Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
  • Contact

Archives

19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 21:49
Un été de transition, presque joyeux, malgré l'absence de nouvelles de ceux qui sont  bloqués en zone occupée à Maubeuge (le père et la soeur Yvonne) : voilà ce qu'expriment ces quelques lettres de 1915. La correspondance redevient plus régulière après avoir été rare pendant quelques mois. Bonne lecture...
Thiaumont





Photo ci-dessous : 3 autres frères poilus juste avant la Grande guerre



Le 20-8-15

 

Cher maman,

 

J'ai reçu ta dernière lettre; depuis rien de nouveau par ici, sauf l'établissement d'une liste de départ. A la Cie je suis le 5e (?) car les spécialistes restent, et la plupart sont des types qui n'ont jamais vu le feu. Mon tour dans le départ est à peu près le 20ieme. Je n'ai encore rien reçu de Paul, aussi je ne lui envoie pas les revues que j'ai achetées pour lui car je ne sais si elles arriveraient, j'attends qu'il me donne son adresse, ou du moins qu'il m'écrive. Je vais toujours bien. Joseph m'envoie toujours la Semaine religieuse. J'attends de tes nouvelles et quelques sous pour combler la dépense du voyage et l'argent des revues; ici l'argent passe je ne sais où, et pourtant je ne fais rien d'extraordinaire. Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

Le 21-8-15

 

Bien cher Paul,

 

J'attendais toujours de tes nouvelles, car je croyais que tu aurais changé de secteur mais ne voyant rien venir je t'écris un mot pour te dire que tout va bien et qu'il n'y a rien de nouveau par ici. Ecris moi vite un mot. As tu fait bon voyage ? Resteras-tu encore longtemps là-bas ? Maman et Joseph vont toujours bien, rien de Maubeuge toujours, c'est dur. As-tu reçu ma carte d'Ahun ? Je ne vois rien d'autre à te dire. J'ai des revues « annales, lectures pour tous, je sais tout etc » ; où dois-je te les envoyer ? Écris vite. As tu reçu celles que je t'avais envoyées avant ta permission. Allons bonne chance et bon courage. Je t'embrasse de tout coeur

Maurice

tu pourrais renvoyer les revues soit à Joseph soit à maman qui les collectionnera

 

Le 21-8-15

 

Bien cher Joseph

 

J'ai bien reçu toutes tes « Semaines relig » où je trouve beaucoup de choses intéressantes, merci. Qu'y a t'il de nouveau là-haut ? Ici c'est toujours la même chose, depuis ma permission de 4 jours. J'attends mon tour. De Paul je n'ai aucune nouvelle depuis qu'il disait qu'ils changeraient de place. C'est bien long tout de même. Toutes mes amitiés à Monsieur et Madame L N.. A bientôt de tes nouvelles, je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

Le 2-9-15

 

Bien chère Maman,

 

J'ai reçu ta bonne lettre, ainsi que celle de Paul. d'ailleurs Paul m'a enfin écrit, me donnant son adresse et me disant de lui expédier des revues, ce que je fais immédiatement. Ici toujours rien de nouveau, on attend patiemment les évènements qui, je pense, ne tarderont pas à s'accélérer. quant à Joseph il va toujours bien et m'envoie régulièrement la semaine religieuse. J'ai écrit au comité des réfugiés du Nord (Mr V. s'en occupe) pour avoir quelque chose, mais rien, on me réponds que les communications sont interrompues et que aussitôt qu'on aurait quelque chose au sujet de papa on m'écrirait. allons ayons toujours bon espoir, bonne santé et à bientôt de tes nouvelles; je t'embrasse de tout coeur. ton Maurice

 

Le 2-9-15

 

Bien cher Joseph

 

Rien de nouveau par ici, toujours la même vie. Nous envoyons des renforts  assez souvent. Aujourd'hui partent pour le front six sergents ou chefs de secteurs qui ne sont jamais allés au feu. On nettoie tout le monde, c'est de stricte justice. suis-je encore ici pour longtemps, car mon tour approche, à cause de tous ces départs. Je vais toujours bien, ainsi que maman et Paul ; mais nous ne recevons rien de Maubeuge. J'ai écrit au comité des réfugiés, mais il ne peut me fournir aucun renseignement, car les communications sont coupées. Va t'on essayer quelque chose il serait temps car l'hiver est proche ; ici il fait un temps très froid pour l'époque et il pleut à torrent. a bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur. Merci pour les "Sem relig" et ta carte de Salerne (?).

Maurice

 

Le samedi 6 septembre,               

 

Cher Paul

 

J'avais déjà commencé la lettre que je devais t'envoyer lorsque Joseph est arrivé ; le lendemain de son arrivée nous sommes allés à U., aussi n'ai-je pu continuer la lettre. Mais nous voici de retour et je remets la plume à la main pour te narrer tous les détails de notre voyage et de notre séjour à Moras et autres lieux. De Sous le bois à Valence nous avons fait bon voyage et nous avons été assez heureux pour assister à une course de trains entre deux rapides, le nôtre et celui qui filait vers Nevers sur une voie parallèle pendant près de 40 kilomètres. C'était une course folle vraiment magnifique ; tous les voyageurs étaient aux portières se mesurant, riant, criant comme sur un champ de courses. Les 2 trains pendant 10 minutes allèrent de pair puis l'autre sembla prendre de l'avance. Le mécanicien de notre machine, ne voulant sans doute pas se laisser devancer, chauffa fortement, si bien que notre convoi rattrapa l'autre et lui passa devant, notre train avait gagné ; mais ce fut superbe encore une fois et cela dura environ 20 minutes. Le train étant un rapide ne s'arrêta qu'à Laroche Dijon Macon Chalon Lyon et Valence où nous arrivions à 4h1/2.

On se promena , je pris un bain et à 9h1/2 ,nous frappions à la porte de Mr l'abbé G. chez qui on fit un succulent diner quoique ce fut Vendredi. A 1h nous repartions vers St Hilaire mais nous nous arretâmes à Valence pour aller voir Mme B. qui nous reçut très bien. nous avons vu Mr B. ancien percepteur mais il est sur le chemin de la folie et n'existe plus pour le monde. Il ne connait plus personne pas même sa femme, on l'a attaché à son bureau de peur qu'il ne fasse un mauvais coup, car il peut devenir furieux d'un moment à l'autre ; cela fait pitié et peur. A 2h nous arrivions à St Jean. Nous  n'y sommes restés que le 15 août ; mais nous avons pu entendre les beaux chants et voir le magnifique défilé des enfants du patronage avec leurs fanions et décorations. Joseph en est très fier et jubile quand il parle du patronage qu'il a réorganisé sur base militaire.

Le samedi nous allions diner chez Mme B. et nous repartions à 3h pour Moras où nous sommes arrivés à la nuit. A Moras nos visites faites on nous a invités de tout côté chez Mme M. d'abord, Monsieur A. ensuite puis Mme Q. et Mme A. qui nous retint à dîner et à souper ! Philomène nous a invités pour mardi prochain. oh à propos de Philomène, sais tu qu'elle s'est saignée aux 4 veines pour moi. Elle m'a payé un canif 4f50 et une bonne pipe Ropp 3f50, en outre et à l'abri des regards indiscrets , elle m'a glissé 50 f !!!! soit dit pour que je ne sois pas jaloux, j'ai accepté car j'en aurai bien besoin ?!?!?! Nous sommes allés ensuite à Renage passer trois jours ; on nous a très bien reçus, d'ailleurs tu dois savoir à quoi t'en tenir attendu que la tante t'a écrit. Enfin mardi dernier nous montions vers chifflet où nous attendaient les d'A.. Réception cordiale et chaude, baisers par-ci, baisers par  là etc etc. Nous y avons rencontré Mr J. appelé par tous , même les enfants, juju ; Mr d'A. ne faisait que lui faire des farces tant il est bonne créature. Le meunier étant parti Mr d'A. faisait le travail à la place, aidé de Juju qui lui donnait un coup de main pour soulever les sacs de blé et la farine. Bonne et abondante nourriture comme de coutume et gros et nombreux rires !!!!!

Mercredi Mme M. et ses enfants sont venus dîner à Chifflet. Nous avons vu le curé de St Jeure toujours bizarre et parlant surtout de chant grégorien dont il est un enragé partisan. Les relations avec Mr d'A. sont un peu froides. Mr d'A. a fait une assez bonne chasse. On nous a photographiés dans le jardin et on enverra des épreuves tirées par Juju. Nous sommes repartis le vendredi soir ; Joseph retournait à St Jean en passant chez Mme B. pour souper et coucher; Nous avons vidé le magasin non sans peine de tout son contenu, avec beaucoup de poussière. Le caveau est commencé. Quant à t'envoyer 50f papa ne peut pas ; mais je t'envoie les 50 que m'a octroyé Philomène en bons de poste. En ce moment nous arrangeons les marchandises. Je t'embrasse de tout coeur et t'envoie le bonjour des d'A. et de Juju etc

Maurice

Nous partons jeudi matin ; prière d'écrire de suite pour savoir si l'argent est arrivé.

Papa est furieux de tes demandes d'argent ; il dit qu'il prendra à ta caisse d'épargne si ça continue. N'en dis rien et brûle la lettre en songeant à économiser.



Prochaines lettres  vers le 7 septembre...

Partager cet article

Repost 0
Published by thiaumont
commenter cet article

commentaires