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  • : Lettres de 3 frères poilus
  • Lettres de 3 frères poilus
  • : 3 frères, Maurice, Paul, Joseph, élevés dans une famille catholique et patriote qui ne roule pas sur l'or. Maurice passe son bac de philo en 1912, comme 7000 autres condisciples. Paul vient d'obtenir son Doctorat en médecine et part sous les drapeaux pour un service militaire normalement de 3 ans. Joseph est un jeune vicaire. Leur destin va basculer au cours de l'été 1914. Voici, semaine après semaine, leur correspondance de guerre. Que leur courage ne soit pas oublié.
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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 19:39

 La guerre n'est pas finie et Paul, qui a connu des heures trés chaudes à son poste de médecin major dans les tranchées,  rêve d'une permission. Maurice espérait aussi secrétement ne plus avoir à repartir, mais son tour arrive, 5 mois après la fin de sa convalescence. Joseph, le vicaire-infirmier, est beaucoup moins exposé, et a même trouvé moyen de prendre du poids, ce qui fait beaucoup rire (jaune ?) ses frères.

Pendant ce temps leur mère est dans un village du sud, seule, tandis que leur père est leur soeur restent en zone occupée à Maubeuge.
Thiaumont




Maurice photographié en Avril 1915 à Guéret (sergent au 127e RI)



Le 21 juin 1915

 

Bien chère maman

 

J'ai reçu ta dépêche, étant de garde, et je t'assure que j'ai eu peur d'apprendre un malheur, heureusement ce n'était qu'un rappel à l'ordre. Mais tu as du recevoir ma lettre et ma dépêche qui t'ont renseignés. Rien de nouveau, sauf un départ pour le 327e qui est dans le Nord également; je serais donc parti si j'avais été nommé. Ma santé est toujours bonne et je passe le temps le mieux que je puis, car mon tour viendra bien un jour ou l'autre. Paul et Joseph vont toujours bien ; as tu reçu quelque chose de Maubeuge ? Quoi de neuf à Moras ? Bonne santé toujours ; ne te fais pas des cheveux !! mille baisers à Eddy. Je t'embrasse de tout coeur.

A bientôt de tes nouvelles

Maurice

 

Date ?

 

Mon cher Joseph

 

As-tu reçu ma lettre du 17 ; qu'y a t' il de nouveau là haut et comment vas-tu ? Je suis toujours au dépôt sur l'expectative. Rien de nouveau; J'ai eu des nouvelles de Mr X. ; ils sont tous en bonne santé ; Mais M. est parti sur le front , aussi Mme X. est dans les transes et pleure toujours. Tout le monde va bien ; à bientôt de tes nouvelles , je t'embrasse de tout coeur. Meilleurs amitiés à la famille N..

Maurice

 

 

Date ?

 

Bien chère maman

 

J'ai reçu ta dernière lettre avec la carte de D.. Son retard à me répondre ne m'étonne plus, car il n'a pas eu de convalescence. Quant à moi je suis toujours là; je ne vais pas au 412 eme il n'y en a  pas de la Cie ; donc me voilà sur le qui vive prêt à partir par le 1er détachement, ce qui ne m'étonnerait pas ; enfin on verra. En attendant on passe le temps le mieux possible. On ne s'ennuie pas trop. J'ai été content en apprenant des nouvelles de papa et d'Yvonne mais je n'ai rien reçu de Mme L., aussi n'ai je pu lui écrire.

Je n'ai rien reçu de Joseph et de Paul, sauf les lettres que tu m'as envoyées. J'écris très peu en ce moment, car j'ai la plupart de mon temps pris par l'exercice ; je suis chef de secteur et j'ai une cinquantaine d'hommes à commander.

Le temps est assez beau ; aujourd'hui il a plu, mais le temps était lourd.

Hier j'étais de garde à la porte d'un hopital et je devais surveiller un boche blessé et traité à l'hopital. Il est bien touché, une fesse emportée, une cuisse cassée et un bras cassé et maigre !!!! Je suis allé le voir avec un homme et la sentinelle ; il était étonné de me voir causer avec des hommes et il disait qu'en Allemagne les hommes sont traités comme des bêtes par les sous of et officiers. Allons le temps passe, mais les évènements ne vont pas vite malgré les succès russes tant à Memel qu'à Prezmysl qui a paraît-il capitulé. Ecris moi souvent. Rein d'autre d'interessant par ici. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout mon coeur.

Maurice

 

 

 

Le 5-7-15

 

Bien cher Joseph

 

Eh bien comment vas tu ? J'ai reçu la semaine religieuse qui m'a bien intéressé qu'autant plus que j'y ai vu des noms d'anciens professeurs. J'ai reçu une lettre de Mr M., qui est maintenant secondé par un prêtre. Mr G. également m'a envoyé une très belle lettre. Ici li y a un peu de nouveau. D'abord je suis maintenant à la 25e cie où d'ailleurs je suis mieux logé et même nourri, de plus nous envoyons un renfort au 127 après en avoir envoyé au (?) au 78e et au 114.Notre commandant va probablement quitter le dépôt, c'est dommage, car il était très estimé et très bon. Tout le monde va bien. Ecris un mot. A bientôt je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

Ecris à la 25e cie

 

Ce 10 juillet 1915

 

Ma chère Maman,

 

Voici déjà pas mal de temps que je ne nous avais pas écrit. C'est qu'ici le secteur est assez peu tranquille. Il faut rester toujours sur le qui vive : Attaques et contre attaques en  permanence. Nous sommes à un des points importants du front. De la 1ere ligne, le régiment et ce n'est guère que ttes les 3 semaines que nous avons un cantonnement passable. Cependant le temps passe vite : nous voici bientôt au bout de l'année de campagne et l'on parle déjà d'une autre campagne d'hiver; Je ne sais si je la ferai dans les mêmes conditions que la précédente car il est question d'une relève des médecins de l'avant, surtout des médecins des troupes : ce ne serait que justice. En ce moment la grosse affaire pour tout le monde, c'est les permissions. Je suis dans les conditions pour en avoir une et dans les premiers. Il faut en effet 6 mois de campagne au moins sans débrider : Chaque série de permissionnaires peut comprendre jusqu'à 3% de l'effectif. Ces permissions sont d'environ six jours avec un jour en plus, par 400 kilomètres de route. Ainsi, il est donc probable que d'ici une quinzaine de jours j'aille faire un petit tour à Moras : je dois vous avouer que ça me paraîtra presque incroyable surtout après un an de guerre et alors que celle-ci n'est pas finie. Il y aura pas mal de choses à raconter. Je pourrai vous montrer ma croix de guerre avec palme que je porte depuis bientôt un mois. Je ne sais si j'aurai mon 2e galon quoique j'ai été proposé déjà 3 ou 4 fois, et la dernière fois par mon Colonel. Mais il y a pas mal d'imbroglios dans la direction du Service de Santé.

Le temps est chaud : c'est le plein été. Je vais avec mon chef de Service actuel cueillir des petites pommes de terre nouvelles  dans les champs abandonnés en raison de la proximité de la ligne de feu. Nous braconnons même un peu : ça nous améliore considérablement notre ordinaire.

Allons je vous quitte et je vous embrasse bien fort !

Dr Paul B.

 

Ce 12 juillet 1915

 

Mon cher Joseph

 

Je suis toujours en excellente santé. Pendant un bon moment notre secteur n'a pas été très calme ce qui a fait que j'ai été assez longtemps sans écrire. Depuis près d'un mois, j'ai ma Croix de guerre avec palme : Il y en a encore très peu au Régiment. En ce moment on parle beaucoup de permissions : c'est aujourd'hui que partent les premiers permissionnaires. A cette série il y a 2 officiers pour le régiment : aussi le tour sera long. Tu ne m'as pas dit les noms de tes médecins : ça m'intéresserait pourtant surtout si ce sont des Lyonnais. Je dois en connaître plusieurs certainement. Vois-tu toujours voir les 2 familles N. : où en es-tu dans la réconciliation. Ca ne sera pas facile. Plutôt que des « Miroir » envoie-moi des revues comme « La Science et la Vie ».... tu es dans une petite ville : on doit y trouver de tout. Je crois que Maman loge de nombreux zouaves : il y en aurait 1200 à Moras. Maurice est toujours à son dépôt. Il a un long repos. Je ne sais quand se fera la relève des Médecins de l'avant. J'attends toujours. Je t'embrasse

Dr Paul B.

 

Le 13-7-15

 

Bien cher Joseph

 

Merci de la Semaine religieuse, elle m'intéresse toujours vivement d'autant plus que j'y vois les noms de mes anciens camarades (P Bertrand) et de bien d'autres qui me rappellent le bon temps passé au Séminaire et dans le  ?. Quoi de neuf par là haut, ici c'est toujours la même chose, rien à te dire. Je suis toujours au dépôt, voilà 4 mois, je n'aurais jamais pu le supposer. Je retournerai probablement au moment où cela va chauffer dur, tant mieux ça ira peut être plus vite et on aura plus d'ardeur, vive Dieu, vive la France; Nous arriverons bien à les mettre dehors ! Je t'embrasse  de tout coeur. A bientôt de tes nouvelles.

Maurice

 

Le 19-7-15

 

Bien chère maman

 

Me voilà sur le point de partir sur le front ; ma foi il était bien temps depuis six mois de dépôt.

Nous envoyons un renfort au 327eme et il y a de nombreux gradés qui partent, car le nouveau commandant ne les épargne pas. De plus il en a envoyé à différents dépots, ce qui fait que je venais presque entête de liste : or on demande un renfort pour le 48e de G. et je pars avec 3 sergents d'ici deux adjudants et 60 hommes. Où allons-nous je ne sais ? D'après ce qu'on dit, on partirait demain soir, mais rien de fixé. Je pars de bon coeur et content, c'est mon tour ne nous plaignons pas. Je t'embrasse de tout coeur

Ton Maurice qui t'aime

 


Prochaines lettres vers le 25 juillet

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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 20:32



Sous-officiers du 127e Régiment d'Infanterie au dépôt à guéret ;
photo prise le 22 mars 1915 ; Maurice est le second à partir de la gauche, debout.




Paul, médecin major,  a eu trés chaud dans le secteur des Eparges ; Maurice, sergent, ronge son frein à Guérêt (Creuse) dans l'attente d'un départ toujours repoussé, après sa convalescence. Joseph, le vicaire-infirmier, "fait du gras"  à Bruyères dans les Vosges dans une "ambulance" située dans un secteur calme... Petits dialogues fraternels non dénués d'humour, dans une période pourtant désespérante.
Thiaumont

Ce 2 juin 1915

 

Mon cher Joseph,

 

J'ai reçu de Maurice le petit groupe photographique où tu figures. Tu as une belle barbe mais je trouve que tu as grossi au delà des limites permises. C'est effrayant. Pèse-toi et dis-moi le résultat. Je crois que tu ferais bien de réduire ta gamelle. Vous ne devez pas avoir beaucoup de travail pour engraisser comme ça. Mr et Mme N. sont bien tirés et de physionomie avenante ; c'est dommage que le garçon ait bougé : il est flou. Tu transmettras mes félicitations à la famille pour la citation à l'armée d'un de leurs membres. C'est très beau ce qu'il a fait.

Maurice est toujours au dépôt comme instructeur. Il aura eu du bon temps et aura coupé à la campagne d'hiver : j'aimerai le voir passer officier. Quand est-ce que Maubeuge sera délivré et quand aura t'on des nouvelles de Papa et d'Yvonne. Je reçois de temps en temps des illustrés. Envoie moi la revue hebdomadaire.

Je t'embrasse

Dr Paul B.

 

Ce 6 juin 1915

Mon cher Joseph,

 

Je reçois ta carte où tu me parles en termes si élogieux de ton Médecin chef. A ce propos je te demande de me donner les noms des médecins de ton hôpital : je dois en connaître quelques uns, car ce sont surtout des lyonnais, paraît-il. Tu me parles d'orgueil et d'égoïsme : j'en sais quelque chose par mon ancien chef de service de Soissons, qui est actuellement médecin chef d'une ambulance dans nos parages. J'ai eu je ne sais combien de piques avec lui : il est mal avec tout le monde mais a une certaine influence à la Direction. C'est grâce à lui que je n'ai pas mon 2e galon, mais je pense l'obtenir avant et contre tous. Je le laisse tomber froidement maintenant et quand j'aurai ma croix de guerre avec étoile et palme en bronze, j'irai caracoler à cheval autour de lui. Il en crèvera de male rage. Tout ceci du reste ne m'enlève  pas un atome de gaîté. Un des médecins des Bon du 67e vient de nous quitter pour faire de la radiologie. J'aimerais aussi qu'on me relève pour être mis dans une ambulance ou un hôpital. Après 10 mois de campagne !! Marthe se plaint de ne pas avoir de tes nouvelles. Je t'embrasse

Dr Paul

 

 

 

Le 17-6-15

 

Bien chère maman

 

J'ai bien reçu ta dernière lettre dont te remercie de tout coeur. Ici rien de nouveau pour le moment ; tout va comme à l'habitude et on attend avec impatience une action décisive, car c'est vraiment malheureux de voir le temps que cela dure. On pensait que action en Artois ferait merveille, mais rien et partout la même chose, c'est à désespérer; Espérons, malgré tout ; et j'ai toujours confiance. J'ai eu dernièrement des nouvelles de Paul ; il va toujours bien et dit que le secteur est devenu calme, tant mieux pour lui. Quant à Joseph il est on ne peut mieux non seulement parce qu'il est à l'abri mais encore parce qu'il se trouve prés de l'excellente famille N. dont l'accueil est si cordial.

Moi je suis toujours dans l'expectative et attendant mon tour qui ne saurait tarder à venir, car notre régiment de réserve le 327 a donné dans le Nord où il a remporté de beaux succès par son entrain et surtout probablement par la proximité du pays. Il y en a parmi nous qui ont pu coucher dans leur maison. As tu écrit à Maubeuge par l'intermédiaire que je t'ai indiqué ? J'ai reçu de nombreuses de Port St Marie où on se souvient toujours de moi. La température est chaude, c'est l'été qui vient, nous voilà déjà est-ce possible au 17 juin, l'année va bientôt s'écouler !!!!

allons rien de plus d'intéressant;quoi de neuf là-bas ? Et ta lettre à Joffre ?

A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur

 

Maurice

Ci-joint la lettre de Paul

 

 

 

 

Le 17-6-15

 

Bien cher Joseph

 

J'ai reçu dernièrement une lettre de la famille N., que tu remercieras bien. Ici rien de nouveau, toujours la même vie monotone. Il y a déjà un certain temps que nous avons envoyé des renforts, mais je crois qu'il y en a en préparation, car notre régiment de réserve le 327 a donné fortement en Artois où il a obtenu d'assez beaux succès, mais ce n'est pas sans pertes. Ca dure longtemps tout de même, et il faut avoir un espoir fermement enraciné pour ne pas désespérer. Maman et Paul vont toujours bien ; Paul me dit que leur secteur est devenu calme ce qui n'est pas trop tôt pour lui, car ils doivent avoir besoin de repos. Quoi de neuf par là haut ? As tu des tuyaux ? En te souhaitant de rester le plus longtemps possible à Bruyères, et de te conserver en bonne santé (Paul t'a trouvé très grossi), reçois mes meilleurs baisers

Maurice


Prochaines lettres vers le 21 juin... 

 

 

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Published by thiaumont
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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 20:36
Paul, médecin-major, est probablement toujours dans le secteur des Eparges, malgré la conquête de cette crête de haute lutte par les Français début Avril. . Maurice s'attend à repartir d'un jour à l'autre au front après sa convalescence. Joseph, le Vicaire-infirmier est dans un secteur assez calme, à Bruyères, dans les Vosges, où apparemment la nourriture ne manque pas au vu des commentaires que fait Maurice dans une des lettresqui suit.
Thiaumont


Paul sur son cheval Djirb...

Ce 13 mai 1915

 

Mon cher Joseph,

 

Il y a pas mal de temps que je ne t'avais écrit : c'est que depuis un mois, nous avons eu pas mal de coups durs. Nous avons mené une vie d'aventures extraordinaires. Le 67e aura vu dans ce dernier mois le fin du fin de la guerre. Après avoir contribué à la fameuse victoire des E. (NDRL : Eparges) dans des conditions climatiques effrayantes, il a eu à subir un choc formidable dans lequel la plus grande partie du régiment s'est fait tuer dans ses tranchées. Pour ma part, je ne sais pas comment j'en suis sorti. J'ai failli être fait prisonnier. A peine réorganisé après le coup des E., nous remontons aux tranchées où nous subissons pendant 3 jours et 3 nuits un marmitage effrayant. J'étais au poste de commandement de mon chef de bataillon à peut-être 500 mètres des Boches. Le 24 avril après un bombardement de préparation d'une demi-heure d'une intensité inouïe, j'entends des balles siffler, puis le tac-tac d'une mitrailleuse boche qui se rapproche. Je pense aussitôt à une attaque sur notre front. Bientôt la fusillade devient intense. Le Ct sort de notre abri et voit des soldats se replier. Il leur crie de retourner au feu : les soldats lui répondent que les Boches arrivent. En effet le Ct me crie « Voici les Boches. Un lieutenant qui était avec moi sort et rentre en me disant : les Boches sont là ! Que faire ? En une seconde je roule mille idées; Tout d'un coup je me décide à partir coûte que coute : Je jette au feu mon cahier de notes que j'avais depuis le début ; je me débarrasse de mon browning (arme non réglementaire). Puis je bondis jusqu'à mes brancardiers : En avant (?) les brancardiers et en vitesse. Puis sous les balles, au milieu des marmites qui éclataient à côté de nous, sous les shrapnells, nous battons en retraite : En passant je jette un cri d'alarme au poste du Colonel et j'arrive au poste de secours que je fais évacuer à temps. Comment n'avons nous pas été écrabouillés, mes 8 brancardiers et moi : je n'en sais rien. A la suite de cette affaire le corps médical du 67e a eu 2 médecins blessés, 1 prisonnier et 32 brancardiers tués ou prisonniers. En ce moment nous sommes au repos mais pas pour très longtemps. Je suis heureux de t'annoncer que viens d'être cité à l'ordre de l'Armée. Je t'envoie la décision où cette citation a paru. L'exemplaire de la Citation, je l'envoie à Maman.

A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse bien fort.

Dr Paul

 

 

 

Le 22-5-15

 

Bien cher Joseph

 

Je viens de recevoir une lettre de Monsieur M. qui me communique tes 2 photographies. Eh bien je t'assure, ma 1ere impression a été « quel est ce bon gros territorial !!!! Avec ta barbe tu es méconnaissable et tu as démesurément grossi. Enfin je vois que le séjour à Bruyères te réussit bien et que l'air t'y fait du bien et cela me fait plaisir. J'ai reçu une lettre de Mr S. me donnant des nouvelles de son fils et des siens ; il m'a dit que Mme L. avait réussi à donner à papa la lettre que maman avait écrite. En conséquence ils ont de nos nouvelles; au moins ils seront rassurés sur notre sort. Je vais toujours bien et j'attends mon départ. Quand l'Italie va donc entrer en ligne ? Espérons que son aide sera un grand changement et la conclusion de la paix. En attendant bientôt de tes nouvelles, je t'embrasse de tout coeur

Maurice

Tous mes respects à Mr et Mme N.

   

                        Ci-contre la photo auquel fait allusion Maurice                                                        


Le 23 mai 1915

 

Mon cher Joseph,

 

Eh bien ! Tu n'écris pas beaucoup. Pourtant tu dois avoir pas mal de temps libre. Je reçois toujours le Miroir que tu m'envoies. As-tu reçu ma lettre où je relate mon odyssée du 24 avril et où je te fais part de ma citation. Nous venons de prendre un bon repos et nous voici sur le point de reprendre la vie de tranchées par une forte chaleur. Nous sommes de nouveau revenus en été après en être partis; qui l'aurait cru ? Je crois que l'Italie va se mettre du bal : c'est tant mieux. Peut-être la fin de cette guerre en sera hâtée. Quoi de nouveau dans votre ambulance? Par ici c'est assez calme pour le moment.

Je t'embrasse.

Dr Paul B

 


Prochaines lettres vers le 2 juin...
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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 18:57
Maurice se tient prêt à repartir au front ; il est encore au dépôt à Guérêt après sa convalescence. Toujours pas de nouvelles de Joseph le vicaire et de Paul, médecin major. Son père et sa soeur sont  toujours à Maubeuge en zone occupée et les nouvelles n'arrivent que par l'intermédiaire de la Croix-Rouge. Maurice écrit à Joseph à Bruyères et àsa mère restée dans le sud.
Thiaumont

Date ?

 

Mon cher Joseph

 

As-tu reçu ma lettre du 17 ; qu'y a t' il de nouveau là haut et comment vas-tu ? Je suis toujours au dépôt sur l'expectative. Rien de nouveau; J'ai eu des nouvelles de Mr X. ; ils sont tous en bonne santé ; Mais M. est parti sur le front , aussi Mme X. est dans les transes et pleure toujours. Tout le monde va bien ; à bientôt de tes nouvelles , je t'embrasse de tout coeur. Meilleurs amitiés à la famille N..

Maurice

 

 

Date ?

Bien chère maman

 

J'ai reçu ta dernière lettre avec la carte de D.. .Son retard à me répondre ne m'étonne plus, car il n'a pas eu de convalescence. Quant à moi je suis toujours là; je ne vais pas au 412eme il n'y en a  pas de la Cie ; donc me voilà sur le qui vive prêt à partir par le 1er détachement, ce qui ne m'étonnerait pas ; enfin on verra. En attendant on passe le temps le mieux possible. On ne s'ennuie pas trop. J'ai été content en apprenant des nouvelles de papa et d'Yvonne mais je n'ai rien reçu de Mme L., aussi n'ai je pu lui écrire.

Je n'ai rien reçu de Joseph et de Paul, sauf les lettres que tu m'as envoyées. J'écris très peu en ce moment, car j'ai la plupart de mon temps pris par l'exercice ; je suis chef de secteur et j'ai une cinquantaine d'hommes à commander.

Le temps est assez beau ; aujourd'hui il a plu, mais le temps était lourd.

Hier j'étais de garde à la porte d'un hopital et je devais surveiller un boche blessé et traité à l'hopital. Il est bien touché, une fesse emportée, une cuisse cassée et un bras cassé et maigre !!!! Je suis allé le voir avec un homme et la sentinelle ; il était étonné de me voir causer avec des hommes et il disait qu'en Allemagne les hommes sont traités comme des bêtes par les sous of et officiers. Allons le temps passe, mais les évènements ne vont pas vite malgré les succès russes tant à Memel qu'à Prezmysl qui a paraît-il capitulé. Ecris moi souvent. Rien d'autre d'interessant par ici. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout mon coeur.

Maurice

 

 

 




prochaines lettres vers le 13 mai
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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 19:09

Guéret, chef lieu de la Creuse, place du marché



L'hiver se termine, bien au chaud pour Maurice qui a rejoint le dépôt de Guéret après sa convalescence et pour Joseph à Bruyères, tandis que Paul, le médecin,est toujours trés  exposé  dans les tranchées des Hauts de Meuse, après le coup de force des Eparges. Il n'a pas beaucoup le temps  ni le goût d'écrire. 
Maurice est tourmenté par  les affres du retour au front. L'inquiétude de sa mère s'ajoute à sa propre angoisse.
Thiaumont

Le 26-3-15

 

Bien chère maman

 

Je viens de recevoir ta lettre à l'instant et j'y réponds de suite. J'ai pris connaissance de la lettre du général F.. Pour le 412e rien de fait, aussi je ne demanderai plus rien, et j'attendrai mon tour. Je crois que la semaine prochaine il va y avoir un départ pour renforcer le 127, qui se trouve vers Perthes et Beauséjour où il a subi de fortes pertes. Il faut je crois 1200 hommes, en serai-je cela se pourrait enfin j'espère et je compte rester pour la classe 1916, c'est à dire partir à mon tour, lorsque les autres y seront allés. Je t'écrirai dès que je saurai quelque chose.

En tout cas je n'ai rien reçu de Joseph pas plus que de Paul, je ne sais ce que cela veut dire ; je vais aujourd'hui puisque j'ai le temps (étant exempt d'exercice) leur écrire une lettre.

J'ai bien songer à me faire photographier et je crois que je ne tarderai pas à le faire, mais ce ne sera pas avec un costume neuf, car les dépots sont à sec. J'ai pu découvrir à grand peine un pantalon à peu près neuf ce qui remplacera bien mon vieux. Le temps n'est pas trop mauvais, il est même très chaud à certains jours. J'ai bien reçu ma carte de Mr R. du moins je le crois car je n'ai pu lire la signature.

Aujourd'hui je suis aller trouver le dentiste militaire, pour faire arracher ma mauvaise dent, qui me faisait mal. Malheureusement comme elle est fortement implantée et très cariée il n'a réussi qu'à enlever la couronne. Il a gratté l'intérieur pour permettre à l'air de circuler ; il m'a dit que l'abcès pourrait se vider et que le mal partirait. Dans le cas contraire, il m'a prié de retourner et qu'alors il m'arracherait les racines.

Je me suis fait payer une paire de lunettes par l'administration militaire. L'exercice n'est pas trop fatiguant et même plutôt intéressant, car la ville de Guéret n'a pas beaucoup de distractions à part le cinéma le Dimanche. Je conserve encore quelque temps la lettre du général F. et je te la renverrai avant peu. En attendant de tes bonnes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur

Ton Maurice

 

Le 26-3-15

 

Bien cher Joseph

 

Etonné de ne rien recevoir de toi je t'écris ces quelques mots pour savoir ce que tu deviens et te renseigner sur ce que je fais.

Je suis encore à la 26e Cie au dépôt où j'ai retrouvé de nombreux camarades de la Cie évacués après blessures ou maladie.

Nous sommes une quinzaine de sous officiers dont 8 qui ne sont jamais allés au feu. Si la circulaire Melle était strictement appliquée je devrais partir après tous ceux là sans compter 3 ou 4 sou-ofs qui sont revenus au dépôt avant moi. Enfin je verrai la semaine prochaine, car il doit y avoir un départ de renforts pour le 127. quant à moi je vais à l'exercice tous les jours comme chef de section ; mais ce sont pour la plupart des hommes du S.A. Ou bien des réformés pris bons ou encore des blessés retour de permission. Le temps passe vite, car le temps est beau et nombreux nous ne nous ennuyons pas. La ville de Guéret n'a rien d'intéressant, c'est une ville ou plutôt un gros bourg tout en montées et descentes. Le pays environnant est assez beau, nombreuses sources ; C.es boisées coteaux pittoresques. Et toi comment vas-tu, quoi de nouveau là-bas, comment va la famille N. ?

Je ne vois plus rien de neuf à t'apprendre. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

Sergent 26e Cie dépôt 127 Guéret

 

Le 30-3-15

 

Bien cher Joseph

J'ai reçu tes 2 dernières cartes ainsi que les 4 miroirs que tu m'as envoyés, merci. Comme je te l'ai dit envoie les plutôt à Moras car ici je ne saurai où les mettre et ils seraient vite abimés.

J'ai en effet manquer de voir Mme X., d'après ce que m'a dit son cousin et je l'ai bien regretté. Nous avons causé intimement avec lui jusqu'à Lyon, c'est lui qui s'est approché de moi pour me demander si je n'étais pas le sergent qui était monté à Epinouze ; il m'a parlé de Mme X., alors je me suis fait connaître et la conversation a duré jusqu'à Lyon. Voilà ici un des coins pittoresques du pays. Rien de nouveau. Bonjour à nos amis. Je t'embrasse de tout coeur

Maurice

 

 

Le 10-4-15

 

Chère maman,

 

Je suis toujours au dépôt, malgré deux départs pour le 127, il est vrai qu'au 2e renfort on n'a demandé aucun sous-of à la 26eme (?). En tout cas voilà huit cent hommes en 15 jours de temps, sans compter les 1000 autres qu'un dépôt du midi lui avait fournis il y a 3 semaines.

En ce moment avec le temps qui fait, je suis assez enrhumé. Il pleut, il vente, il neige, il grêle, quel temps dégoutant, c'est effrayant. Je suis de semaine, aussi ai je du travail surtout avec la classe 16 qui arrive en ce moment, soit 110 par Cie. Quoi de nouveau là bas et as tu des nouvelles ? Ecris moi une longue lettre voilà déjà longtemps que je n'en ai eu. Allons bonne santé et courage, on en verra la fin, ça ne va pas trop mal. Je vous embrasse de tout coeur.

Maurice

 

 

 

Le 17-4-15

 

Bien cher Joseph,

 

Merci de tes deux dernières cartes qui m'ont fait bien plaisir, car j'y vois que tu es bien et que tu ne manques de rien, grâce à l'excellente famille N., qu'après la Guerre, j'espère, je verrai avec plaisir. Quant à moi je vais toujours bien et suis toujours au dépôt, malgré les renforts qui partent constamment, 3 en 3 semaines, c'est effrayant. Il faut te dire d'ailleurs que si l'on tient compte de la circulaire ministérielle qui parle des sous officiers blessés, je ne partirai qu'après 6 autres, qui n'ont jamais vu le feu ou sont revenus avant moi.

Le 127 donne beaucoup, après avoir donné énormément en Champagne. Il a depuis changé de place et se trouve je crois vers le pays où se trouve Paul. A part ça rien de nouveau,à part les lettres que j'ai reçues de maman, de Paul et la la tante , et qui prouvent qu'ils vont bien.

Merci pour les « Miroir » envoyés encore ici. Ceux que j'ai, je vais les envoyer à Moras pour augmenter la collection, déjà formée. Les choses ne vont pas trop mal mais vont trop lentement ; quand donc cela va t’il  se terminer ? C'est long !

J'ai fait mes Pâques Dimanche dernier en l'Eglise de Guéret, où il y avait de nombreux soldats. Mon rhume est passé, je ne ressens plus ma blessure et je me suis fait vacciner contre la typhoïde 2 fois sans d'ailleurs rien sentir. Je vais faire ma photographie demain et je te l'enverrai; mais ce ne sera pas luxueux, pourvu que ce soit bien, c'est tout ce que je demande. Donc à bientôt de tes nouvelles et bonjour à la famille N.. Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

Le 17-4-15

 

Bien chère maman

 

J'ai reçu tes deux dernières lettres et particulièrement la dernière avec le mandat de 50 FR dont je vous remercie bien tous les deux.

Je vois que Paul fait fortune ; il pourra s'établir avec l'argent qu'il aura gagné pendant la campagne. Il m'a écrit 2 fois depuis que je suis ici; la première carte est une photographie il est assis et se trouve devant une maison avec le service médical du régiment, elle date du 24 mars. La deuxième carte ne dit rien, sauf cependant l'envoi de 50 fr ; cela suffit , car on sait au moins qu'il est en vie et qu'il se porte bien. Quant à moi mon rhume est passé et je suis en excellente santé. Ma dent ne me fait plus mal depuis qu'on m'a enlevé la couronne et mis à l'air les racines. Je ne me ressens plus de mon pied, aussi suis-je complètement remis.

La classe 1916 est arrivée, il y a d'assez beaux gaillards, mais pour la plus grande partie  ce sont plutôt des « gamins » ; enfin elle est partie à Limoges où elle va être instruite. Je n'ai pas été pris comme instructeur, ni mon camarade; on a pris les 2 derniers arrivés et cela est juste, puis (cela l'est moins) un sergent qui n'est jamais allé au feu. Enfin tant pis, car je vois qu'on commence à suivre la circulaire ministérielle, relative au départ des cadres. Mardi nous envoyons un nouveau renfort au 107, c'est le 3eme en moins de 3 semaines, c'est phénoménal !!!??? ; comme sous-officier on a pris un type qui « n'avait jamais marché » ce qui me permet d'espérer que je pourrai me reposer encore quelque temps au dépôt. « Il y en a 6 avant moi » sans compter ceux qui ont des emplois. Donc il n'y rien à craindre pour l'instant.

J'ai été vacciné 2 fois contre la typhoïde et je n'ai rien senti.

Depuis 3 jours le temps s'est remis au beau ; la pluie et le vent ont cessé, ça n'est vraiment pas trop tôt. De Joseph, j'ai des nouvelles assez fréquemment ; dans la dernière il se montre toujours enchanté de son séjour à Bruyères et va toujours bien. Il me demande de ma faire photographier et il me dit « fais faire quelque chose de bien ». Je préfère me faire photographier sur carte postale comme celle de Paul, ce sera un aussi agréable souvenir et moins couteux. Pour la circonstance je prendrai ma capote neuve en drap bleu-clair avec col rabattu. Je le ferai demain si le temps le permet.

J'ai fait mes Pâques Dimanche dernier en l'Eglise de Guéret, avec d'assez nombreux soldats. J'ai eu des nouvelles de Mr R. et je vais lui répondre. J'en ai eu également de Renage, où se trouve Marthe, et de Port-Ste _Marie (C.,caporal D., D. etc). Tous mes respects à Mr A. et D. ainsi qu'à la famille Z. et à Mme M.. A bientôt de tes nouvelles, je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

Je te renvoie la lettre du général F..


prochaines lettres vers le 13 mai avec un récit trés intéressant de Paul, au coeur de la bataille...

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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 18:42

























Une équipe médicale dans un régiment de Maubeuge en 1911


La convalescence de Maurice, après sa blessure aupied de novembre 1914 est terminée. Après une courte permission pour rendre visite à sa mère, à Moras, il doit rejoindre un "dépôt",une garnison militaire de l'arrière, à Guérêt dans la Creuse.
Paul est toujours au front sur les Hauts de Meuse, où il a participé à la reprise de la fameuse crête des Eparges. Joseph, le vicaire, est moins exposé : il est infirmier  à Bruyères dans les Vosges.
Thiaumont


Le 15-3-15

 

Bien cher Joseph

 

Je pense que tu as reçu ma carte de Guéret et de Ganat ; comment vas tu ? À Moras nous attendions toujours une lettre de toi mais rien, sauf le « Miroir » qui m'est arrivé revenant de Port Ste Marie. Ici inutile de me l'envoyer, car je ne saurai où le mettre ; mais tu peux l'envoyer à Moras, où j'ai laissé toutes mes revues. Je ne désespère pas de retourner à Moras même pendant mon séjour au dépôt, enfin, on verra ça. Resterai-je pour instruire la classe 16 qui rentre au mois d'Avril ? Ça serait juste, car ici nous avons au moins 10 sous-ofs par Cie qui n'ont jamais vu le feu ; régulièrement ils devraient partir avant nous.

Au dépôt on n'est pas trop mal logé, ni trop mal nourri. Nous avons deux matelas et 3 couvertures bien chaudes. La popote est faite à part, par un cuisinier qui ne travaille pas mal. Nous avons du vin quelquefois, d'ailleurs nous pouvons en acheter à 6 sous le litre et du bon; enfin on n'est pas trop mal. A mon arrivée j'ai eu 4 jours de repos, que je passe en visitant Guéret.

La ville n'est pas importante et est peu intéressante mais les environs sont très jolis. Le temps nous a favorisés, sauf aujourd'hui car le temps est brumeux et nuageux. J'ai trouvé au dépôt de nombreux camarades de mon bataillon et de ma compagnie surtout, ce qui fait que je n'ai pas été trop dépaysé ici.

Pendant mon trajet de St Rambert à Lyon , j'ai voyagé avec Mr....(je ne sais plus) un cousin de Mme X., que j'ai manquée à St Rambert, elle revenait de Bresson avec son cousin. Rien d'autre d'intéressant. Quoi de nouveau à Bruyères; tous mes respects à la famille N.. Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

Sergent à la 26 Cie du dépôt du 127eme

Guéret Creuse

 

Le 15 mars 1915

 

Bien chère maman

 

Tu as du sans doute recevoir ma lettre ou plutôt mes cartes qui t'ont renseignée sur mon arrivée au dépôt.

Je suis donc arrivé à Guéret à 11h1/2 du soir, sans connaître personne ni savoir où aller. Aussi suis-je resté à la gare, pour passer la nuit ; j'ai dormi tant bien que mal sur un banc de la salle d'attente et le matin à 7h je me suis dirigé vers le bureau du commandant de la place. Là on m'a affecté à une compagnie du dépôt (la 26e Cie) qui se trouve prés du théâtre dans une école. On y est logé aussi bien que possible en pareil temps. D'ailleurs je suis avec les sous-officiers dans une chambre ; on y est tassé comme dans une boite à sardines, mais enfin on pourrait être plus mal on ne se plaint pas; Deux matelas sur un isolateur en planches forment notre lit ; pour nous couvrir 3 couvertures non compris le « sac à viande »dans lequel on s'enfonce ; en fait on ne dort pas trop mal.

La popote des sous-officiers est faite à part elle est suffisamment bonne ; on a du vin de temps en temps ; quand la Cie n'en fournit pas on en achète (0,30 le litre). Le jour de mon arrivée j'ai passé la visite et j'ai eu 4 jours de repos que je passe en promenades dans Guéret avec un sergent qui est dans le même cas que moi et qui était dans la même compagnie que moi sur le front.

De plus j'ai rencontré de nombreux camarades de Condé et même de ma compagnie.

Notre régiment ainsi d'ailleurs que tout le 1er corps est dans l'Argonne où il a subi de fortes pertes, marquées néanmoins par de beaux succès comme à Beauséjour où ils ont coopéré avec les coloniaux à la prise du fortin. Ils font attaques sur attaques, se battent à moins de 15 mètres avec des bombes, quelques fois dans la même tranchée. D'après les lettres que nous envoient des sergents, on a progressé considérablement dans l'Argonne et en Champagne. Du coté d'Arras les Anglais ont remporté un beau succès. Que va-t'il se passer ? Aux Dardanelles ça ne va pas trop mal on espère arriver devant Constantinople avant Pâques ; espérons que cela est vrai et que cela produira  un effet considérable. Le temps est superbe depuis mon arrivée quoiqu'aujourd'hui il soit brumeux et nuageux. A part cela rien de nouveau. Quoi de nouveau à Moras ? Et Mr R. ? Ecris moi bientôt. Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

Sergent à la 26 Cie du dépôt du 127eme

Guéret Creuse

 

Le 16 mars 1915

 

bien chère maman

 

J'espère que tu vas toujours bien et que mes cartes et lettres t'ont trouvé en bonne santé. Quant à moi ça ne va pas mal ; j'ai commencé à aller aujourd'hui à l'exercice. Le temps est superbe, il fait même chaud et l'on sue beaucoup. Je connais Guéret presque entièrement ; quoique ce ne soit qu'un gros bourg, c'est malgré tout assez intéressant, surtout les environs qui sont très pittoresques. Je t'écrivais pour t'annoncer que peut-être je vais changer de régiment ; c'est d'ailleurs moi qui ai demandé. O demandait des sous officiers volontaires pour aller à la compagnie Hors-Rang (?) au 412e, nouveau régiment en formation. J'ai demandé la place de vaguemestre ou de sergent brancardier mais il n'y a encore rien de fait.

Je te le dirai, nous irons probablement dans un camp où l'on fera l'instruction des recrues puis de là en route.

Je préfère cela, car comme sergent de l'active, je ne serai pas longtemps ici sans partir. Si j'étais accepté, d'ailleurs j'y vais avec mon camarade, quoique le danger y soit toujours, il est moins grand. Cette place me serait accordée surtout parce que j'ai été blessé. Donc n'aie pas de crainte à mon sujet ; je préfère partir à ce régiment, car il aura un moment de répit avant le départ. A bientôt de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout mon coeur.

Maurice

PS. Je t'écrirai aussitôt que je saurai quelque chose.

 

Le 19-3-15

 

Bien chère maman

 

J'ai reçu ta lettre et les cartes qu'elle contenait et qui m'ont bien fait plaisir. Les nouvelles de Maubeuge m'ont causé un réel soulagement et j'espère que ces bonnes nouvelles persisteront. Quant à la lettre de Mme L. je n'ai rien reçu du tout ; d'ailleurs si elle ignorait ma véritable adresse (26e Cie) cela mettra un certain temps avant d'arriver.

D'ailleurs ta lettre suffira largement à renseigner papa et Yvonne sur notre sort à tous.

En attendant je suis toujours au dépôt attendant les évènements.

Pour le 412 je ne sais rien encore ?!! quant à moi si on ne m'accepte pas je ne partirai que quand ce sera mon tour.

Le temps qui s'est maintenu beau jusqu'ici est revenu au froid aujourd'hui il ne faisait pas très chaud et nous avons fait du service en campagne. Je n'ai toujours rien de D. ; mais j'ai reçu une lettre de la Directrice, du Pharmacien et de Mr C. de Port Ste Marie. J'ai également reçu ma  carte de Fernand Y. qui est bientôt guéri et t'envoie le bonjour. Rien encore de Paul ni de Joseph à part ses 2 cartes reçues à Moras. Quoi de nouveau à Moras et Mr R. ?

Le temps passe ici assez bien ; pas d'ennui, exercice matin et soir, mais c'est plutôt une distraction, car je suis chef de section.

Pour ma dent rien ; j'attends encore quelque temps. Je vais me faire acheter une paire de lunettes. Quant à mes brodequins je ne me ferai rembourser qu'au moment de mon habillement. En ce moment je suis ne période de vaccination. Mardi dernier première fois mais je n'ai rien senti, mais la deuxième fois, ça vous rend malade, je le verrai (vaccination antithyphoïdique).

Rien autre de bien intéressant à part cela. Pas d'inquiétudes à mon sujet, souhaite plutôt que je parte au 421 ? Bien des choses à tout le monde et en particulier à Mmes A., D., M. et M. ; mon meilleur souvenir à Mr R.. Ton Maurice qui t'embrasse mille et mille fois de tout son coeur

 

Maurice

26e Cie du dépôt 127


Prochaines lettres vers le 26 mars

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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 21:23




Tranchées de première ligne aux Eparges après la bataille ; collection Guide Michelin des champs de bataille







Afficher l'image en taille réelle


La crête des Eparges 90 ans plus tard ; ci dessous un trou de mine profond d'une dizaine de mètres







La convalescence de Maurice, qui avait presque repris une vie bourgeoise à Port Ste Marie est bel et bien terminée. Une courte permission lui est accordée qui va lui permettre de rendre visite à sa mère. Pendant ce temps Paul , le médecin, est mêlé à une "chaude affaire" aux Eparges dont la boue (et la souffrance que la possession de ce petit bout de montagne situé au sud de Verdun  a engendré) est devenue un des symboles de la Grande guerre, notamment après la publication du livre de Maurice Genevoix.
Thiaumont

Le 26-2-15

 

bien cher Joseph

 

Me voilà sur mon départ. Je quitte l'hopital mardi prochain avec 15 blessés sur  18 que nous étions. Je pars avec mon camarade sergent comme moi et qui habite à Lyon. Donc nous voyagerons ensemble jusqu'à St Rambert. J'arriverai à Moras vers le 8 mars. Le temps devient beau. Quoi de nouveau à Bruyères ? Ecris à Moras.

Paul nous a enfin écrit ; ce n'était pas trop tot.

Je t'enverrai des cartes en cours de route si j'ai le temps. Je t'embrasse de tout mon coeur et te souhaite bonne chance.

Maurice

Mon meilleur souvenir à nos cousins N.

 

 

Le 1 mars 1915

 

Guéri. Le jour du départ approche ; je t'arriverai probablement vers le 8 mars. J'ai fait  de nombreuses lettres et cartes. Le temps continue au beau, le printemps est proche. J'ai reçu une lettre de Renage et de Mr C.; l'oncle et la tante comptent sur notre visite, pendant mon court séjour. Comme tout le monde part, on va fêter le départ ; quelques personnes nous promettent de petits paquets gâteaux, linge etc. Allons à bientôt le grand plaisir de nous voir et de nous embrasser. Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

Ce 1er mars 1915 (adressée par Paul)

Mon cher Joseph, Je penses que tu as reçu ma dernière carte ; je te l'ai écrite à un moment où ça chauffait dur. Nous avons perdu assez le monde mais les Boches en ont perdu beaucoup plus : un officier boche prisonnier m'a dit que ses compatriotes ne battraient jamais la France unie à l'Angleterre, qu'ils ne pourraient jamais prendre Verdun mais qu'ils vaincraient la Russie. Dans cette affaire j'ai reçu des félicitations du Colonel et du Général pour avoir établi mon poste de secours à 100 mètres à peine de la ligne de feu. Nous avons eu un gros travail pendant plusieurs jours et plusieurs nuits pour l'évacuation des blessés et l'inhumation de morts du régiment. En ce moment nous avons repris notre petite vie d'autre fois ; tant de jours aux tranchées, tant au cantonnement. Tu as de la chance d'avoir une maison où tu es bien reçu : le temps doit te paraître plus court. Donne-moi de tes nouvelles : les lettres arrivent toujours. Je t'embrasse

 

Ce 1er Mars 1915

 

Mon cher Maurice, Je viens de recevoir ta lettre. Tu peux être rassuré sur mon compte : tous  mes abattis sont encore intacts. Nous sortons d'une chaude affaire où nous avons fait boire un bon bouillon aux Boches, avec quelques pertes pour nous il est vrai. Ca a duré plusieurs jours et plusieurs nuits pendant lesquels nous avons nagé dans un océan de boue. Jusqu'au dessus des genoux. J'ai pu établir mon poste de secours à 100 mètres à peine de la ligne de feu : ce qui m'a valu les félicitations du colonel et du général. Nous avons eu beaucoup de travail, soit au point de vue évacuation des blessés, soit au point de vue inhumations rapides. Maintenant notre petit train train a repris : 4 jours aux tranchées, 4 jours au cantonnement. Je suis heureux de savoir que ton pied est remis : tu auras eu un bon repos en même temps. J'en aurais presque besoin aussi car voilà 7 mois que je me cramponne au Régiment. Donne moi de tes nouvelles. Je t'embrasse bien;

Paul

 

 

 

 

 

Ce 2 mars 1915

 

Mon cher Maurice

 

Je suis heureux de t'apprendre que je viens d'être cité à l'ordre du régiment avec le motif suivant : s'est prodigué pendant les journées du 19 au 23 février sans crainte de s'avancer à moins de 100 mètres de la ligne de feu.

Je suis même proposé pour une citation à l'ordre de la Brigade. C'est à propos de cette chaude affaire dont je t'ai parlé hier dans ma carte. Mon bataillon a fait de  grosses pertes surtout en officiers. Il a été merveilleux d'entrain : on l'a félicité pour ses charges héroïques au plateau des E.....

Mon commandant  a été tué ainsi que beaucoup de mes camarades. C'est triste mais on ne s'attarde pas, sinon la vie serait impossible.

Par ici on a demandé les noms des anciens E.O.R. ou candidats à l'examen pour les nommer sous-lieutenants. Si tu rentres à ton régiment, tu pourras le devenir assez facilement : tu seras mille fois fois mieux que sergent. Ton hospice va toujours fort à ce que je vois ! La vie te paraît rose loin des balles et des obus. On saura l'apprécier après la guerre. Je vais écrire à F., prisonnier à Ingolostadt (?) : il paraît qu'on les fait mourir de faim. Oh ! Quand les crèvera t'on tous ! Je t'embrasse.

Ecris souvent et longuement    

Paul


 

 Prochain article vers le 15 mars

Deux  liens sur la bataille des Eparges :
http://www.memorial-de-verdun.fr/pdf/pedagogie/textes_lettres_genevoix.pdf

 
http://chtimiste.com/batailles1418/combats/1915eparges.htm

 

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 21:32


3 poilus anonymes...malgré leur sourire, ils semblent déjà usés


La convalescence de Maurice à Port-Ste Marie touche à sa fin ; il sait qu'il devra bientôt retourner au front et profite de ces quelques semaines de calme, tout en pensant à Paul, dans les tranchées, à Joseph à présent à Bruyères dans les Vosges et à ses parents à Moras et à Maubeuge...
Thiaumont



6 février 1915

 

Bien chère maman

 

Merci de ta bonne lettre du 2 février. De Paul je n'ai encore rien reçu, depuis quelques jours. Quant à Joseph, il m'écrit souvent et m'envoie souvent le « Miroir » ce qui fait que j'aurai ainsi toute une bibliothèque photographique de la Guerre. Papa et Yvonne pourront ainsi savoir ce qui s'est passé. Tu m'attends, mais je crois que je resterai encore quelques temps ici, quoique guéri, car le major  a besoin de moi pour le travail de bureau. D'ailleurs, bien que guéri, la moindre fatigue, le moindre obstacle me rappellent ma blessure. Je t'envoie la carte du théatre des opérations ; tu pourras voir le chemin que j'ai suivi, les villes et villages près desquels je me suis battu etc. Enfin j'y ai tracé, aussi bien que je l'ai pu la ligne du front actuel. Conserve la carte, ce sera un précieux souvenir et tu pourras y suivre les opérations journalières. Quand passerons nous le Rhin ?

Je t'embrasse de tout coeur.

Maurice

 

 

Port Ste Marie ce 17-2-15

 

Bien cher Joseph

 

En l'honneur du 19 février, ta fête, je t'envoie mes meilleurs voeux. Je te souhaite une bonne et excellente fête, une bonne santé et une vie pas trop pénible ni dure. J'espère que tu sortiras vivant de ce cauchemar ainsi que tous et nous nous retrouverons tous sains et saufs, ce qui est certainement ce qu'il y a de mieux à souhaiter pour l'instant.

Je ne sais vraiment pas ce que devient Paul, voilà bientôt un mois que je n'ai eu de ses nouvelles. Pour maman c'est la même chose et elle bien ennuyée. On ne peut rien dire ; c'est comme moi je repartirai probablement fin mars et alors ce sera le moment critique où tomberont beaucoup de  soldats. Enfin nous verrons bien. En tout cas rien de nouveau ni ici, ni sur le front, c'est vraiment extraordinaire.

Me voilà guéri ; cependant la douleur me revient quand je marche trop ou que je saute. Merci pour le « Miroir » toujours intéressant ; j'en ai une bonne collection.

Allons à bientôt de tes nouvelles. Tous mes respects à la famille B. que je ne connais que par ce que m'en ont dit maman et toi ; mais ils me semblent charmants et tu n'as pas à te plaindre.

Je t'embrasse de tout coeur et plusieurs fois à l'occasion de ta fête.

Maurice

 

22-2-15 ( à sa mère)

 

ai reçu ta lettre et vois que tu es toujours sans nouvelles de Paul comme moi d'ailleurs. Mais à la guerre on ne peut pas toujours écrire même avec la meilleure bonne volonté ; ainsi donc ne désespère pas. Quant à moi je vais tout à fait bien. Je resterai ici encore quelques temps probablement ; laissons passer l'hiver. Après on verra. En tout cas rien de nouveau. Je t'embrasse de tout coeur;

Maurice

 


Le 24-2-15

 


 

 

bien chère maman

 

Je reçois à l'instant une lettre ou plutôt une carte me donnant enfin de ses nouvelles qui sont bonnes; malgré le temps qui paraît-il est affreux par moment. En ce moment il se trouve dans un village bombardé ; mais ce doit être fini et il doit être de nouveau tranquille. Le violon et le cheval lui aident à passer son temps au cantonnement.

Je reçois également une lettre du bureau Suisse des internés, me disant qu'il n'avait pu faire suivre la lettre que j'envoyais à Maubeuge parce que les communications étaient fermées.

Quant à moi je vais toujours bien et mène une existence heureuse. Combien de temps encore va me conserver le major, je n'en sais rien ; d'un moment à l'autre je puis partir, mais j'ai bon espoir d'y rester encore quelques temps.

Nous avons ici un temps bizarre ; il fait beau 1/4 d'heure et il pleut une heure.

Avant-hier un véritable orage s'est déchaîné sur la contrée ; pluie torrentielle et un vent formidable ; deux arbres du jardin ont été déracinés. La Garonne, boueuse par suite des pluies, monte terriblement.

Le matin le temps est au beau, mais cela durera t'il ? Quoi de nouveau à Moras depuis ta dernière lettre ?

Je ne reçois rien de ta tante, rien de Marthe, que font-elles ?

Ici toujours la même vie calme et monotone ; nous avons maintenant une chambre à notre disposition nous y sommes très bien ; nous y avons une belle vue.

A propos des personnes qui s'étaient informées de moi, voici le résultat ; Cette dame et cette demoiselle m'avaient trouvé tellement ressemblant à un de leur parent, qu'elles ses ont demandés si vraiment je ne l'étais pas. Je les ai vues encore hier, me disant «  ce n'est pas possible vous ressemblez à notre cousin d'une façon étonnante, surtout lorsque vous êtes tête nue ; vous avez le même front, les mêmes yeux, en un mot la même physionomie, quoique un peu plus fine etc …  Juge d'ici mon étonnement !!!

Enfin laissons là. Je termine en t'embrassant de tout mon coeur.

Maurice

Prochaines lettres vers le 27 février...

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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 14:35


L'hiver est plus doux que l'automne pour Maurice qui profite de sa convalescence à Port-Ste Marie, bien méritée après sa blessure au pied en novembre 14. Paul n'a pas cette chance, mais étant officier-major, c'est à dire médecin, il est un peu moins exposé que les soldats du rang. Joseph, le vicaire-infirmier, vient de changer d'affection dans l'Est en se rapprochant des Vosges, à Bruyères précisément.
Thiaumont

Le 27-1-15

 

bien chère maman

 

J'ai bien reçu ta lettre et le paquet, et je te remercie beaucoup pour le saucisson qui est délicieux. Tu me gates beaucoup réellement ; Joseph et Paul doivent encore apprécier d'avantage ces bonnes choses.

Quant à Joseph il a de la chance, car à Bruyères il a trouvé quelqu'un des B. où il pourra passer le temps qu'il aura à perdre.

Paul comme aide major est toujours un peu plus à l'abri que les pioupous, à tous les points de vue; mais par le temps qu'il fait, il ne doit pas faire bon dans les tranchées ?!!

Je t'envoie un entrefilet sur Mr Danzel d'Aumont mon capitaine, blessé lors de l'attaque d'un point important et fortement fortifié à l'est de Berry au bac. C'est là où j'ai du me terrer derrière des culots d'obus pour ne pas être atteint, car je n'avais pas d'outils comme les hommes ; je t'assure que nous avons passé là une bien terrible journée. Nous recevions des balles de notre gauche et en avant car nous étions exposés aux feux de flancs des mitrailleuses Boches ; nous n'étions guère qu'à 30 mètres des Boches. Comme plusieurs officiers dont le Colonel avaient été mis hors de combat, l'attaque n'a pu se poursuivre dans de bonnes conditions et il a fallu se retirer sur le soir pour se refaire. Il y eut beaucoup de blessés 6 dans ma section, mais pas de tués. Je reçois une lettre à l'instant de Joseph, toujours en bonne santé. Mon ami Vincent m'écrit aussi pour me dire qu'il est au 112eme à Toulon où il achève son instruction militaire. Du front je n'ai aucunes nouvelles depuis longtemps je ne sais ce que cela signifie ; mais j'ai bien peur que ma compagnie ait été à moitié esquintée du coté de Soissons. Qu'est ce que tu en penses ?!..

Je vais toujours bien.

Nous avons maintenant un major il est des plus gentils ; c'est un bon papa qui vient toujours à l'hospice avec ses 3 petits gosses et qui est très bon. Nous sommes en très bons termes avec lui.

Tout va bien, laissons passer l'hiver maussade puis on pourra retourner voir ces sales Boches et se mesurer de nouveau avec eux. Enfin espérons que la fin est proche.

Je t'embrasse de tout mon coeur.

Maurice

Port Ste Marie le 3-2-15

 

bien chère maman,

 

que deviens tu n'as-tu pas reçu ma lettre et ma carte, enfin qu'y a t'il ? De Paul et Joseph rien depuis ou 6 jours, je ne sais pas ce que cela veut dire ; quoi de nouveau à Moras et dans les environs ?

Ici rien de saillant à part la fête de Dimanche dernier, qui a été assez bien réussie. Le temps a l'air de vouloir se mettre au beau ; il gèle cependant la nuit et même fort, mais la journée est belle. Je crois que le médecin major veut me garder encore quelques temps, car il ne m'évacue pas ; il est vrai qu'on lui rend de nombreux services au bureau. Cependant hier il en est parti 9 pour passer devant la Commission de révision. Nous ne restons plus qu'à 22 de 40 que nous étions ; il est vrai qu'il en viendra bientôt d'autres. Mon pied est guéri complètement malgré les douleurs que je ressens de temps en temps, lorsque je butte contre quelque chose. Je ressens aussi des douleurs (voilà longtemps déjà) au genou gauche, je ne sais ce que cela veut dire ?

A part cela en bonne santé.

Je suis toujours très bien avec les personnalités du pays ; avec Mr le maire, l'adjoint, le major et la Directrice de l'Hospice. Celle-ci m'a même demandé ce que je faisais dans le civil, ce que je comptais faire, tout cela pour le dire à des personnes très bien d'ici, Mr et Mme Chanteloup femme et fille du docteur d'ici ; que veut dire ?! Je finirai bien par le savoir ? Allons ne t'inquiète pas à mon sujet, mon pied va bien et ma personne aussi. A bientôt le plaisir de te lire.

Je t'embrasse de tout mon coeur

Maurice


Prochaines lettres vers le 6 février

 

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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 21:49

Une compagnie photographiée à Maubeuge en 1911. Combien étaient encore vivants  en janvier 1915 ?


Maurice poursuit sa convalescence à Port-Ste-Marie (Lot et Garonne) tandis que Paul est sur le front dans la région de Verdun. Le froid s'est installé dans les tranchées. Joseph le vicaire-infirmier est à Toul. Le reste de la famille est toujours séparé : Le père et Yvonne, la soeur en zone occupée à Maubeuge et la mère dans un village du sud.
Thiaumont



Le 18 janvier 1915


Mon cher Maurice, je te remercie des cartes que tu m'as envoyées ces temps ci ; je suis heureux de te  savoir en bonne voie de guérison. As t'on enlevé l'éclat ? Est ce que oui ou non on t'a radiographié ? Ça m'interesse, tu le comprends. Tu ne dois plus guère penser à la guerre depuis que tu est dans  les hôpitaux et surtout depuis que te voilà à Port Ste Marie. Le patelin est-il joli ; et les habitants sont-ils aimables ?  Pouvez vous vous promener dans le village ? Ici rien de neuf. J'ai acheté un violon et quand notre régiment cantonne je fais un peu de musique. Nous  avons aussi trouvé un piano. Petit à petit le temps passe. Nous voici bientôt en février. Qui aurait cru que la guerre durerait aussi longtemps. Ceux qui en reviendront sauront apprécier les petites joies d'une existence  tranquille. Hier il a neigé assez fortement : le tableau était superbe de cette neige dans la forêt, surtout au sortir de nos terriers. Mais les pauvres soldats doivent souffrir. Je t'embrasse 

Paul



Le 18-1-15


Bien chère maman


Je vais toujours bien et continue à faire de courtes promenades sans me fatiguer. Dimanche je n'ai pu aller voir les personnes qui nous attendaient pour prendre le café, car nous attendions la visite du médecin-chef d'Agen et il est venu à 3 heures ; il a consigné tout l'établissement, ce qui fait qu'on ne peut plus sortir aussi facilement qu'avant. Moi, comme exécuteur des ordonnances du médecin je puis sortir pour aller chercher des médicaments, de plus comme secrétaire de l'établissement je puis sortir quand bon me semble avec le motif : service du bureau. Très bien avec la directrice de l'établissement qui a près de 50 ans et est un peu malade, et avec le maire et l'adjoint, je suis tranquille. La personne qui nous invite est celle qui m'a vendu mes brodequins. Le soulier que j'ai laissé à Soupir était coupé par l'éclat d'obus, de plus la paire était usée ; elle avait du faire 600 kilomètres sans avoir subi de ressemelage ; dans quel état !!

Joseph m'a annoncé son changement pour Bruyères ; je vois qu'il ni sera pas trop mal si les N. y sont encore.

Mr Y. est venu me voir ici et nous avons passé toute l'après midi ensemble ; nous avons soupé dans un hotel et je l'ai accompagné à la gare ; il est allé à Bordeaux. Il a été très gentil, me donnant son adresse dans le cas où j'aurai besoin de quelque chose même d'argent. Il m'a donné quelques détails sur le bombardement et la reddition de Maubeuge. D'après lui les Allemands se sont assez bien conduits à Maubeuge, ce qui est rare. Paul m'a écrit une carte me disant qu'il allait toujours bien malgré le temps qui est très mauvais. Voilà le froid, il a gelé aujourd'hui ; espérons qu'on pourra profiter de ce temps favorable  aux manoeuvres de troupes pour repousser les Boches. Après un léger échec sur l'Aisne nous avons enregistré de sérieux succès dans le Nord et aux environs de Lille.

Le fils Bertrand (celui de l'usine sergent major a été tué à Maubeuge. Mr V. est conducteur d'automobile, il mène un général commandant d'une région ; son fils est je crois dans l'artillerie à Brest. 

Le bureau nous occupe beaucoup ; cela fait passer le temps.

Dimanche Messe à laquelle assistaient de nombreux hommes et presque tous les blessés. 

La lettre de Maubeuge me fait bien plaisir et je vais la transmettre à Paul.

Je leur écris une carte par la voie indiquée et termine en leur donnant le bon souvenir de : Mr Victor (victoire) Touvabien  (tout va bien) et de la famillle Spéret (Bon espoir) (ils comprendront !.).

Allons je t'embrasse de tout coeur, et en espérant en la victoire

Maurice


Prochaines lettres vers le 27 janvier 
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Published by thiaumont
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