comme le pays est plat comme un billard, nous naviguons pendant des kilomètres dans la boue des boyaux avant d'arriver en ligne. Ce n'est pas drôle. De plus nous sommes infestés par les rats et les souris. Nous aurions bien besoin d'un chien ratier. Dans notre secteur, nous sommes arrosés d'obus et de torpilles ; de plus nous avons à veiller toujours aux gaz asphyxiants. Néanmoins nos pertes sont minimes car les abris sont bons et du reste il y a très peu de monde dans les tranchées de 1ere ligne.

Pour les poux, le mieux c'est de faire bouillir 10 minutes ton linge   et tes lainages dans les périodes de repos : mais tu ne pourras pas t'en débarrasser complètement car la paille doit en être garnie. Je ne sais si je pourrai avoir un imperméable pour toi car nos repos se passent dans une bourgade abandonnée. Je verrai. Bon courage, je t'embrasse bien fort.

Dr Paul B.

 

Comment s'appellent les médecins de ton régiment ? Sont-ils l'objet d'une relève ?

prochaine lettres vers le 19 janvier

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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 16:06

Storchennest prés de Fontaine aux Charmes en 1915

Strochennest, près de Fontaines aux charmes, Argonne 1915


En cette fin d'année 1915, pour les 3 frères poilus, point d'agapes ni de bon feu de cheminée mais encore la boue des tranchées et les corvées. Maurice, le plus jeune, semble avoir été affecté, avec le 48e RI, dans l'Argonne, qui a été un haut lieu de la guerre des mines (voir l'excellent  lien
http://argonne19141918.chez.com/). Tous  trois essayent de se persuader que l'année 1916 sera l'année de  la fin du cauchemar et celle de la victoire.
Bon réveillon à tous, bien au chaud !
Thiaumont


Ce 29 décembre 1915

 

Mon cher Maurice,

 

Bonjour, bon an, comme on dit à Moras. Que Dieu te donne le courage et la santé...Ah! La santé...car comme je dis, moi....bonne chance aussi. Voilà déjà pas mal de temps que tu es revenu au front et dans un secteur assez dangereux, je crois. C'est peut-être dans l'Argonne du coté de la Font. Aux Ch. Enfin jusqu'à maintenant tu ne t'en tires pas trop mal. Eh! Penses-tu passer sous-lieutenant un de ces Quatre. Parles de cela à ton Commandant de Cie quand l'occasion s'en présente. Il peut te proposer et la proposition peut aboutir un jour ou l'autre. Une fois officier, ta situation ne sera pas trop désagréable.

Reçois tu mes petits paquets de tabac ? Je t'en ai envoyé 2 ou 3 et je viens d'en faire un qui partira demain 30 décembre et composé de 4 paquets de tabac et de 3 paquets de cigarettes.  As-tu une lampe électrique de poche. C'est très commode ; si tu n'en as pas, dis le moi, je tacherai de m'en procurer une et je te l'enverrai.

1916 verra t'il la fin de cette terrible guerre ? Qui pourrait l'affirmer ! Nous avons vu tellement de choses incroyables, invraisemblables qui se sont réalisées. Je te souhaite vivement cette paix par la victoire afin que nous puissions nous réunir le plus tôt possible. On aura alors une collection de souvenirs qu'on n'oubliera pas. Etes vous bien dans vos cantonnements ? Sont-ils confortablement installés et chauffés ? As-tu des poux ? Combien restez vous de jours en 1ere ligne. Maman m'apprend que Me P. a perdu 2 fils, que Marcel Y. est à l'hôpital pour bronchite. Il n'a jamais été très bien portant en effet.

Allons bon courage, bonne chance. Bonne année 1916, année de la Victoire. Je t'embrasse

Dr Paul

 

30 décembre 1915

 

Bien cher Joseph

 

Tu me reproches mon silence, mais que veux tu, dans la tranchée on a pas tout le confortable, et ma foi, avec le temps qui fait, ça me dégoûte d’écrire ; Il pleut tant qu’on ne sait plus où se mettre ; nous avons de la boue jusqu’au cou. Heureusement nous voilà au repos pour une douzaine. Suis toujours en bonne santé malgré ce maudit temps. comment vas-tu et quoi de nouveau là-bas. Pas d’attaques, les Boches sont tranquilles ; à minuit le 25 nos canons les ont réveillés et ma foi ont donné vigoureusement. A part ça pas de chants ni de bruits. a bientôt de tes nouvelles.

je t’embrasse de tout cœur

Maurice

 

Le 2-1-16

 

bien cher Joseph,

 

J'ai oublié dans ma dernière lettre de te souhaiter la bonne année, ce que je fais maintenant pour réparer mon oubli. Je ne sais plus où on a la tête, on devient drôle maintenant avec la vie qu'on mène. On n'a pas de repos, à bien parler, travail, revues et exercices et toujours ainsi. Que veux-tu c'est la vie. Enfin tout le monde va bien ; Paul m'écrit dernièrement et va toujours bien , il attend avec impatience qu'on le relève et c'est avec raison. Quand à maman elle va à droite et à gauche et passe son temps le plus agréablement possible. J'ai écrit un mot à la famille N. à l'occasion du nouvel  an ; je pense qu'ils l'ont reçu. En attendant bientôt de tes nouvelles, je t'embrasse de tout coeur.

Maurice


Prochaines lettres vers le 8 janvier 2010 

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 22:25

Pour les 3 frères, aux prises avec les intempéries et la boue, en cette fin d'automne 1915, il y a aussi une question sans réponse : que deviennent leur père et leur soeur Yvonne restés en zone occupée à Maubeuge, tandis que leur mère est dans le sud, tenant un petit commerce ? Pour tous la guerre est entrée dans une sorte de routine désespérante.
Thiaumont


15 décembre 1915

 

Bien cher Joseph

 

J’espère que tu es toujours en bonne santé malgré le temps ; quant à moi je commence à souffrir du froid. Il ne fait pas fort bon dans les tranchées ces temps ci, enfin ! ? Nous avons passé un bon repos à l’arrière, ça nous a fait du bien. Nous allons passer la Noël dans les tranchées, je te raconterai comment cela s’est passé ; rien de Maubeuge, que deviennent-ils ? quel  (? illisible), espérons ; en attendant bientôt de tes nouvelles. Je t’embrasse de tout cœur

Maurice

 

Le 22 déc 1915

 

Mon cher Maurice,

Ton dernier petit mot m'arrive aujourd'hui ; j'y réponds aussitôt car je ne veux pas te faire attendre. Je comprends qu'il soit dur en hiver d'habiter les tranchées. Le froid, la neige, l'humidité, tout concourt à en faire un séjour insupportable.  Soigne toi de ton mieux. En qualité de sergent tu es mieux à même de te soigner que les hommes. J'ai eu dernièrement des nouvelles de Paul. Il va bien mais il se plaint aussi de l'eau et du froid il va acheter sabots et chaussures. Ici c'est également  la saison d'hiver ; après quelques jours d'un froid sec la neige est tombée en abondance aujourd'hui elle fond : on ne sait plus où poser les pieds. Maman m'écrit très régulièrement. Dans sa dernière lettre elle me disait qu'il n'y avait pas moyen d'avoir des nouvelles de Maubeuge. Je me demande ce que Papa et Yvonne font pour prendre patience. Plus que nous encore ils doivent désirer la fin de la guerre. Quand penses-tu prendre une permission ? Ton tour ne tardera pas sans doute. Le chanoine Y. est venu me voir hier par un temps épouvantable. Il fait partie d'un groupe de brancardiers. Il n'a pas l'air content. Il m'a fait ses doléances ; nous avons cassé la croute ensemble. N'oublie  pas de me dire comment vous aurez passé la fête de Noël. Je t'embrasse de tout coeur et je demande à Dieu pour toi protection et secours.

Joseph


prochaines lettres vers le 29 décembre. Bonnes fêtes à tous, bien au chaud !

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 19:06
 
Dans les tranchées du Nord-est de la France, Maurice le Sergent et Paul, médecin major,
semblent craindre plus les intempéries que les allemands. Joseph, l'ainé des 3 frères, prêtre-infirmier dans un hôpital de campagne des Vosges est moins exposé.
Paul revient d'une courte permission à Moras, dans le sud de la France où il a retrouvé sa mère et fait de nombreuses visites de courtoisie. Son père et sa soeur sont toujours à Maubeuge, en zone allemande.
Thiaumont

Ce 6 déc 1915

 

Mon bien cher Maurice

Je commençais à être assez inquiet lorsque ta carte m'est arrivée ce matin. Depuis les premiers jours, de novembre en effet je n'avais plus rien de toi. Enfin tu vas bien et tu me sembles devoir traversé sans indisposition les quelques jours de gros froid que nous avons eus ces derniers temps. Maintenant c'est la pluie, la boue, le vent on ne peut plus sortir les chemins sont impraticables. Je crois t'avoir raconté les incidents et les impressions de mon voyage. Jean l'adjudant a eu 8 grands jours de permission à l'occasion du service de son frère. Je joins à ma carte une petite photographie qui me représente entre Jean et Pierre N.. Quand tu pourras tu l'enverras à Paul en le priant de la faire suivre à Moras. Le discours qui a été prononcé pour le service de Paul est maintenant imprimé. J'en ai envoyé un exemplaire à Mr M.. Je n'ai toujours rien de Paul. Il a déjà profité d'une seconde permission. Quand  sera-ce ton tour ?? Allons soigne toi du mieux possible ; garde pieusement la santé de l'âme et du corps. Je t'embrasse de tout coeur.

Joseph

 

Ce 8 décembre 1915

 

Mon cher Maurice

 

comment vas-tu ? Tu n'écris pas souvent. Il est vrai que je te donne l'exemple de la paresse. Je t'ai dit que j'avais obtenu dans le milieu de novembre une 2e permission. Je l'ai passée à Moras naturellement où j'ai vu Maman en bonne santé. J'ai fait pas mal de visites à l'aristocratie et à la bourgeoisie : partout on m'a reçu fort bien. Et maintenant me voici de nouveau dans le train de vie habituel. Nous sommes en ce moment au bivouac, et la pluie, le froid, la boue nous en font voir de toutes les couleurs. Pourtant je n'ai pas eu à soigner encore de gelures des pieds. Avez-vous des bottes de tranchées ? Je te recommande de bien graisser ou suifer tes pieds ainsi que tes chaussettes et chaussures à l'intérieur et à l'extérieur. Je t'ai envoyé il y a 3 jours un paquet contenant du tabac et 3 paires de chaussettes. Tu me diras si elles te vont. La fin de l'année approche et 1916 aussi. Cette nouvelle année verra je pense la fin de la guerre. Allons bon courage. Je t'embrasse bien fort.

Dr Paul B.

 

Le 9-12-15

 

Bien chère maman

 

Notre temps de repos se passe et tire à sa fin, c’est en effet samedi que nous regagnons nos boueuses tranchées. On nous y conduit en auto, car on est loin, même secteur, par conséquent nous le connaissons déjà.

Je vais toujours bien malgré la pluie qui tombe sans arrêt. Le froid heureusement a cessé. Ici au cantonnement on dort fort bien, paille à volonté ; on peut bien se ravitailler en vin, beurre et lait ; aussi à la popote fait-on chocolat au lait tous les matins avec tartines grillées et beurre. Hier 8 décembre nous avons célébré l’Immaculée Conception le mieux que nous avons pu ; messe et communion, le soir vêpres avec chants et discours (le colonel et le commandant y assistaient. Nombreuse assistance, c’était splendide ; j’ai bien prié pour toi et surtout pour Papa loin de nous. Je t’embrasse de tout cœur.

Maurice

 

Ce 13 décembre 1915

 

Mon cher Maurice,

 

Je reçois ta carte qui a dû se croiser avec les miennes; Ma santé est toujours bonne malgré un temps extrêmement humide. On a toujours les pieds mouillés : c'est dégoûtant. As-tu reçu mon petit paquet contenant  tabac et chaussettes ? N'oublie pas de me dire combien de temps il a mis pour te parvenir. Je t'enverrai demain matin un second contenant  du tabac encore. Vous devez être dans les tranchées à présent. Etes-vous à peu près installés ? Avez-vous des abris, des braseros ? Les Boches se montrent ils actifs dans votre secteur ? De toutes façons il faut toujours se méfier avec ces cochons. Mon médecin chef vient d'être relevé. Il est parti pour Orléans. Mon tour ne vient pas vite et pourtant voilà bientôt 17 mois que je suis sur le front. Enfin j'attends patiemment sans me faire de bile. C'est ce qu'il y a de mieux à faire.

Bon courage et bonne chance. Je t'embrasse de tout coeur.

Dr Paul B.


prochaines lettres vers le 15 décembre

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